En mai dernier, leur club actuel a bouclé le cham-pionnat dans le Top 5 : Club Bruges, Anderlecht, Genk, Standard et Charleroi. Ces 11 joueurs, qui ont fait leurs preuves dans cette équipe ou ailleurs, broient aujourd'hui du noir. Ils sont abonnés à l'infirmerie ou, pire, leur entraîneur ne leur fait pas confiance. Après un tiers de la saison, ils n'ont plus droit aux gros titres des journaux ou, quand on parle d'eux, c'est pour mettre le doigt sur leurs malheurs. Dans quel état d'esprit les galériens traversent-ils ces fortes turbulences ? A quoi ressemble leur avenir immédiat ? Témoignages des principaux concernés et/ou de leur entourage.
...

En mai dernier, leur club actuel a bouclé le cham-pionnat dans le Top 5 : Club Bruges, Anderlecht, Genk, Standard et Charleroi. Ces 11 joueurs, qui ont fait leurs preuves dans cette équipe ou ailleurs, broient aujourd'hui du noir. Ils sont abonnés à l'infirmerie ou, pire, leur entraîneur ne leur fait pas confiance. Après un tiers de la saison, ils n'ont plus droit aux gros titres des journaux ou, quand on parle d'eux, c'est pour mettre le doigt sur leurs malheurs. Dans quel état d'esprit les galériens traversent-ils ces fortes turbulences ? A quoi ressemble leur avenir immédiat ? Témoignages des principaux concernés et/ou de leur entourage. International il y a un an, Tristan Peersman (26 ans) n'est plus aujour-d'hui que le quatrième gardien d'Anderlecht. Le club aurait voulu s'en débarrasser avant sa dernière année de contrat, le gardien n'était pas prêt à accepter n'importe quoi et il est donc condamné à vivre dans l'ombre jusqu'en mai prochain. Jan Van Steenberghe, troisième dans la hiérarchie des portiers mauves, côtoie Peersman au quotidien. " Silvio Proto et Daniel Zitka sont prioritaires dans le travail avec le noyau A ", explique-t-il. " Il arrive souvent que Peersman et moi soyons condamnés à bosser sur le côté, voire avec les Espoirs ou les joueurs non repris pour le match du week-end. Je le vis très bien car je savais à quoi m'en tenir et je ne suis plus tout jeune. Par contre, c'est plus difficile pour Peersman. Heureusement pour lui, il a réussi à provoquer un déclic dans sa tête : j'ai l'impression qu'il a retrouvé le plaisir de s'entraîner, de blaguer dans le vestiaire et sur le terrain. Il est beaucoup plus relax que la saison dernière, quand sa place dans l'équipe était discutée. A l'époque, il dégageait le ballon de rage à la moindre contrariété ou il se fâchait quand il ratait une intervention. Aujourd'hui, il dit : -Pas de problème, on recommence. Et il est très bon à l'entraînement. J'ai l'impression qu'il a tiré les bonnes leçons de sa mésaventure de la saison dernière. Mais je ne peux pas le jurer non plus. Pour en être sûr, il faudra le revoir à l'£uvre dans un vrai match, avec une vraie pression et de vraies attentes ". Michal Zewlakow (29 ans) était incontournable dans la défense d'Anderlecht. Jusqu'à l'éclosion d' AnthonyVanden Borre. Depuis le début de cette saison, l'international polonais en est réduit à s'installer sur le banc. Il est amer. " Je ne suis clairement pas un des joueurs préférés de Frankie Vercauteren ", tranche-t-il. " Et plus le temps passe, plus mon espoir de revenir dans l'équipe s'amenuise. Que je sois en forme ou pas, je sais qu'on ne compte plus sur moi. Je veux rester correct vis-à-vis de tout le monde : mes coéquipiers, le staff, la direction, moi-même. Je donnerai tout jusqu'au dernier jour. Mais je ne me fais plus d'illusions. J'ai simplement mes certitudes. Pendant trois ans, j'ai prouvé ce que je valais. Anderlecht a fait de bonnes choses avec moi. L'entraîneur a le droit de préférer un autre joueur à ma place : il est responsable de sa sélection. Et des résultats d'Anderlecht ! " Zewlakow ne veut pas trop parler d'un départ dès le prochain mercato d'hiver. Mais la Coupe du Monde 2006 risque fort de précipiter sa décision. " Ça marche très bien en équipe polonaise, nous sommes qualifiés et je joue. Je me doute cependant que, si je ne quitte plus le banc d'Anderlecht, ce tournoi risque de me passer sous le nez. Des clubs se sont déjà manifestés, je suis à l'écoute. Je traverse en tout cas la période la plus difficile de ma carrière. Je suis fort perturbé ". Vincent Kompany (19 ans) attend toujours de disputer ses premières minutes dans la Ligue des Champions 2005-2006. Il souffre d'une hernie discale qui le tient sur la touche depuis près d'un mois et demi. Alarmant ? Son père, Pierre Kompany, balaie les inquiétudes : " Mon Dieu, mais c'est le genre de petit souci physique qui fait partie de la vie d'un footballeur. Tout le monde s'emballe, on prédit le pire, mais mon fils reste parfaitement serein. Avez-vous compté le nombre de footballeurs qu'on a condamnés après une blessure mais qui sont revenus à leur meilleur niveau ? Vincent ne se contente pas de regarder son nombril ou son dos "... Le Docteur José Huylebroeck, toubib des Mauves, confirme qu'il n'y a pas de quoi s'en faire : " C'est une hernie minime, environ 2 mm. Elle ne nécessite pas d'opération. Vincent est capable de courir 40 ou 50 minutes d'affilée en configuration test, mais de là à jouer un match de Ligue des Champions contre Liverpool, il y a évidemment une marge énorme ". N'y aurait-il pas surcharge fatale chez le joueur ? L'accumulation de matches, les trophées, les rumeurs de transferts, le titre de plus grand talent national, la pression, l'inscription à l'université... " Mais mon fils n'a pas gagné une Coupe du Monde, hein ! ", signale Pierre Kompany. " Thierry Henry et David Trezeguet auraient pu parler de pression quand ils ont remporté le Mondial, mais Vincent est loin du compte. Remettons les choses à leur vraie place ". Philippe Clement a connu un début de saison compliqué par une blessure au genou et vient de faire son retour. Mais Joos Valgaeren (29 ans), qui était censé l'épauler dans l'axe de la défense des champions, est encore moins bien loti : lui aussi touché au genou, il n'est toujours pas revenu dans l'équipe. Les deux compères présumés entretenaient-ils une relation particulière pendant leur absence commune ? " Non ", rigole Clement. " J'avais une relation particulière avec les 11 autres gars qui étaient à l'infirmerie en même temps que moi, pas uniquement avec Valgaeren. Ce sont toujours des moments délicats : on arrive au stade avec les valides, mais quand ils sortent vers le terrain, on reste à l'intérieur pour bosser avec les kinés. L'avantage de Valgaeren, c'est qu'il n'a plus 20 ans, qu'il en a connu d'autres, qu'il a déjà eu des blessures graves et a appris, surtout en Ecosse, qu'une carrière de footballeur n'était pas faite que de grandes joies. Cela lui permet de tout relativiser, notamment le fait que des jeunes aient saisi l'occasion de s'affirmer à son poste depuis qu'il est sur la touche. Il a une grande confiance en ses moyens et sait que, dès son retour à 100 %, il devrait réintégrer le 11 de base. Il est très, très serein par rapport à ce qui lui arrive ". Michael Klukowski (24 ans) avait signé à Bruges pour jouer en Coupe d'Europe. Il s'est blessé au genou (déchirure des ligaments externes) quelques jours avant le premier match de Ligue des Champions, contre la Juventus, début septembre. Et il n'a toujours pas goûté à cette épreuve. Il revient aujourd'hui dans le groupe mais ne peut fixer une date pour son retour dans l'équipe. " Je devrai atten-dre que mon genou soit redevenu totalement stable et c'est difficile de faire un pronostic précis pour une blessure pareille ", dit-il. Avant ce couac physique, il était un pion incontournable de l'équipe. De quoi lui donner encore plus de regrets ? " Certainement pas. Je suis très philosophe. Une carrière de footballeur est faite de victoires et de bons moments, mais aussi de défaites et de coups d'arrêt. J'y ai toujours été préparé et je vis très sereinement ce qui m'arrive. J'ai raté la Juventus, le Bayern et notre première victoire à Vienne ? Pas de problème, il y aura encore d'autres gros matches cette saison et dans le futur. Je n'ai pas vécu ces grands moments avec mes coéquipiers, puisque les blessés n'accompagnent pas le noyau en déplacement, mais je n'en ai pas trop souffert. Ma carrière ne s'arrête pas demain ". Et ces jeunes occupés à saisir leur chance dans l'équipe de Jan Ceulemans, en profitant des absences ? " Pourquoi devrais-je m'en faire ? Si, dès mon retour à 100 %, le coach estime que je suis meilleur que mon dépanneur, tant mieux. S'il me fait patienter sur le banc, je n'en ferai pas tout un plat. Je continuerai à travailler et ma chance finira bien par revenir ". Le 23 avril dernier, le Gantois Stephen Laybutt agressait Thomas Chatelle (24 ans). Verdict : fracture du péroné et déchirure des ligaments internes de la cheville. Le joueur de Genk a repris avec le groupe il y a trois semaines. La blessure restant à soigner est surtout morale : " Plus le temps passe et plus j'ai du mal à accepter, à expliquer et à excuser le geste de l'Australien. J'essaye de faire abstraction de cette phase mais je n'y arrive pas. Je ne suis toujours pas redevenu moi-même à l'entraînement, j'ai toujours une certaine crainte consécutive au traumatisme psychologique. Reprendre confiance et oublier sa peur, tout cela fait partie du processus de rééducation ". Chatelle est dans les temps. Sa cheville est tout à fait en ordre, il reste à éliminer un caillot osseux qui gêne un tendon. " J'ai bon espoir de revenir à 100 %, de ne pas garder de traces de ma blessure ". Sa rééducation, il l'a égayée notamment par ses activités de consultant TV : il est l'un des trois invités fixes de Georges Grün sur le plateau de Club-RTL lors des soirées de Ligue des Champions. " Cela m'a beaucoup aidé au début. Quand j'avais l'esprit occupé par ces matches, je n'avais pas le temps de cogiter, de gamberger, de m'interroger sur la suite de ma carrière ". Gert Claessens (33 ans) était titulaire au coup d'envoi de la première journée, à Lokeren, mais 36 minutes plus tard, il se retrouvait sur la touche pour six mois au moins. " Je ne peux même pas en vouloir à quelqu'un ", dit-il. " Je me suis blessé tout seul. Sur le coup, je n'ai pas eu trop peur : j'avais mal mais je pouvais encore marcher. Il a fallu deux jours et ma visite chez le chirurgien pour que je comprenne mieux : les ligaments croisés du genou étaient démolis, il fallait opérer. Il m'a directement dit que je ne retrouverais pas le groupe avant le mois de janvier au plus tôt. Je suis dans les temps, je prends mon mal en patience, je ne suis pas un novice en matière de blessures : les croisés déjà, les abdominaux, la cheville, le péroné, j'ai déjà été touché un peu partout. Dans une rééducation aussi longue, il y a des jours avec et des jours sans. Je suis tout à fait rassuré par rapport à mon genou : les cartilages sont intacts, le ménisque aussi, et les ligaments ont été très bien refaits. Mais ce sont plutôt des coups de blues sans explication précise qui surviennent. Et même si je refuse d'y croire, je suis bien conscient qu'une blessure pareille à mon âge, ce n'était pas la meilleure chose qui pouvait m'arriver ". Dans les commentaires sur Genk, on entend et lit régulièrement que Gert Claessens est l'un des joueurs dont l'absence se fait le plus sentir. " D'un côté, ça fait plaisir. D'un autre, ça fait mal de constater à quel point l'équipe patauge : ça ne va pas en championnat, ça s'est très mal passé en Coupe d'Europe. Je vis cela avec mes coéquipiers puisque je viens tous les jours au stade, mais je ne parviens pas à me sentir vraiment concerné : je suis avec le groupe physiquement, pas mentalement. Mon retour sur le terrain me semble tellement éloigné ! " Marius Mitu (29 ans), roi des assists (19) et buteur (10) la saison passée avec le Lierse, est complètement snobé aujourd'hui par Frankie Vercauteren. Les bruits de couloir les plus divers circulent à son sujet : sa venue n'aurait pas été souhaitée par l'entraîneur, il serait un transfert de la direction ( Herman Van Holsbeeck principalement), il serait complètement détruit psychologiquement, il préparerait déjà ses valises en vue du mercato d'hiver. Le Roumain, tout en restant d'une extrême politesse, ne nous éclairera pas sur toutes ces questions : " Je ne veux pas parler, point à la ligne ". Mais cette prétendue dépression ? " Il ne faut pas me poser la question ". Un départ dès janvier 2006 serait sans doute la meilleure chose qui pourrait lui arriver ? " Je préfère me taire, je garde mes impressions pour ma famille et mes proches ". Et pourquoi ne veut-il pas parler de son cas ? " J'ai mes raisons et je ne souhaite pas les donner "... Rune Lange (28 ans) a repris en équipe Réserve le week-end dernier. Il aperçoit la fin d'un tunnel de cinq mois. " Je n'ai plus joué depuis le mois de mai ", rappelle-t-il. " C'est long, long, long ! " L'attaquant norvégien a appris, début juillet, qu'il devait être opéré pour solutionner un problème au tendon d'Achille. Lorsqu'il a repris l'entraînement avec le groupe, il y a moins de 15 jours, il était heureux comme un gosse. " Mon métier, c'est de transpirer sur le terrain avec les potes et de jouer des matches, pas de passer des demi-journées à l'infirmerie ou en travaillant seul. Pendant plusieurs mois, je n'ai pas vu de vraie évolution à l'état de mon tendon. Depuis que je suis de retour dans le groupe, je me sens revivre car je constate de nouveaux petits progrès chaque jour ". Depuis le mois de juin, Izzet Akgül (23 ans) est sur la touche. Dur, après avoir été une des révélations pour sa première saison en D1 belge (27 matches, 9 buts). Il y eut, dans l'ordre, une fracture du coude consécutive à une chute lors d'un entraînement (opération, pose de broches et d'un cerclage), une reprise trop rapide provoquant une réaction, trois nouvelles chutes à l'entraînement sur le coude opéré (!), la pose de points de suture et le retrait de quelques centimètres de peau morte. Aujourd'hui, il reprend à nouveau avec le noyau. " J'ai travaillé seul pendant un mois ", explique-t-il. " Je suivais un programme spécifique de remise en condition et j'avais de nombreuses séances de kiné. Le plus dur est de devoir gérer une période de quatre mois et demi sans équipe Première alors que je misais au départ sur un mois et demi. Dans ma tête, c'était l'affaire de six semaines, point à la ligne. Je venais au stade le matin en même temps que mes coéquipiers mais je partais courir seul pendant qu'ils se retrouvaient sur la pelouse et s'amusaient. Ne plus avoir les sensations du toucher de balle, ça fait mal ". Sclessin rit, Cédric Roussel (27 ans) pleure. Réserviste en début de saison, il n'est même plus systématiquement repris dans les 18 aujourd'hui. " L'équipe joue la tête grâce à un fantastique début de saison, les choix de l'entraîneur sont gagnants, donc je n'ai qu'un droit : celui de me taire ", lance-t-il. " Mais ça fait mal. Je me dis que je ne mérite pas ça. J'avais bien terminé la saison dernière, j'étais prêt pour faire de grandes choses avec le Standard dans ce championnat. Mais j'ai senti dès la préparation que je n'avais pas toute la confiance de Dominique D'Onofrio. Sambegou Bangoura est revenu d'Afrique avec plusieurs semaines de retard mais était dans l'équipe de base pour le début du championnat. Pour moi, ce fut un premier gros coup sur la tête. Pourquoi lui et pas moi ? Quand il est parti, j'ai cru que mon heure était enfin venue, mais le coach a fait monter Sergio Conceição d'un cran. Et son entente avec Mémé Tchite a directement été un coup dans le mille. J'en suis donc réduit à jouer avec la Réserve : j'ai déjà marqué 7 buts mais ce n'est pas ça qui va me faire sauter de joie ". On finira par se demander pourquoi le Standard a rapatrié Roussel. " Je suis sûr d'une chose : Michel Preud'homme me voulait absolument ", dit-il. " Etait-il le seul ? Je n'en sais rien. Peut-être. Il m'a toujours soutenu depuis que je suis ici. C'est le seul qui m'encourage, me parle, me conseille de ne pas laisser tomber les bras. J'ai une relation très forte avec lui : il suffit qu'il me tape sur l'épaule ou m'adresse un regard pour que je comprenne ce qu'il pense de ma situation. Je n'ai jamais voulu provoquer une discussion avec l'entraîneur. A quoi bon ? Il a ses choix, ses idées, le Standard gagne et a le meilleur buteur. Ce n'est pas pour ça que je dois me résigner. J'adore ce club, je suis fier d'être un de ses joueurs, mais je dois commencer à envisager autre chose. Je ne tiendrai pas une saison complète comme ça. Mon agent s'est mis à étudier certaines pistes. Le mercato de janvier, c'est déjà demain et je dois y penser. J'ai 27 ans, je ne peux plus tergiverser ". PIERRE DANVOYEPierre Danvoye " j'ai ratÉ la juve et le bayern ? pas de problÈme, d'autres gros matches viendront " (michael klukowski) " Plus le temps passe et plus j'ai du mal À accepter, À expliquer et À excuser le geste de Laybutt " (thomas chatelle)