Dans l'avion qui mène la délégation à Athènes, Carlo Ancelotti se veut détendu. Il se dit que la capitale grecque a déjà valu de bons moments au Milan qui, en 1994, y avait écrasé Barcelone (4-0). Le coach est un habitué des finales européennes de C1, il a remporté les deux qu'il a disputées comme demi défensif avec les Rossoneri en 89 (4-0 contre le Steaua Bucarest) et 90 (1-0 contre Benfica, c'était aussi un 23 mai). En tant qu'entraîneur, il en est à sa troisième, une tous les deux ans : contre la Juventus en 2003 et Liverpool en 2005 et 2007. La séquence : une victoire aux tirs au but, une défaite au tirs au buts et...
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Dans l'avion qui mène la délégation à Athènes, Carlo Ancelotti se veut détendu. Il se dit que la capitale grecque a déjà valu de bons moments au Milan qui, en 1994, y avait écrasé Barcelone (4-0). Le coach est un habitué des finales européennes de C1, il a remporté les deux qu'il a disputées comme demi défensif avec les Rossoneri en 89 (4-0 contre le Steaua Bucarest) et 90 (1-0 contre Benfica, c'était aussi un 23 mai). En tant qu'entraîneur, il en est à sa troisième, une tous les deux ans : contre la Juventus en 2003 et Liverpool en 2005 et 2007. La séquence : une victoire aux tirs au but, une défaite au tirs au buts et... " Cette fois, c'est moi qui vais gagner ", coupe le coach milanista. " Je me sens plus sûr de mon équipe. Le Milan 2005 était plus fort techniquement avec des joueurs comme JaapStam en défense, AndriyShevchenko et HernanCrespo en attaque. Au niveau de la qualité, ce Milan-là avait quelque chose en plus. Mais l'actuel est plus combatif. Et puis, il y avait une différence importante : en 2005, nous sommes arrivés à Istanbul préoccupés par le fait que l'équipe n'était pas au top de sa forme alors que, cette fois-ci, la condition est optimale. Autre différence, la finale d'il y a deux ans nous paraissait normale alors que celle-ci semble être quelque chose d'extraordinaire vu que nous ne nous attendions pas à y être. Moi même, je n'y croyais pas beaucoup. J'ai même parlé d'utopie. Le changement de vision s'est opéré lors du stage de janvier à Malte. Là, certains joueurs ont commencé à signaler que sept matches nous séparaient de sa conquête. En fait, on a beaucoup parlé des points de handicap octroyés au club suite au scandale Calciopoli mais, en réalité, la vraie punition a été notre entrée anticipée dans cette compétition avec les préliminaires de la Ligue des Champions contre l'Etoile Rouge le 9 août. A cause de cela, nous n'avons pu accorder que 10 jours de vacances aux internationaux au lieu des 40 qu'ils auraient mérités. Si nous avions effectué une préparation normale, nous aurions pu récupérer les huit points de handicap bien plus facilement. Mais dans ces conditions, AndreaPirlo n'a pas été à la hauteur de sa réputation jusqu'en décembre, AlessandroNesta a eu un tas de problèmes physiques et AlbertoGilardino et PippoInzaghi n'ont pas eu le rendement escompté. Ils auraient été plus efficaces s'ils s'étaient reposés un peu plus ". GennaroGattuso a suivi avec beaucoup d'attention la demi-finale Liverpool-Chelsea. La qualification des Reds lui a fait plaisir et il n'avait plus qu'un mot en bouche : revanche. " Je peux empocher tous les succès du monde mais l'échec d'Istanbul me revient toujours à l'esprit. D'ailleurs, je n'ai jamais eu le courage de revoir cette finale. Et il en faut du courage pour la regarder. Ce qui m'a fait encore plus mal ce sont les déclarations des Anglais qui ont prétendu qu'à la mi-temps nous avions déjà fait la fête. Il y a des choses qu'un club comme Milan ne peut se permettre ". Le lendemain, Gattuso s'est défoncé plus que de coutume encore contre Manchester. Il a nargué tous les joueurs britanniques qui passaient dans ses parages. A un certain moment, il s'en est même pris à PaulScholes, qui n'avait pas rendu le ballon après une blessure. Ringhio a commencé à hurler en anglais des mots pas très oxfordiens. Gattuso tient sa revanche mais il râle toujours quand il entend que ce succès a rendu un peu de crédibilité au football italien : " Encore cette histoire ! Après tout ce que nous avons démontré au Mondial, que devons nous encore faire ? Aller sur la lune ?" Il existe toutefois un point commun entre ces trois finales : à chaque fois, Milan est arrivé à ce stade en répandant à travers l'Europe, un jeu de qualité. Bien qu'elle soit formée de numéros 10 placés côte à côte, l'équipe d'Ancelotti ne manque pas d'équilibre. Il n'y a pas de place pour la folie ou l'improvisation. C'est un football d'attaque pensé et organisé. Certains ont beau avoir du mal à le reconnaître, le coach milanista n'est pas simplement un bon gestionnaire des ressources humaines, mais il fait aussi en sorte que son équipe pratique un beau football. Probablement pas avec la frénésie de son père spirituel, ArrigoSacchi, qui avait une vision plus romantique du jeu. Force est de reconnaître qu'en finale, on n'a pas vu le Milan le plus pétillant de la saison. Décrié depuis quelque temps, Dida a fait son travail mais la défense a eu pas mal de problèmes à sortir de sa zone, la ligne médiane a dessiné peu de mouvements et n'a pas eu le rendement habituel à l'image de Gattuso qui a mal calibré quelques passes en retrait. Dans l'absolu, le seul joueur à avoir été à la hauteur de sa réputation, c'est Inzaghi. Opportuniste à souhait, il a involontairement dévié un coup franc de Pirlo en but et, dans un autre registre, lui qui manque de technique balle au pied, il a dribblé Pepe Reina avant de le battre sur un tir croisé dans une position désaxée. Kaka ne peut pas toujours briller comme il l'a fait jusqu'ici en Ligue des Champions mais il n'a pas joué en candidat au Ballon d'Or. Clarence Seedorf, la meilleure mezz'ala (mi-ailier) s'est surtout cantonné dans un rôle défensif. Comment Ancelotti explique-t-il cela ? " Avant les demi-finales, j'avais prétendu que sur le plan tactique Liverpool était la moins bonne des trois équipes anglaises. Mais ce n'était pas pour autant, l'adversaire que j'aurais préféré en finale. Non, si j'avais pu choisir j'aurais opté pour Manchester. Comme il s'agit d'une équipe technique, elle joue et laisse jouer. C'est une chose qui ne risquait pas d'arriver avec les Reds, qui sont plus agressifs, plus humbles. Ils sont toujours sur la défensive et songent peu au spectacle. Heureusement, ils sont aussi plus prévisibles et misent sur les balles hautes. J'avais vu Liverpool à plusieurs reprises en championnat et même quand il n'était pas dans un bon jour, l'ensemble ne s'est pas désuni un seul instant ". Avant le départ pour la Grèce, la direction milanaise avec estimé que la victoire en finale, qui entraîne la participation à la Supercoupe d'Europe et au Championnat du Monde des Clubs, devrait lui rapporter 100 millions d'euros : primes des sponsors, cachets pour les tournées estivales et autres rencontres amicales, les primes de l'UEFA et bien entendu celles des organisateurs japonais pour le tournoi intercontinental. Le sponsor maillot, bwin, la société de paris autrichienne, déboursera 2,7 millions de bonus au club en plus des 10 millions annuels comme le prévoit le contrat signé en avril 2006, juste après l'élimination en demi-finales contre Barcelone. Cet argent devrait permettre au Milan de ne pas connaître les mêmes problèmes qu'en août dernier. A l'époque, malgré toutes les pressions exercées auprès du Real et les bonnes relations avec Barcelone, le club ne parvint pas à finaliser le transfert de Ronaldo ou de Ronaldinho et dut se contenter de celui de RicardoOliveira. En réalité, malgré ses 238,7 millions d'euros de rentrées, Milan n'a terminé l'exercice 2006 qu'avec 2,4 millions de boni. Une misère, surtout quand on sait qu'elle doit ce résultat positif au chèque de 43,8 millions que Chelsea a versé pour Shevchenko. En fait, une fois la qualification pour la prochaine édition de la Ligue des Champions acquise via le championnat (3e tour préliminaire), la direction milanaise s'est mise au travail. Maintenant que la participation aux poules est garantie, il faut construire une équipe capable de défendre le titre et de pointer la victoire au Mondial des Clubs. Ce n'est pas pour rien que SilvioBerlusconi a loué le Blue Monarch, un bateau de croisière mouillant dans le Pirée. A bord, 800 invités dont les managers de Shevchenko, SamuelEto'o, GianlucaZambrotta et Ronaldinho que le président milanais a rencontrés en compagnie d' ErnestoBronzetti. Officiellement, ce dernier est le consultant de Milan en Espagne mais cet homme secret joue un rôle bien plus important qu'il n'y paraît : il est à la base des arrangements qui ont permis de débloquer des situations inextricables comme celle de Ronaldo avec le Real Madrid. Suite aux revers subis lors de l'été 2006, Berlusconi a donc décidé d'intervenir de manière beaucoup plus robuste un an plus tard. Un peu comme il l'a fait en janvier en investissant presque 20 millions d'euros pour engager Ronaldo et MassimoOddo. S'il reste, Ancelotti a reçu la promesse de sa direction qu'il aura à sa disposition un noyau rajeuni même si PaoloMaldini (39 ans en juin), AlessandroNesta (31 ans) et Cafù (37 ans) ont déjà prolongé leur bail et que MassimoAmbrosini (30 ans) devrait suivre. Le médian attendait le résultat de la finale pour le faire : " Avant cela, nous devions effacer une injustice ". En attendant, il empochera comme tous ses équipiers la prime de 200.000 euros qui lui a été promise. par nicolas ribaudo - photo: reporters