Cela fait 18 ans qu'à la fin août, Monaco sert de décor aux tirages au sort de la Ligue des Champions et de l'Europa League. Les signes extérieurs de richesse ne manquent pas : Ferrari et Lamborghini dans les rues, femmes parfumées au décolleté profond qui se pavanent sur les boulevards, yachts impressionnants... Aucun doute : nous sommes bien chez les riches de ce monde.
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Cela fait 18 ans qu'à la fin août, Monaco sert de décor aux tirages au sort de la Ligue des Champions et de l'Europa League. Les signes extérieurs de richesse ne manquent pas : Ferrari et Lamborghini dans les rues, femmes parfumées au décolleté profond qui se pavanent sur les boulevards, yachts impressionnants... Aucun doute : nous sommes bien chez les riches de ce monde. Le pognon et la frime, on aime ça à l'UEFA. C'est donc avec beaucoup de bling bling qu'est donné le coup d'envoi de la saison européenne au Forum Grimaldi, véritable maison de verre. Mais le football a beau évoluer, ce tirage n'en reste pas moins terriblement monotone à suivre. D'anciens joueurs de Barcelone sont appelés sur le podium afin de donner les noms des clubs mais les questions qu'on leur pose sont tellement cliché et les réponses tellement banales que le niveau est tiré vers le bas et que la séance traîne en longueur. Il arrive également très régulièrement que certains éprouvent des difficultés à ouvrir les boules. Comme la finale de la Ligue des Champions aura lieu à Milan, Paolo Maldini (AC Milan) et Javier Zanetti (Inter) sont également invités. La présentatrice demande à Maldini ce qu'il pense du fait que la finale aura lieu à Milan. " C'est un honneur ", répond l'ex-défenseur, qui a pourtant un certain charisme. De plus, toutes les réponses sont (mal) traduites, dans le plus pur amateurisme. De cela, l'UEFA n'en manque pas. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Et on ne regarde pas à l'argent. La saison prochaine, elle reverra sans doute certains aspects de l'organisation. Le tirage doit être plus rapide, plus moderne. L'élection du Footballeur Européen de l'Année doit se faire au milieu du gala, pour rompre la monotonie, pas à la fin. De plus, le premier rendez-vous de la saison européenne doit devenir un événement exclusif. Aujourd'hui, trop de femmes de dirigeants veulent se montrer et être sur la photo avec les stars. Ce n'est pas cela qu'on veut voir. Les dirigeants gantois découvrent un monde qu'ils ne connaissaient pas. Dirk Piens, directeur opérationnel, se dit étonné par les moyens mis en oeuvre. Il a déjà remarqué lors des visites de la Ghelamco Arena que l'UEFA ne manquait ni de moyen, ni de personnel (400 personnes travaillent au quartier général à Nyon, en Suisse). La ponctualité est un élément essentiel et Piens s'entend dire que les matches ne peuvent pas débuter avec une seconde de retard. Une bonne nouvelle car, en Jupiler Pro League, l'horaire n'est jamais respecté et ça l'énerve terriblement. A 45 minutes du début du tirage, la délégation gantoise se rend dans la salle. Elle est la première. Deux heures plus tard, elle est satisfaite du verdict : le Zenit Saint-Pétersbourg, Valence et l'Olympique de Lyon, ça lui laisse l'espoir de prendre quelques points. Le Zenit est l'une des grandes puissances du football russe mais, avec la dévaluation du rouble, le club a tout de même moins de moyens que par le passé. Il n'achète plus de stars étrangères. Valence possède une équipe solide et bien balancée tandis que l'Olympique Lyon joue surtout la carte des jeunes. Ivan De Witte aurait souhaité une grosse affiche mais cela aurait pu être bien pire et tout le monde était heureux d'avoir évité les Turcs (Galatasaray) ou les Grecs (Olympiacos). Pour Ivan De Witte, la présence des Gantois à Monaco constitue un grand pas dans l'évolution du club. Le champion de Belgique est, avec le FC Astana, le seul nouveau venu à ce niveau. Alors que Roger Vanden Stock se sent comme chez lui au Grimaldi Forum (le président anderlechtois est le membre le plus ancien de l'UEFA), Ivan De Witte et Michel Louwagie ouvrent de grands yeux. Le responsable commercial, Dries Slootmans, cherche à entrer en contact avec les adversaires (" Le match contre Saint-Pétersbourg sera très spécial pour moi car j'étais le témoin de mariage de Nicolas Lombaerts et lui, du mien ") tandis qu'on attend avec impatience l'ordre des matches. Quelqu'un demande à Michel Louwagie s'il espère éviter un déplacement à Saint-Pétersbourg en décembre mais il hausse les épaules. " Nous avons déjà affronté le CSKA Moscou sur la neige ", dit-il, les yeux brillants. " C'était à l'époque de René Vandereycken. Nous avions gagné 2-0 en Belgique et fait 0-0 là-bas. " En attendant, le président de Lyon invite Ivan De Witte au célèbre restaurant de Paul Bocuse avant le match et De Witte se demande s'il doit recevoir la délégation lyonnaise au célèbre HetHofvanCleve " alors que nous avons un excellent restaurant à la Ghelamco Arena. " Sans oublier l'Auberge du Pêcheur, à Laethem Saint-Martin. Les Lyonnais n'ont rien à craindre : sur le plan culinaire, Gand est prêt pour la Ligue des Champions. Le thermomètre affiche encore 26 degrés lorsque, vers 20 heures, la délégation gantoise quitte le Grimaldi Forum de Monaco pour se rendre au Sporting Club de Monte Carlo, à un quart d'heure à pied, où un banquet l'attend dans une salle impressionnante. Les plats les plus délicieux y sont servis tandis que, sur un écran, défilent les scores des matches retour des barrages de l'Europa League. Depuis plusieurs années, Filips Dhondt, qui travaille pour l'AS Monaco, participe au festin. Il n'est plus CEO du club mais conseiller du président. C'est sa quatrième saison au club de la Principauté, il ne vit plus à l'hôtel mais dans un appartement et ne doit plus assister aux matches en déplacement, ce qui lui permet de rentrer voir sa famille en Belgique un week-end sur deux. Il salue amicalement Michel D'Hooghe, avec qui il a pris rendez-vous le lendemain matin pour le petit-déjeuner et qui glissera quelques mots d'encouragement à Ivan De Witte. " L'espérance est un acte de foi ", dit-il solennellement, citant Marcel Proust. De Witte l'écoute, un peu surpris, mais il ne peut qu'approuver. Plus tard, De Witte révèle que la Ligue des Champions rapportera seize à dix-sept millions au club. Sept millions seront réinvestis dans l'achat de joueurs mais il ne faut pas s'attendre à de grands noms car, selon lui, ce n'est pas nécessaire. Gand veut grandir tranquillement et ne pas perdre son âme : le club doit rester accessible et chaleureux, comme il l'avait été une semaine plus tôt lors d'un repas de presse à l'Auberge du Pêcheur, sur les bords de la Lys. Au lendemain du tirage de la Ligue des Champions, les délégations des 48 clubs qualifiés pour l'Europa League se rassemblent. Malgré la présence du Prince Albert de Monaco, l'événement est un peu moins glamour. Les caméras sont beaucoup moins nombreuses et on ne compte que huit photographes alors que la veille, ils étaient trente. Mais tant à Anderlecht qu'au Club Bruges, on n'est pas mécontent du tirage. On discute avec les délégations des clubs adverses et, côté brugeois surtout, on est en contact téléphonique permanent avec la base. Tandis que Roger Vanden Stock se demande si Mbark Boussoufa ne va pas rester au Lokomotiv Moscou, Bart Verhaeghe ne lâche pas son téléphone portable. Les matches européens ne sont pas encore à l'ordre du jour. Ce qui compte, pour le moment, c'est de faire de bons transferts et de garder la tête froide. Pas de panique, surtout. Qui peut partir ? Quelles sont les opportunités qui se présentent ? Faut-il réaliser deux ou trois transferts ? Il reste trois jours. C'est pourquoi Vincent Mannaert, le directeur général, n'est pas du voyage. Pas plus qu'Herman Van Holsbeeck, le manager d'Anderlecht. Vers 15 heures, une fois l'ordre des matches établis, le Grimaldi Forum se vide. On range le buffet, le soleil brille et Monaco se prépare pour le week-end. Mais pour les journalistes toujours présents, la journée n'est pas terminée : Michel Platini donne une conférence de presse. Tout le monde pense qu'il va délivrer quelques informations quant à sa candidature à la présidence de la FIFA. Il y a un an, au même endroit, il avait affirmé que son travail à l'UEFA n'était pas terminé. Mais en football, les déclarations contradictoires de dirigeants sont monnaie courante. Et il y a un an, Sepp Blatter n'était pas en aussi mauvaise posture qu'aujourd'hui. Michel Platini a l'habitude de s'adresser à la presse dans le cadre du tirage au sort de la Ligue des Champions. Généralement, il le fait le vendredi matin, à 10 heures, avant le tirage de l'Europa League. Cette fois, il a repoussé la conférence à 16 heures et ne l'a annoncée que deux jours plus tôt, provoquant la colère des journalistes qui, en principe, auraient déjà dû être dans l'avion du retour. Il est étonnant que le service communication de l'UEFA n'ait pas tenu compte de cela. Ceux qui ont choisi de ne pas venir n'ont pas loupé grand-chose car, avec son sourire provocateur, Platini annonce à trois reprises qu'il a revêtu le costume de l'UEFA et qu'il ne répondra donc à aucune question concernant sa candidature à la présidence de la FIFA. " L'élection n'a lieu que dans six mois, nous aurons encore le temps d'en parler plus tard, pas aujourd'hui ", dit-il, au grand étonnement des journalistes. Quelques-uns tentent leur chance malgré tout mais, soutenu par son nouvel attaché de presse, le Portugais Pedro Pinto, Platini tient bon. On assiste ainsi à une conférence de presse surréaliste au cours de laquelle un thème d'actualité brûlant est complètement ignoré. Incroyable de la part de quelqu'un qui a l'ambition de diriger le football mondial. Qu'y apprend-on, dès lors ? Notamment que la dette des clubs diminue chaque année. Elle était de 1,076 milliard d'euros en 2012, de 792 millions l'année suivante et de 487 millions l'an dernier. Des chiffres avancés avec une grande fierté. A l'issue de la partie officielle, Michel Platini s'excuse de ne pas avoir parlé de la FIFA, comme s'il s'était rendu compte de la mauvaise impression qu'il avait faite. Avant le début de la conférence de presse, il avait salué les journalistes en leur demandant s'ils avaient passé de bonnes vacances et s'ils avaient eu le temps de réfléchir. Et lui ? PAR JACQUES SYS À MONACO - PHOTOS BELGAIMAGELa présence au tirage au sort constitue un pas important dans l'évolution de Gand. Il est incroyable que Michel Platini organise une conférence de presse au cours de laquelle il ignore totalement un thème d'actualité brûlant.