"Il y a peu de joueurs comme Fernando Gago dans le monde. Il fait partie des derniers que j'apprécie voir jouer ". Ce compliment, plutôt flatteur, prend d'autant plus de sens qu'il provient du maître, de son maître, Fernando Redondo . D'ailleurs comment ne pas faire le rapprochement entre les deux Albicelestes tant les similitudes sont nombreuses ? Au-delà du look (cheveux longs lissés, serre-tête, belle gueule), Gago, sur un terrain, c'est une copie conforme, certes encore à façonner, de l'ancien milieu de terrain élégantissime de la sélection argentine et du Real Madrid. Vista, technique, jeu long, jeu court, récupération toujours debout, disponibilité, les deux Fernando affichent (ou plutôt affichait pour le retraité Redondo) les mêmes armes. Sorte d'anti- Claude Makelele ou Gennaro Gattuso du poste de milieu défensif, Gago est à l'image de son " id...

"Il y a peu de joueurs comme Fernando Gago dans le monde. Il fait partie des derniers que j'apprécie voir jouer ". Ce compliment, plutôt flatteur, prend d'autant plus de sens qu'il provient du maître, de son maître, Fernando Redondo . D'ailleurs comment ne pas faire le rapprochement entre les deux Albicelestes tant les similitudes sont nombreuses ? Au-delà du look (cheveux longs lissés, serre-tête, belle gueule), Gago, sur un terrain, c'est une copie conforme, certes encore à façonner, de l'ancien milieu de terrain élégantissime de la sélection argentine et du Real Madrid. Vista, technique, jeu long, jeu court, récupération toujours debout, disponibilité, les deux Fernando affichent (ou plutôt affichait pour le retraité Redondo) les mêmes armes. Sorte d'anti- Claude Makelele ou Gennaro Gattuso du poste de milieu défensif, Gago est à l'image de son " idole absolue ", un vrai régal pour les yeux. Mais la filiation ne s'arrête pas là. Gago, tout comme Redondo ou Esteban Cambiasso , autre médian récupérateur argentin passé également par le Real Madrid, a shooté ses premiers ballons à Parque, petit club modeste de la banlieue de Buenos Aires. Son talent y est très vite décelé et Gago suit le cursus logique en intégrant un géant du foot argentin, le mythique Boca Juniors. En décembre 2004, à 18 ans seulement, il foule pour la première fois le terrain de la Bombonera en match officiel. Il est lancé et la suite rapide. Aux côtés de Lionel Messi , Sergio Aguero ou... Lucas Biglia , Gago, pièce essentielle des -20 ans argentins, remporte en 2005 le championnat du Monde organisé aux Pays-Bas. A son retour à Boca, le président Mauricio Macri sait pertinemment qu'il sera impossible de garder longtemps dans ses filets son numéro 6. Dieu en personne, Diego Maradona fera du lobbying auprès de la nouvelle star : " C'est un des meilleurs milieux au monde. Il devrait toujours figurer dans la sélection de l'Argentine ". Considéré comme le meilleur footballeur du championnat argentin depuis deux ans, le Real décroche le gros lot durant le mercato d'hiver 2007 en échange de 20 millions d'euros ! Gago, au même titre que Gonzalo Higuain venu de River Plate pour 13 millions ou Marcelo débarqué de Fluminese pour 8, est censé donner vie à des Merengues vieillissants. Son compatriote et ex-directeur sportif des Castillans, Jorge Valdano , voit en lui la solution définitive pour le poste de récupérateur après les échecs de Mamadou Diarra ou d' Emerson . " C'est quelqu'un qui lit bien le jeu et le lit vite. Son apport va faciliter la fluidité de notre jeu ", avance Valdano. Gago, lui, ne se cache pas et déclare avec certitude (en Argentine, on a souvent rappelé l'ego surdimensionné du joueur) : " Depuis que Redondo est parti, le Real n'a plus eu de discipline tactique, mon rôle aujourd'hui, c'est de pallier ce manque ". Et ses débuts répondent aux attentes : Gago s'installe directement dans le onze de Fabio Capello . Le 7 février, un mois après son arrivée en Espagne, tout s'enchaîne : Gago dispute ses premières minutes sous le maillot de l'équipe nationale. Dans un Stade de France glacial, l'Argentine donne une leçon de football aux Bleus de Raymond Domenech et le néo-Madrilène étincelle. La partition du chef d'orchestre défensif de la sélection d' Alfio Basile est parfaite. Tombé sous le charme depuis un petit temps, Coco Basile s'emballe même : " Regardez-le jouer et vous verrez qu'il est toujours tout seul quand il reçoit le ballon. Il bouge beaucoup et est doté d'une intelligence extraordinaire ". La suite est moins flamboyante. Le Real décroche, un peu à la surprise générale, sa 30e Liga mais Gago est régulièrement sur le banc durant le sprint final. On avance le contraste de style entre la Boca et la Maison blanche comme élément de réponse d'un passage à vide. " Il est passé d'une poudrière où 50.000 animaux pendus à des grilles éructent à un théâtre où tous les gens fument de gros cigares ", déclare son formateur à Boca Junior, Ramon Maddoni . Aujourd'hui, Gago collectionne toujours les hauts et les bas, à l'image de sa double confrontation face à l'AS Rome en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, où il survole l'aller et se noie au retour. Bernd Schuster , adepte d'un 3 au milieu, croit néanmoins en l'Argentin, et le titularise, quand les événements l'autorisent, aux côtés de Wesley Sneijder et de Guti . Si le Real vient de décrocher sa 31e timbale, et donc la deuxième de rang pour le club et pour Gago, il lui faut encore acquérir la stature internationale. Là seulement, on pourra parler du digne héritier de Redondo qui, pour rappel, avait quitté le club madrilène auréolé d'une deuxième Ligue des Champions (1998 et 2000) et d'un titre de meilleur joueur de la compétition. par thomas bricmont - photo: reporters