E nzo Scifo : " A 21 ans, je suis parti à l'Inter pour découvrir. Ce fut ma plus grosse erreur. Je n'étais pas préparé à ce changement radical d'univers. On m'avait prévenu que tout était plus difficile là-bas, mais j'ai fait mes valises avec mes certitudes. Et c'est surtout à cause de cela que je n'ai pas percé comme je l'espérais à Milan, même si j'ai joué 28 matches pendant cette saison 87-88.
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E nzo Scifo : " A 21 ans, je suis parti à l'Inter pour découvrir. Ce fut ma plus grosse erreur. Je n'étais pas préparé à ce changement radical d'univers. On m'avait prévenu que tout était plus difficile là-bas, mais j'ai fait mes valises avec mes certitudes. Et c'est surtout à cause de cela que je n'ai pas percé comme je l'espérais à Milan, même si j'ai joué 28 matches pendant cette saison 87-88. Si Vincent Kompany signe là-bas en se disant qu'il n'a rien à perdre, que cette expérience lui sera de toute façon profitable, il est mort. Il doit partir avec le couteau entre les dents, se dire qu'il va à l'Inter pour être chaque semaine dans l'équipe. Et être prêt à affronter directement le stress du Calcio. Pour un jeune joueur, cette pression est encore plus infernale que la concurrence sportive. Kompany doit être aussi fort dans sa tête que la majorité des footballeurs sud-américains. Pourquoi y en a-t-il autant en Italie ? Parce qu'ils se sentent chez eux après dix jours et restent très cool face à la pression. Mais Kompany est-il déjà prêt pour viser aussi haut ? Je n'en suis pas du tout persuadé. Je constate qu'il a encore trop de progrès à faire pour devenir du jour au lendemain titulaire dans le Calcio. Attention, il a assez de qualités pour s'imposer à terme dans un championnat pareil. J'ai joué contre Marcel Desailly à ses débuts à Nantes : il était moins fort que le Kompany actuel. Et il était mince comme un fil de fer. S'il a fait une carrière extraordinaire, c'est aussi parce qu'il avait des qualités mentales extraordinaires. Kompany doit accepter de faire les mêmes sacrifices s'il veut viser le même parcours. Si j'étais dirigeant de l'Inter, je n'hésiterais pas : je l'achète maintenant et je le laisse encore mûrir pendant une saison à Anderlecht. A ce moment-là, Kompany sera peut-être prêt dans sa tête et dans son football ". " Cette progression passe par un changement de poste. Il doit évoluer dans l'entrejeu, c'est frappant comme le nez au milieu du visage. En défense, il joue dans un fauteuil, il n'a aucune pression. Il est trop bon pour rester simple défenseur dans le championnat de Belgique. Pour moi, il n'a pas progressé depuis un an parce qu'il est rarement mis en difficulté. Il fait ce qu'il veut. Il peut commencer à dribbler des attaquants et perdre le ballon, il est quand même assez rapide et assez fort pour revenir et récupérer cette balle. Ce n'est pas en évoluant dans des conditions pareilles qu'on s'améliore. Pourquoi a-t-il raté des matches européens avec Anderlecht et des chocs avec les Diables ? Pas parce qu'il n'a pas assez de qualités mais parce qu'il a été surpris sur certaines phases û c'est pour cela qu'on l'a vu hésitant à plusieurs reprises quand Aimé Anthuenis l'a fait avancer contre la Serbie & Monténégro. C'est un manque d'habitudes, tout simplement. Vous pouvez récupérer un ballon perdu face à un attaquant en Belgique, mais contre un avant du championnat d'Italie, vous êtes mort et c'est but. Comparer la Belgique et l'Italie, ce n'est pas parler de la même chose : c'était déjà vrai de mon temps mais la différence est dix fois plus marquée aujourd'hui. Si Hugo Broos le fait avancer, Anderlecht n'en profitera peut-être pas directement car il y aura l'inévitable phase d'apprentissage. Mais Kompany, lui, poursuivra sa progression et le club s'y retrouvera, à terme. Il faut lui laisser le temps d'acquérir des réflexes de médian. Il y a quand même suffisamment de bons défenseurs centraux pour jouer derrière lui, on ne peut pas dire qu'il soit absolument indispensable derrière. Dans l'entrejeu, il apprendra à construire et à gérer des duels en course, alors qu'il doit pour le moment se contenter de duels à l'arrêt. Il pourra aussi exploiter tous ses atouts dans des phases offensives : taille, physique, timing, explosivité. Il a le profil parfait pour briller comme médian dans le foot moderne. Les atouts que tous les grands clubs européens recherchent. Si j'avais eu ses qualités physiques, j'aurais encore fait une autre carrière ". Pierre Danvoye