Il y a quelques mois, Michael Boogerd déclarait dans une interview que l'Australien Cadel Evans était le coureur le plus mou qu'il connaissait. Parce qu'il n'attaque jamais. " Mais cela ne veut pas dire qu'il n'a pas les jambes pour le faire ", réplique Hendrik Redant, son directeur sportif.
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Il y a quelques mois, Michael Boogerd déclarait dans une interview que l'Australien Cadel Evans était le coureur le plus mou qu'il connaissait. Parce qu'il n'attaque jamais. " Mais cela ne veut pas dire qu'il n'a pas les jambes pour le faire ", réplique Hendrik Redant, son directeur sportif. " Ce qui est vrai, c'est qu'il n'attaque que lorsqu'il est sûr de lui. Sinon, il temporise. C'est quelque chose que nous lui avons appris car être deuxième ou troisième du Tour, ça compte aussi. C'est quelqu'un qui dose très bien ses efforts, il perd rarement dix minutes. Cette fois, s'il veut l'emporter, il faudra qu'il attaque au moins une fois car les contre-la-montre ne permettront pas de faire la différence. Je pense que, physiquement, il peut prendre deux minutes à Alejandro Valverde en montagne mais mentalement, c'est plus difficile. Là, Boogerd a raison : Evans a parfois peur de perdre. Parfois, nous tentons de le convaincre d'attaquer. L'an dernier, MichaelRasmussen et AlbertoContador l'ont attaqué sans relâche. Je lui ai dit que, s'il voulait gagner, il devait les accompagner. S'il temporisait, il perdait une minute. En suivant, c'était quitte ou double. Il l'a fait dans l'étape menant au Plateau de Beille et il n'a craqué qu'à 800 mètres du sommet. Les autres étaient simplement un peu plus forts ". " Cette année, je lui donne 70 % de chances de l'emporter ", annonce Redant Je veux être réaliste : il n'est pas dans la position de Lance Armstrong, dont on savait qu'il allait gagner avant le départ. Mais il m'a l'air plus sûr de lui. Il a remporté une étape de la Ruta del Sol et s'est imposé au Mont Ventoux à Paris-Nice. Même si, là aussi, j'ai dû le convaincre d'aller rechercher Robert Gesink. Dans l'ensemble, Cadel est plus spontané. Il a un objectif et reste très discipliné mais il n'a plus peur de boire du vin. Il fait aussi davantage confiance à ses équipiers. Il sait de quoi ils sont capables et c'est très important. Il parvient à trouver le bon moment pour les motiver, même s'il y a encore des moments difficiles. En tout cas, il n'est plus jamais seul à table. On ne devient pas uniquement leader par ses prestations mais aussi par son comportement au sein du groupe. Les équipiers de Tom Boonen vont au feu pour lui. Aujourd'hui, Cadel est beaucoup plus entouré. Ils n'attendent plus que je leur donne l'ordre d'aller lui porter à boire. De mon côté, je leur ai quand même fait remarquer qu'aucun d'entre eux n'était capable de faire du 60 km/h dans un contre-la-montre. En tout cas, maintenant, on l'écoute. S'il dit qu'il veut rouler à la dixième place du peloton, ils sont tous là. Et lui comprend que, s'ils ont roulé toute la semaine pour Robbie McEwen, ils ont parfois besoin de souffler pendant une étape ". Redant : " Cette année, de toute façon, l'équipe est construite autour de lui. YaroslavPopovych est son lieutenant, Dario Cioni et Johan Van Summeren peuvent aussi donner un fameux coup de main. Avant qu'ils n'entrent en scène, Mario Aerts et Christophe Brandt auront déjà abattu une bonne part du boulot. Wim Van Sevenant et Leif Hoste auront pour mission d'aller rechercher les échappés et de soutenir Cadel avant la montagne. Ces gens-là connaissent leur boulot. Et ce sera plus facile car ils ne seront pas systématiquement obligés de boucher tous les trous avant l'arrivée comme lorsqu'ils travaillaient pour McEwen. En tout cas, ils ne devront plus faire 160 km en tête mais nous ne voulions pas non plus laisser Robbie à la maison car il a fait beaucoup pour l'équipe. De plus, il connaît beaucoup de monde dans les autres formations et on a parfois besoin d'un coup de main. Enfin, il peut donner de précieux conseils à Cadel et lui montrer qu'il peut avoir confiance dans le matériel. Comme tous les champions, Cadel est spécial, très maniaque, terriblement exigeant. Cela peut ressembler à un caprice. Mais il ne veut blesser personne. Simplement, parfois, il ne comprend pas tout tout seul, il faut lui expliquer et éviter les situations qui le font râler. Il aime bien manger ? Nous emmenons notre cuisinier ! Il n'aime pas trop parler aux journalistes ? Nous emmenons un attaché de presse rien que pour lui. Sinon, il devient fou. Il faut que tout se déroule comme prévu et c'est parfois un problème car il se met alors à paniquer, comme lorsqu'il a été blessé au genou. Il faut simplement chercher des alternatives. S'il a eu des problèmes chez T-Mobile, c'est peut-être parce qu'ils ne l'ont pas assez aidé ". Redant : " Pour nous aussi, d'un point de vue tactique, le Tour sera très différent. Il faudra le prendre comme un ensemble et plus comme une succession de courses d'un jour. Il faudra donc tenir compte de beaucoup plus de paramètres. Mais nous continuerons à établir la tactique au jour le jour, au bar de l'hôtel, avant d'aller dormir. Je pense qu'un premier tri s'effectuera dans les Pyrénées et que les Alpes seront décisives. Cadel a reconnu la 16e étape, avec le Col de la Lombarde et la Cime de la Bonette-Restefond : 2.300 et 2.800 m, ce n'est pas un cadeau. La veille, il y aura eu le Col d'Agnel, 2700 mètres. Et le lendemain, l'Alpe d'Huez. Trois jours très durs. Pour moi, le Tour va se jouer à l'Alpe d'Huez mais peut-être que le contre-la-montre accentuera encore la différence, comme l'an dernier. Moi, je veux bien que Cadel ait dix secondes de retard après l'Alpe d'Huez et qu'il gagne le contre-la-montre avec une minute d'avance. Il a bien entendu déjà reconnu le parcours des deux épreuves contre le chrono. J'irai aussi les voir la veille en voiture et le jour même une ou deux fois avec lui. Il est très professionnel. Au Dauphiné, il pleuvait à seaux mais nous sommes allés reconnaître le parcours à deux reprises. Pendant cette reconnaissance, nous évoquions tous les points importants : une dent de plus ou de moins ici, attention à ce virage-là... Parfois, il revient en arrière pour prendre le virage à fond. Et les premiers coureurs de l'équipe à partir donnent aussi leur avis, surtout Hoste. Je note tout et, pendant l'épreuve, je donne des tas d'informations dans l'oreillette : change de vitesse, prochain virage : autant de degrés à gauche, freine, fais attention à l'ornière... Si un coureur se rapproche, comme Levi Leipheimer l'an dernier, je crie - Come on, ça se joue à la seconde. Sans citer de nom, pour ne pas le stresser. Parfois, je lui cache certaines choses mais je ne mens pas car je veux qu'il garde confiance en moi ". par loes geuens