A Gand comme ailleurs, les gamins qui jouent au foot dans les parcs portent le maillot de Barcelone. Mais le dimanche du match contre Saint-Trond, ils sont nombreux à avoir ressorti les couleurs bleu et blanc.
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A Gand comme ailleurs, les gamins qui jouent au foot dans les parcs portent le maillot de Barcelone. Mais le dimanche du match contre Saint-Trond, ils sont nombreux à avoir ressorti les couleurs bleu et blanc. " Au moment du titre, la saison dernière, tout le monde était Buffalo ", dit Resul Tapmaz, échevin des sports et président de Voetbal in de stad, le projet communautaire de Gand. " J'ai été étonné de voir combien le football rassemblait. Même des gens dont je pensais qu'ils ne s'y intéressaient pas étaient là. C'était comme si le club sortait de la puberté et venait s'asseoir à la table des grands. Aujourd'hui, il est prêt à affronter tout le monde. Même Barcelone. Tout le monde attend Messi. " L'important, pour lui, c'est que tout le monde se sente concerné par ce projet. " Ce qui fait la force de Gand, c'est sa communauté. Nous nous impliquons dans de nombreux projets et, avec la direction du club, nous avons décidé de le faire davantage encore. " Par le biais d'une meilleure collaboration avec les clubs de provinciale, notamment. " Il y a plus de 2200 jeunes à Gand mais très peu arrivent dans de grands clubs. C'est pourquoi nous avons demandé à tous les clubs de la ville de signer une charte. J'espère que tout le monde fera un effort. Les petits clubs doivent se structurer davantage. La ville a beaucoup investi dans les infrastructures et les clubs reçoivent des subsides de fonctionnement ou pour organiser les événements mais tout cet argent ne doit pas aller à l'équipe première. Deux fois par mois, des entraîneurs du RC Gand Zeehaven et de Gand donneront des entraînements dans les petits clubs. Les 2200 jeunes vont recevoir un équipement complet de Gand et nous développerons régulièrement des thèmes comme l'alimentation, l'attitude des parents, etc. Enfin, les jeunes auront la chance de s'entraîner sur les terrains des Buffalos. " A Gand, on mise sur le sport comme facteur d'intégration. " Pour moi, l'aspect communautaire, le nouveau stade, le titre et la Ligue des Champions ne font qu'un. Tout cela a un impact sur la ville. C'est pourquoi il est très important que le club de Gand soit une entreprise semi-publique, que la ville y ait investi. A une époque où des hommes d'affaires de pays étrangers rachètent les clubs belges, c'est une très bonne chose. Le sport de haut niveau, c'est commercial, bien sûr mais sans les citoyens, il n'y a pas d'équipe. C'est pourquoi il est très important que le bourgmestre Daniel Termont, entre autres, ait décidé de participer. " Le club gantois entreprise semi-publique ? Voilà qui étonne un peu Christoph Peeters, l'échevin des finances. " Cette comparaison ne tient pas la route. Gand n'a rien d'une entreprise publique. Nous sommes partie intéressée, pas actionnaire. Une ville n'a pas à participer à la gestion d'un club. Par contre, il est vrai que nous voulons éviter qu'un étranger rachète le club comme à Courtrai. Quand je vois ce qui se passe dans les sports de salle ou en cyclisme, où Oleg Tinkoff règne en despote... Gand a quelque chose d'unique. C'est une société privée qui a établi un réseau avec le culturel, les entreprises, le sport, la politique... Evidemment, on ne peut pas espérer être champion chaque année, nous ne sommes pas encore Anderlecht. Vouloir jouer la Ligue des Champions tous les deux ou trois ans, c'est bien, ça permet de progresser calmement. C'est le choix qu'ont fait Ivan De Witte et Michel Louwagie. Ils ne brûlent pas l'argent de la Ligue des Champions. A nous, maintenant, de convaincre les entreprises de participer à ce modèle sans devenir aussi arrogants qu'à Bruges ou à Anderlecht. Je ne suis pas favorable aux politiques agressives. Je ne veux pas d'un Bart Verhaeghe à Gand. Son attitude ne cadre pas avec notre nature. Gand est un outsider sympathique qui ne doit pas non plus pécher par excès de modestie comme ce fut parfois le cas par le passé. " Le titre a-t-il fait connaître la ville. Y a-t-il plus de touristes qu'avant, plus de reportages dans les journaux étrangers ? " C'est quelque chose qui se mesure à long terme ", dit Peeters. " Je ne crois pas qu'un titre attire plus de touristes. Nous n'avons pas de fan shop en ville. Les touristes qui débarquent ici viennent pour autre chose. On ne parle pas beaucoup du championnat belge à l'étranger. Je ne me fais pas d'illusion : même la Ligue des Champions ne va pas remplir nos caisses. Mais aux niveaux local et régional, oui, le titre a donné une autre image à Gand. Il est probable que les trois-quarts des 125.000 personnes qui ont fêté le titre n'ont jamais vu un match de football mais ce n'est pas grave. Ce qui compte, c'est le ressenti. " Sur le plan commercial aussi, Gand ressent les effets du titre. Le club a un nouveau sponsor sur les manches (Wilink) et un nouvel équipementier (Jartazi). Au sein de ces deux sociétés, on explique que c'est la taille humaine du club qui a permis la collaboration. Mais pas question non plus de tomber dans l'excès inverse. " Gand est un club sérieux, ambitieux et novateur ", dit Pieter De Maesschalk, responsable marketing de Napoleon Games. " Nous ne collaborons plus avec Ostende qui a une image de club festif, ludique. Nous ne voulons pas nous associer à cela. " PAR PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGE