S unday Oliseh : " A l'époque où Victor Ikpeba et moi avions débuté en D1 au FC Liège, à l'entame des années 90, nous nous étions juré tous deux que nous mettrions un jour un terme à nos carrières respectives en Belgique et, si possible, au même endroit, à Rocourt. Dans la mesure où le terrain y a cédé la place à un complexe Kinepolis, il a bien fallu que nous révisions nos projets. Mon compatriote a tenu parole en ponctuant ses années footballistiques au Sporting Charleroi. Je viens de l'imiter au Racing Genk. Mon seul regret est de ne plus avoir eu l'occasion, 15 ans après, de retrouver mon complice de tant d'années sur les terrains, dans le cadre de la D1 belge. En réalité, Vic et moi, après 15 saisons au plus haut niveau, dans des compétitions aussi harassantes, de surcroît, que la Bundesliga ou encore le Calcio, avons tout simplement dû composer, à quelques mois d'intervalle, avec le fameux burning out. Physiquement, nous étions peut-être toujours au point mais au plan psychologique, nous étions complètement lessivés. Washed up, you know. Or, le mental aura été mon principal carburant durant toutes ces années. Au départ, je n'étais pas du tout prédestiné à accomplir une trajectoire aussi somptueuse avec des clubs comme l'Ajax Amsterdam, la Juventus Turin et le Borussia Dortmund, pour ne citer que ces trois noms. Certains avaient émis des doutes quant à mes capacités à suivre le mouvement sur le sol belge... mais j'ai confondu ces détracteurs en réussissant partout ailleurs : à la Reggiana d'abord, puis à Cologne avant de faire le grand saut vers les Pays-Bas et d'être acquis par la suite ...

S unday Oliseh : " A l'époque où Victor Ikpeba et moi avions débuté en D1 au FC Liège, à l'entame des années 90, nous nous étions juré tous deux que nous mettrions un jour un terme à nos carrières respectives en Belgique et, si possible, au même endroit, à Rocourt. Dans la mesure où le terrain y a cédé la place à un complexe Kinepolis, il a bien fallu que nous révisions nos projets. Mon compatriote a tenu parole en ponctuant ses années footballistiques au Sporting Charleroi. Je viens de l'imiter au Racing Genk. Mon seul regret est de ne plus avoir eu l'occasion, 15 ans après, de retrouver mon complice de tant d'années sur les terrains, dans le cadre de la D1 belge. En réalité, Vic et moi, après 15 saisons au plus haut niveau, dans des compétitions aussi harassantes, de surcroît, que la Bundesliga ou encore le Calcio, avons tout simplement dû composer, à quelques mois d'intervalle, avec le fameux burning out. Physiquement, nous étions peut-être toujours au point mais au plan psychologique, nous étions complètement lessivés. Washed up, you know. Or, le mental aura été mon principal carburant durant toutes ces années. Au départ, je n'étais pas du tout prédestiné à accomplir une trajectoire aussi somptueuse avec des clubs comme l'Ajax Amsterdam, la Juventus Turin et le Borussia Dortmund, pour ne citer que ces trois noms. Certains avaient émis des doutes quant à mes capacités à suivre le mouvement sur le sol belge... mais j'ai confondu ces détracteurs en réussissant partout ailleurs : à la Reggiana d'abord, puis à Cologne avant de faire le grand saut vers les Pays-Bas et d'être acquis par la suite pour 10 millions d'euros par les Bianconeri. A chaque étape, j'avais quelque chose à prouver et je me suis toujours sublimé. Bizarrement, je n'ai jamais ressenti cette même motivation à Genk. Pour la première fois de ma carrière, je n'ai plus éprouvé l'envie de repousser mes limites. Nerveusement, mes batteries étaient plates. Dans ces conditions, insister c'eût été berner tout le monde et je ne pouvais m'accommoder d'une telle situation. Pour abrupte qu'elle ait pu apparaître, ma décision n'en était pas moins mûrement réfléchie. Au mois d'octobre, déjà, j'avais avisé le président Jos Vaessen que je n'irais pas au bout de mon contrat en juin 2007. J'espérais tenir jusqu'à la fin de la saison actuelle. Mais j'ai eu tôt fait de me raviser. En novembre, j'ai dit à mon épouse, Hafi, qu'elle devait emmener notre fils, Denzel, à tous mes matches, car je sentais que c'était la fin. Mon arrêt ne les a donc pas surpris, même si je puis comprendre qu'il aura interpellé pas mal de monde. Moi, en tout cas, je suis soulagé. J'ai la conscience en paix. Je n'aurais pas aimé que l'on me pousse vers la porte de sortie ". " Pour n'avoir vécu le Racing Genk de l'intérieur que l'espace de quelques mois, je ne peux malheureusement pas dire que ce club m'ait marqué. Même si, à mes yeux, il fait à coup sûr figure d'exemple à suivre. En premier lieu, il est le fruit d'une fusion réussie entre Waterschei et Winterslag. D'autre part, ses supporters, d'origine italienne, turque, maghrébine et belge, sont aussi cosmopolites que l'équipe et tout ce petit monde vit en parfaite harmonie. Génial, à l'heure où le racisme frappe de plein fouet des championnats étrangers où j'ai joué. Moi-même, j'y ai été exposé en Allemagne, comme beaucoup s'en souviendront. Si je puis encore admettre, dans une certaine mesure, des dérapages verbaux de la part d'adversaires voulant me déstabiliser, il m'est tout à fait impossible de cautionner la moindre remarque sur la couleur de ma peau de la part d'un coéquipier. Or, l'Iranien Vahid Hashemian était bel et bien de ceux-là au moment où nous défendions tous deux les couleurs du Vfl Bochum durant la saison 2003-04. Mon sang n'a fait qu'un tour ce jour-là et je lui ai fait sentir, poings à l'appui, ma façon de penser. Ce geste a signifié mon renvoi du club où j'avais été prêté par le Borussia Dortmund, mais je ne le regrette pas du tout. Je le referais : il était peut-être déplacé mais l'injure de mon coéquipier d'alors l'était davantage. Je n'ai fait que lui rendre la monnaie de sa pièce. Ou un peu plus (il sourit). Dans ma carrière, heureusement, les véritables problèmes humains se sont limités, à peu de choses près, à ce seul exemple. Ce n'est rien en regard du bonheur que m'ont procuré de nombreuses autres personnes. Au sommet : Zinédine Zidane. Son talent n'a d'égal que sa modestie. A mon arrivée à la Juventus, en 1999, j'avais pris soin de garer ma BMW loin des rutilantes Ferrari, Lamborghini et Mercedes de mes nouveaux coéquipiers : mon véhicule ne souffrait pas la comparaison. Après la première séance d'entraînement, j'avais été étonné de découvrir au côté de toutes ces belles mécaniques une modeste Fiat Punto. - Quel est l'enfoiré qui a osé parquer sa voiture ici, me disais-je en mon for intérieur. La réponse suivit quelques secondes plus tard : c'était Zizou, qui n'attachait pas la moindre importance au prestige des marques. Une autre anecdote : il m'a avoué un jour que l'Italie et la Juve, c'était bien mais que, pour faire plaisir à son épouse, d'origine espagnole, il se verrait bien en Espagne un jour. Et, de préférence, au Barça. Mais il insista : - L'ennui, c'est que Rivaldo joue là-bas et que tant qu'il sera là, il ne peut être question de mon passage chez les Azulgrana. Je l'ai regardé dans le blanc des yeux et je lui ai dit : - Zizou, il n'y a quand même pas photo entre Rivaldo et toi ? Sa réponse : -Je ne sais pas, c'est quand même un tout bon joueur. Incroyable, non ? " " Dans la même catégorie que Zizou, mais à un échelon moins élevé, je mentionnerai d'autres joueurs qui se doublaient aussi de véritables gentlemen dans la vie : Michael Laudrup, le roi de la passe aveugle, Frank Rijkaard, que j'ai eu la chance de rencontrer lors de vacances à Tenerife, Danny Blind, le capitaine de l'Ajax et Stephen Keshi qui aura été mon compagnon de route pendant bon nombre d'années avec les Super Eagles du Nigeria. Et parmi les coaches, le meilleur était Morten Olsen, que j'ai connu tant au FC Cologne qu'à l'Ajax. Il a été le plus influent pour moi, dans la mesure où il avait longtemps évolué au même poste : demi défensif. Il n'avait pas son pareil pour faire passer un message. Grâce à lui, je me suis étoffé mais le FC Cologne aura toujours la préséance : c'est là où je me suis affirmé et où les sympathisants m'ont toujours porté aux nues comme nulle part ailleurs. A la faveur de mon dernier match là-bas contre le Bayer Leverkusen, en 1997, j'ai eu droit à la plus belle standing ovation de ma vie. J'en ai toujours la chair de poule. Hormis l'entraîneur danois, je dois énormément aussi au Hollandais Jo Bonfrère qui nous a menés au titre olympique à Atlanta. Je n'ai jamais connu un homme qui avait une telle foi, tout en étant capable de la transmettre à ses ouailles. Lors de la demi-finale des JO, nous étions menés 3-1 par le Brésil de Romario et Roberto Carlos. - Pas d'importance, nous sommes meilleurs et nous allons renverser la vapeur en deuxième mi-temps, nous avait-il dit à la pause. Nous l'avons emporté 4-3. Au cours de la manche ultime, contre l'Argentine, ce fut du pareil au même : 2-1 à la mi-temps en faveur des Sud-Américains. - Qu'importe, la médaille d'or sera pour nous, avait-il prophétisé. Au bout du temps réglementaire, c'était 3-2 pour nous. Cette victoire aux Etats-Unis reste le sommet de ma carrière. Derrière, je pointerai notre succès en phase finale de la CAN 1994 devant la Zambie : 2-1. Un triomphe obtenu grâce à Clemens Westerhof, un autre Hollandais. C'est lui qui m'avait jeté dans le bain la même année. Pour une première, ce fut un succès : le sacre, une désignation de meilleur joueur de la compétition et un transfert à destination de la Reggiana. Mais tout cela ne se serait bien sûr pas produit si à la base il n'y avait pas eu deux mentors qui avaient cru en moi : Joseph Erico à Julius Berger, le club de mes débuts à Lagos, et Robert Waseige à Rocourt. - Le foot est une jungle où seuls les plus forts survivent, répétait-il sans cesse à Victor et à moi-même. Je crois que nous avons pris tous deux ses paroles pour normes ". " Ma vie s'est toujours conjuguée avec le football et il en sera sans doute éternellement ainsi. Dans un premier temps, j'aspire toutefois à profiter pleinement de mon épouse et de mon fils. Je veux aussi faire plaisir aux copains en sacrifiant à une bonne bouffe ou à une partie de tennis le week-end, ce qui m'a toujours été refusé. Par la suite, je reprendrai le chemin des stades, c'est sûr. Habitant à Eupen, je suis à la fois proche de l'Allemagne et des Pays-Bas. Une chose est d'ores et déjà acquise : je serai un spectateur assidu à la Coupe du Monde. Jusqu'à présent, je n'ai assisté qu'à une seule rencontre de phase finale : Corée-Espagne à Dallas, en 1994. Je vais améliorer sensiblement ce score dès cette année (il rit) "... BRUNO GOVERS