F rankie Vercauteren fêtera ses 50 ans en octobre. Et un neuvième titre avec Anderlecht en mai 2007 ? Il en totalise quatre comme joueur, trois comme adjoint et un comme entraîneur principal. Actuellement, il n'a que deux quasi-certitudes : le résultat final dépendra de la vitesse à laquelle le Sporting new-look se mettra en place, et le Club Bruges sera probablement l'équipe à battre. Mais n'attendez pas de lui qu'il fasse un quelconque complexe après l'impressionnante démonstration du Club contre Gand lors de la première journée. " Où va-t-on si les gens commencent à tirer des conclusions après un match ?", lance-t-il, légèrement irrité. " O.K., Bruges a apparemment très bien joué, mais ça s'arrête là ".
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F rankie Vercauteren fêtera ses 50 ans en octobre. Et un neuvième titre avec Anderlecht en mai 2007 ? Il en totalise quatre comme joueur, trois comme adjoint et un comme entraîneur principal. Actuellement, il n'a que deux quasi-certitudes : le résultat final dépendra de la vitesse à laquelle le Sporting new-look se mettra en place, et le Club Bruges sera probablement l'équipe à battre. Mais n'attendez pas de lui qu'il fasse un quelconque complexe après l'impressionnante démonstration du Club contre Gand lors de la première journée. " Où va-t-on si les gens commencent à tirer des conclusions après un match ?", lance-t-il, légèrement irrité. " O.K., Bruges a apparemment très bien joué, mais ça s'arrête là ". Ce Sporting new-look porte clairement la griffe de Vercauteren. Pour la première fois depuis qu'il est coach principal des Mauves, il aligne une équipe qu'il a pu composer en concertation avec son staff et les patrons du club. " Un entraîneur a normalement besoin de trois ans pour façonner complètement une équipe. J'en suis à ma deuxième année. Je ne compte pas la saison pendant laquelle je suis devenu T1 pour quelques mois, en remplacement de Hugo Broos. Mon processus a démarré il y a un peu plus d'un an ". Frankie Vercauteren détaille sa vision du noyau, du foot en général, son évolution comme homme et comme coach. Anderlecht a recruté plusieurs joueurs de (très) petite taille ( Lucas Biglia, MbarkBoussoufa, Ahmed Hassan, Mémé Tchité) pour des postes clés alors que la tendance, dans les bons clubs européens, est aux perches voire aux armoires à glace. Erreur de casting ? Frankie Vercauteren : " On fait ce qu'on peut avec les moyens financiers qu'on possède. Je ne suis pas aveugle, je sais évidemment qu'il est de plus en plus utile d'avoir des joueurs de grande taille dans le football moderne. D'autres sports suivent la même évolution, d'ailleurs : le volley, l'athlétisme, la gymnastique, etc. Mais regardez où sont les footballeurs grands et doués : à Arsenal, à Liverpool, à Chelsea. La saison dernière, quand je me suis retrouvé près des castards de Chelsea dans le tunnel menant aux vestiaires, je me suis dit : -Oh oh... Ce profil-là, tout le monde le recherche et c'est donc très difficile de le trouver. Aujourd'hui, plus de 30 % des buts sont marqués sur des phases arrêtées. Rien que pour cela, il est indispensable d'avoir quelques tours dans l'équipe. Et il y a des postes où on ne peut pas miser sur un petit. Si un de mes backs mesure 1m60, fait 65 kg et n'a pas une détente exceptionnelle, je sais que je cours vers les problèmes. Jelle Van Damme et Roland Juhasz ont des arguments physiques pour jouer en défense centrale. Pour les places où la taille est moins importante, il faut chercher des joueurs qui ne sont pas nécessairement très grands mais ont assez d'autres qualités pour compenser. Quelle que soit l'évolution du football, il y aura toujours de la place pour les joueurs de petite taille ou de taille moyenne. Et qu'on n'oublie pas que le talent de base reste quand même le premier critère. La créativité aussi. C'est dans ce sens-là que nous avons en partie recruté. Nous avons fait venir plusieurs garçons dont le style correspond à ce que le public d'Anderlecht demande. Quand certaines personnes réclament un retour au fameux style anderlechtois, je suis toujours le premier à applaudir. Et je pense que nous nous en rapprocherons avec le noyau actuel ". Le coach mauve mise sur les artistes Hassan, Boussoufa et Biglia mais ces joueurs sont-ils tellement différents de Lucas Zelenka, Alin Stoica ou Anatoli Gerk, auxquels il ne faisait pas confiance et qui ont dû quitter Anderlecht sur la pointe des pieds ? " Entre ces deux groupes de joueurs, je constate une grande différence : la disponibilité physique et mentale. Avoir un talent fou, c'est très bien, mais si le mental ne permet pas de courir, de travailler, de se mettre au service de l'équipe et de se remettre en question chaque semaine, c'est un aller simple pour l'échec. La vitesse pure, ce n'est pas suffisant non plus. J'ai connu des joueurs très rapides mais qui avaient besoin d'une demi-heure pour récupérer après avoir enchaîné cinq sprints. Dans d'autres cas, la qualité des accélérations diminuait au fil des minutes. Aujourd'hui, j'ai dans mon noyau des gars capables de courir à la même vitesse pendant une heure et demie. Cela permet d'user l'adversaire direct : il va peut-être tenir trois quarts d'heure, voire une heure, puis il craquera. C'est pour ça que je ne suis pas inquiet dans des matches où c'est toujours 0-0 après 60 minutes : je sais que nous allons émerger parce que l'équipe d'en face n'a plus rien dans le moteur ". Nicolas Pareja, Biglia, Christian Leiva, Nicolas Frutos : les Argentins seront bientôt aussi nombreux à Anderlecht que les Portugais au Standard ! Perles rares ? " Pendant plusieurs années, nous nous sommes dit que ça ne servait plus à rien d'aller scruter en Argentine ou au Brésil. Nous étions persuadés qu'un club comme Anderlecht ne pouvait y recruter que des seconds couteaux. Il y a deux ans, nous avons discuté du profil qu'il fallait rechercher pour ce club et nous sommes arrivés à la conclusion que l'Argentine et le Brésil pourraient quand même faire l'affaire. Parce que ces pays produisent beaucoup de joueurs qui combinent des qualités essentielles : la taille, la puissance, la technique, la vitesse, les compétences tactiques et la mentalité. On y trouve des joueurs déjà formés et prêts, même s'ils sont encore jeunes. C'est la différence avec l'Afrique : à âge égal, un Argentin ou un Brésilien est plus avancé dans sa formation qu'un Africain. Et on ne peut pas espérer grand-chose sur le marché de l'Afrique avec des garçons complètement formés : ils ne rêvent pas de la Belgique. Un bon Ivoirien ou un bon Camerounais vise la France, pas notre championnat. Donc, l'Argentine constituait finalement une opportunité à étudier très sérieusement. Maintenant, ne me demandez pas pourquoi le Sporting s'est dirigé vers l'Argentine plutôt que vers le Brésil : je n'en sais rien ". Dans le foot d'aujourd'hui où les meilleures équipes cherchent d'abord à aller le plus vite possible vers le but adverse, les trouvailles de Boussoufa et Hassan, pièces maîtresses de l'entrejeu anderlechtois, ne risquent-ils pas de faire tache et de compliquer l'accès à la cible ? " J'aime bien le football en combinaisons mais je demande avant tout à mon équipe de favoriser la profondeur. La clé, ça reste l'efficacité. Posséder le ballon pendant 60 % du match et se faire prendre en contre, ça ne sert à rien. Pour en revenir aux petites combinaisons, je ne suis pas inquiet... concernant Hassan et Boussoufa parce qu'ils ont une grande intelligence du jeu. Par contre, d'autres maîtrisent moins bien les événements. Il faut pouvoir faire la différence entre les combinaisons courtes et le jeu latéral à risques. Mon équipe peut jouer court mais il doit toujours y avoir progression vers la zone de vérité. Mon football préféré est celui de Barcelone, mais ce club favorise aussi la profondeur. Je suis beaucoup moins sous le charme de Chelsea : les joueurs de cette équipe, c'est le top, ce sont les profils dont je rêve, mais son jeu, non, là, je ne craque pas "... Anderlecht sort de deux campagnes faites d'humiliations en Ligue des Champions. Cette saison peut-elle signifier un virage ? " Je vais vous faire une confidence : je suis curieux de voir ce que mon équipe pourrait faire contre Chelsea. Mais je préférerais éviter les Anglais au premier tour... Je suis en tout cas persuadé que nous sommes plus loin qu'il y a un an. Anderlecht a du talent pur, de la technique, des qualités physiques et de grandes facultés mentales ". Durant la campagne de préparation, les images ont fait le tour du pays... et ont fait rigoler pas mal de monde. Les Anderlechtois en pleine séance de rafting, de piscine, de VTT ou de relaxation, ça semblait tellement loin des vérités de la pelouse ! Inutile ? " Je laisse rigoler tous ceux qui ne savent pas à quoi ça sert. Juger sans connaître, ça c'est ridicule ! Et l'apport de notre psychologue, j'y crois à fond. Je ne dois d'ailleurs pas être le seul dans le football belge : si vous saviez le nombre de clubs qui l'ont déjà contacté pour lui demander s'il ne pouvait pas les aider... J'ai toujours été curieux, j'ai toujours voulu rester ouvert aux nouveautés. C'était déjà le cas quand je jouais. La psychologie, c'est un apport que j'ai découvert quand j'entraînais les jeunes du Club Malinois. Nous avions une collaboration avec le département psychologie d'une université. Nous avons commencé à évaluer le potentiel mental des joueurs. Pourquoi devrions-nous refuser un tel échange d'idées entre le sport et la psychologie alors qu'on le privilégie avec succès, depuis des années, aux Etats-Unis ? C'est utile, il y a quand même suffisamment d'études sérieuses qui le prouvent. Autrefois, on se posait une seule question quand on envisageait d'engager un joueur : est-ce qu'il sait jouer ? Puis, on s'est intéressé aux qualités physiques. Aujourd'hui, c'est indispensable d'y ajouter l'élément mental. Si un footballeur n'a rien dans la tête, s'il est incapable de prendre les bonnes décisions, s'il n'a pas de caractère, il se plantera. Quel que soit son talent pur. Tous les plus grands joueurs du monde combinent les qualités sportives et mentales. Evidemment, il faut aussi pouvoir faire la part des choses quand on fait le screening d'un joueur avant de l'engager. Personne n'est parfait. On trouvera toujours un petit quelque chose qui cloche chez n'importe quel garçon. Si on exige la perfection, on ne fait plus signer personne. Moi-même, je profite directement de l'apport du psychologue. Je lui demande régulièrement ce que je peux faire pour améliorer la gestion du groupe ". Les joueurs anderlechtois sont de moins en moins libres de leurs mouvements vis-à-vis de la presse. Désormais, seuls les lundis, mardis et mercredis sont autorisés pour les interviews. Coincer Frankie Vercauteren pour un long entretien est aussi devenu très difficile. Exagéré ? " Pas du tout. Un professionnel du football a besoin d'une structure dans sa vie. J'insiste beaucoup là-dessus auprès de mes joueurs. En stage, on repère vite ceux qui ont déjà une existence structurée : ils se pointent parfaitement à l'heure aux rendez-vous, ils se reposent, ils récupèrent. Je dois aussi veiller à ce qu'ils aient cette structure dans leurs rapports avec la presse. Le lendemain du premier match de championnat à St-Trond, il doit y avoir eu cinq demandes d'interview pour Mémé Tchité. Exiger des joueurs qu'ils se multiplient face aux médias, les emmener hors du stade pour une séance photos d'une heure, tout cela n'est pas raisonnable. Moi-même, si j'acceptais toutes les demandes, je n'en sortirais plus : les journaux, les télés, un match à disséquer comme consultant, une rencontre avec Hugo Broos, une autre avec Aimé Anthuenis, etc. Je ne peux pas non plus me multiplier, notamment parce que je représente mon club et que je dois être bon dans mes analyses. Or, quand ça se répète et que ça s'éternise, on n'est plus bon ". Frankie Vercauteren passe pour un coach calme mais il lui arrive quand même de péter un câble à l'occasion. On se souvient d'une scène à Westerlo, quand Lucas Zelenka, qui avait dû quitter Anderlecht vu que Vercauteren ne croyait pas en lui, était venu le provoquer devant le banc après avoir marqué. Le Bruxellois avait failli exploser. La saison dernière, il attaqua durement et publiquement Wim De Coninck, qui l'avait critiqué après la défaite au Standard. A-t-il changé ? " Un homme ne change pas ; il évolue. Comme tout le monde, j'apprends en permanence en fonction des expériences que je vis, je corrige éventuellement ma façon d'agir. Mais je conserve ma nature, elle est toujours la même. J'ai appris à passer au-dessus de certaines choses, ce que je ne parvenais pas toujours à faire autrefois. Il y a deux façons de se comporter quand on est agressé : faire la guerre ou laisser tomber. Je ne pense pas que je réagirais encore de la même manière face à la provocation de Zelenka. J'essaye de contrôler le mieux possible mes émotions et mes frustrations. Ce n'est pas toujours facile mais j'essaye "... Chaque saison ou presque, l'Entraîneur de l'année est le coach du club champion. En mai dernier, Frankie Vercauteren n'a terminé qu'à la quatrième place de ce référendum, derrière Francky Dury, Georges Leekens et Dominique D'Onofrio. Les acteurs du championnat lui ont accordé quatre fois moins de points qu'à Dury ! Très récemment, Vercauteren a déclaré dans la presse : " Je n'ai jamais été populaire et je ne le serai jamais ". Y a-t-il un lien ? Est-il le mal-aimé des pros du championnat de Belgique ? " Etre populaire, qu'est-ce que ça veut dire ? Vincent Kompany, Pär Zetterberg, Jean-Marie Pfaff sont des gars populaires ; pas moi. Je ne suis pas du style à me promener au milieu d'un attroupement pour m'y faire des amis. A chacun sa façon de vivre. Je veux être apprécié pour ce que je fais, pas pour ce que je suis. Ce qui m'intéresse, c'est la reconnaissance. C'est différent de la popularité. Et être populaire ou pas, je m'en fous. Je sais qu'il y a des joueurs et des adversaires qui m'apprécient, d'autres qui ne m'aiment pas. C'est comme ça, je ne chercherai jamais à changer les choses. Et je ne vais quand même pas m'inquiéter sous prétexte que je n'ai pas été élu Entraîneur de l'année alors que mon équipe a décroché le titre ! Est-ce qu'on a plus de mérite quand on a terminé sixième du championnat et gagné la Coupe de Belgique ? On est meilleur parce qu'on a fini deuxième avec une équipe comme le Standard ? Inversement, l'entraîneur du club champion est-il automatiquement le plus brillant entraîneur du pays? Bullshit ! Je laisse à chacun le soin de juger. Les votants voient peut-être un coach qui rit et un autre qui ne rit pas, c'est ce qui influence leur choix. Et alors là, je n'ai aucune chance. (Il rigole). Pas de problème. Et pour tout vous avouer, les distinctions individuelles, je m'en fous. Cela ne fait pas partie de mes ambitions, tellement c'est artificiel. Les gens qui votent ne savent pas de quoi ils parlent -NDLR : petit rappel quand même, en ce qui concerne notre referendum de l'Entraîneur de l'année, ce sont les joueurs de D1 qui votent... Vous savez que José Mourinho n'a été élu qu'une seule fois Entraîneur du mois, la saison dernière, en Angleterre ? Donc, ça voudrait dire qu'il n'est pas bon ? J'ai d'autres valeurs que ces prix-là. Quand un joueur que je n'ai pas épargné vient me dire que j'ai été le meilleur coach de sa carrière, là je suis content. Mes plus belles victoires personnelles, ce sont celles-là ". PIERRE DANVOYE