Personne ne l'ignore, Genk est champion de Belgique en titre. Ce que certains ne savent peut-être pas, c'est que le club limbourgeois est issu d'une fusion. Le KFC Winterslag et Thor Waterschei se sont mariés en 1988 pour créer le KRC Genk. Quatre titres de champions nationaux suivront, faisant du Racing le modèle type de la fusion réussie.
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Personne ne l'ignore, Genk est champion de Belgique en titre. Ce que certains ne savent peut-être pas, c'est que le club limbourgeois est issu d'une fusion. Le KFC Winterslag et Thor Waterschei se sont mariés en 1988 pour créer le KRC Genk. Quatre titres de champions nationaux suivront, faisant du Racing le modèle type de la fusion réussie. Ces derniers temps, les exemples de rapprochements dans le football belge tendent plutôt à relancer des clubs historiques mais suffocants. L'association entre le Beerschot, déclaré en faillite, et Wilrijk pour créer le Beerschot-Wilrijk (redevenu le Beerschot), ou celle du Lierse, lui aussi en faillite, avec le FC Oosterzonen pour établir le Lierse-Kempenzonen. Les deux clubs déposaient le bilan, donc ce ne sont pas des fusions au sens strict du terme. Ces exemples illustrent toutefois une réalité devenue fréquente dans le football belge, au niveau amateur principalement. État des lieux dans plusieurs provinces francophones. Début avril 2018, une information provoque un séisme dans le paysage du football namurois : une fusion est annoncée entre l'UR Namur et Fosses-la-Ville. Une nouvelle inattendue mais salvatrice pour le club de la capitale wallonne, végétant en D3 Amateurs, mais surtout au bord du gouffre, voire pratiquement tombé dedans. Des dettes très importantes, des résultats sportifs désastreux, de potentiels repreneurs qui apparaissent puis s'évaporent aussitôt, l'UR Namur est à deux points de la disparition. C'est donc peu dire que la nouvelle de cette fusion avec Fosses, futur champion de P1 namuroise, tombe à pic. Au-delà de la fusion entre un club historique en perdition et un petit cercle situé presque à mi-chemin entre Namur et Charleroi, c'est la possibilité de sauver les Merles d'une mort presque certaine. Le club fusionné voit officiellement le jour en mai, une fois la relégation de l'UR et la montée de Fosses actées, et prend un nom qui rappelle le plus grand des deux clubs : UR Namur-FLV. À l'initiative de cette association : Christophe Graulus. Celui qui était alors président de Fosses, et qui est désormais à la tête du club fusionné, se souvient : " Je connaissais LucienRomeo, qui dirigeait le club à l'époque, et avec qui j'ai eu une conversation à l'issue de laquelle nous avons décidé de faire quelque chose. J'ai demandé à ce que ce soit une fusion car après neuf ans à Fosses, je trouvais qu'on avait atteint notre plafond. À partir de là, tout s'est fait très vite. L'opportunité était plus pour Namur que pour Fosses. Mais je ne me considère pas comme le sauveur de l'UR Namur. " Un peu plus d'un an plus tard, le bilan sportif est excellent : un titre acquis de haute lutte en D3 Amateurs et donc, une montée en D2. Début avril, on apprenait que l'UR Namur-FLV absorbait le club de l'Etoile Rouge de Belgrade, qui vivotait en P4 namuroise. " Cela nous permet d'avoir un site supplémentaire d'entraînement, une équipe féminine, ce qui est important, et de pouvoir bénéficier des jeunes de là-bas. " La réputation de la formation namuroise, qui a sorti des joueurs comme Frank Defays, Eliaquim Mangala ou Samuel Bastien, est en effet à redorer. " Nous voulons être situés juste en dessous des élites en ce qui concerne la formation des jeunes. C'est pourquoi nous voulons continuer à absorber des équipes qui végètent en P3 ou P4. Et aussi aller étape par étape avec notre club pour aller le plus haut possible. " Fusionner avec un club en danger de mort, une méthode testée aussi dans la province de Hainaut. L'Olympic Charleroi, l'autre nom emblématique du foot carolo, relégué de D2 Amateurs, s'est lié avec Châtelet-Farciennes, qui militait en D1 Amateurs. Le club fusionné a repris comme pour l'UR Namur-FLV, une partie des deux noms pour s'appeler Olympic Charleroi Châtelet Farciennes (ou O.C.C.F.). On notera toutefois que sur son site, le club utilise la dénomination non officielle " Olympic Club Charleroi Farciennes ". Les mêmes initiales, mais une mouture différente. C'est Patrick Rémy, président de Châtelet-Farciennes, qui a fait le premier pas dans ce rapprochement, comme le raconte le futur correspondant qualifié du club fusionné JeanBastin : " Le président Rémy tenait absolument à cette fusion. Il voulait que notre club bénéficie de meilleures infrastructures car celles dont nous disposons à Farciennes ne sont pas dignes de la D1 Amateurs. " Les premières discussions informelles se font en novembre 2018. Quelques mois plus tard, en février, les contacts s'intensifient et tout va très vite. " Il faut préciser que l'Olympic était en grande difficulté financière ", reprend Jean Bastin. " Je pense que dans un projet de fusion, il y a toujours un des clubs concernés qui va mal. L'Olympic était ouvert à la proposition. " Bouclée au mois de juin, l'association entre l'Olympic Charleroi et Châtelet-Farciennes permet au club fusionné d'évoluer en D1 Amateurs, la série la plus haute où évoluait l'un des deux clubs avant la fusion, comme le permet le règlement de l'Union Belge. Il joue au Stade de la Neuville, dévolu jusque-là à l'Olympic, avec un objectif clair à court terme : " Nous voulons nous stabiliser en D1 Amateurs ", avoue Jean Bastin. " C'est plus tard que nous verrons si nous pouvons aller plus haut, en faisant les aménagements nécessaires. " Il faudra du temps pour tirer un premier bilan de l'expérience de la fusion pour Jean Bastin et ses collègues. Ils pourront peut-être s'inspirer de ce qui s'est fait à Sprimont. La commune liégeoise d'à peine 15.000 habitants comptait deux clubs à un bon niveau jusqu'à la saison passée. Comptait, car une fusion a été réalisée, en mars 2018, entre Sprimont-Comblain, futur relégué en D3 Amateurs le mois suivant, et Banneux, qui atteint au même moment son plafond en jouant la montée en Nationale. Une éventualité qui ne rassurait pas l'entité gérée par Guy Depreay : " On s'interrogeait par rapport à une accession en Nationale, compte tenu de nos infrastructures. C'est alors qu'on a reçu un appel du président de Sprimont-Comblain, Vincent Prégardien. " Le coup de fil tourne autour d'une possible réunion entre les deux clubs. C'est donc du côté de Vincent Prégardien que l'idée de fusionner trouve son origine : " Je trouvais qu'on arrivait à la fin d'un cycle avec Sprimont-Comblain qui, à l'origine, est déjà le résultat d'une fusion. Moi-même, après presque trente ans de présence dans le club, j'en avais un peu ras-le-bol. " Le projet arrive jusqu'à la commune, qui s'y retrouve. " La commune soutenait assez bien le club de Sprimont-Comblain, mais ça risquait de poser problème si un deuxième club arrivait jusqu'en Nationale ", analyse Guy Depreay. " Il faut savoir que Sprimont est un village ", enchaîne Vincent Prégardien. " Le club de Sprimont allait bien, donc c'est vraiment une envie de rassembler les forces vives qui a mené à cette fusion. " Exit donc Sprimont-Comblain et Banneux, place au RFCBS, pour Royal Football Comblain Banneux Sprimont. Une dénomination alambiquée, que l'on concède volontiers au sein du club : " Ça a un petit peu coincé pour le nom : chacun voulait y garder sa part ", explique Guy Depreay, devenu président de la nouvelle structure. " Les deux clubs étant sains financièrement, le reste a été vite. " Douze mois plus tard, l'équipe première du RFCBS termine la saison en milieu de tableau de D3 Amateurs, et l'équipe réserve fait aussi bien une division plus bas, en première provinciale. Une situation assez rare, dont le club veut profiter : " Nous avons choisi de conserver une deuxième équipe pour préparer nos jeunes à accéder à la Nationale ", raconte le président du RFCBS. " Avoir une équipe en P1 est parfait pour cela. " Vincent Prégardien complète l'analyse : " Les joueurs " surdoués " iront directement avec la D3, alors que les autres évolueront avec la P1, encadrés par des joueurs confirmés. " L'importance des jeunes a été comprise aussi vingt kilomètres plus à l'Est, à Verviers. Véritable vivier de clubs de foot amateur, la ville compte pas moins de sept entités. Parmi elles, le CS Verviers et l'Étoile Verviétoise. Elles ont choisi d'unir leurs forces. Toutes deux actives cette saison en P2 liégeoise, elles ont subi le même sort au terme de celle-ci : la relégation. Le projet de fusion était déjà sur la table depuis quelques mois, et est acté en juin. Nom du nouveau club : l'Alliance Sportive Verviers. Alliance, l'idée est dans le nom. " Nous voulons redonner une dynamique à Verviers, une ville où les talents sont nombreux, mais pas toujours placés dans les bonnes conditions ", explique Maxime Degey, président de l'Alliance et ancien président du CS Verviers. " Le meilleur club verviétois est pour l'instant en P1. Pour une ville qui a connu une longue période en Nationale avec le RCS Verviétois, ce n'est pas normal. Notre objectif est de retrouver une grande structure à Verviers. " Sur ce chemin vers le renouveau du foot verviétois, l'Alliance Sportive Verviers dispose d'un outil de travail homologué pour jouer en Nationale. Le stade de Bielmont et ses 3500 places, " qui faisait bien vide quand nous jouons en P2 ", précise Maxime Degey. À la suite de la relégation commune des deux clubs fusionnés, c'est en P3 qu'a démarré l'Alliance. La création de l'Alliance Sportive Verviers pourrait ne pas être le seul élément mis en place pour redynamiser le football à Verviers. Celui qui était encore l'échevin des sports de la ville avant le dernier scrutin électoral, le socialiste Malik Ben Achour, a proposé aux sept clubs de la ville (avant la fusion entre le CS et l'Étoile) de s'associer dans la création d'un centre de formation commun. Une rencontre a eu lieu entre l'échevin d'alors et les dirigeants des clubs, qui ont été réceptifs à l'idée. " Verviers est un vivier reconnu de talents ", remarque Ben Achour. " Mais aujourd'hui ces talents doivent s'exporter pour pouvoir s'exprimer. La formation existe mais il n'y a pas de vrai grand projet. " Une fusion globale en une seule grande entité n'étant selon lui pas réaliste, ni souhaitée par les clubs, le projet d'un centre de formation commun reste lui sur la table. De Namur à Verviers, il est possible d'identifier les causes des fusions. Ce phénomène trouve souvent son origine dans des problèmes terre-à-terre, en dépit de l'attachement parfois viscéral des supporters à des blasons certes ternis, mais hautement symboliques. Soucis financiers, ambition de créer un club solide dans une zone où plus aucun ne perce, envie d'améliorer la formation des jeunes, ou volonté d'évoluer dans de meilleures infrastructures : rien de très glamour dans les dessous des fusions. Mais ne dit-on pas que les mariages de raison sont parfois les plus solides ?