Selon les points de vue, certains affirmeront qu'il a pris une année sabbatique et d'autres qu'il est devenu le coach full-time de notre équipe nationale. Ce qui est sûr, c'est que Giovanni Bozzi coachera dans quelques jours ses premiers matches officiels à la tête des Belgian Lions: contre la Grèce le 20 novembre, en Israël le 24 et contre la Roumanie le 27. Ces matches entrent dans le cadre des éliminatoires de l'EURO 2003, pour lequel la qualification est devenue illusoire. Il s'agira surtout de préparer une nouvelle génération capable de viser l'EURO 2005 avec plus de succès.
...

Selon les points de vue, certains affirmeront qu'il a pris une année sabbatique et d'autres qu'il est devenu le coach full-time de notre équipe nationale. Ce qui est sûr, c'est que Giovanni Bozzi coachera dans quelques jours ses premiers matches officiels à la tête des Belgian Lions: contre la Grèce le 20 novembre, en Israël le 24 et contre la Roumanie le 27. Ces matches entrent dans le cadre des éliminatoires de l'EURO 2003, pour lequel la qualification est devenue illusoire. Il s'agira surtout de préparer une nouvelle génération capable de viser l'EURO 2005 avec plus de succès.GiovanniBozzi: Je m'en étais toujours rendu compte. Personnellement, j'ai toujours essayé de soutenir l'équipe nationale. Mais si tout le monde ne comprend pas l'intérêt d'entretenir une sélection représentative, il est impossible d'obtenir des résultats. Cette année, nous avons eu la "chance" de pouvoir organiser un stage de préparation de... trois jours, au début du mois d'août. Quelques petits malentendus ont surgi, notamment avec Mons qui avait déjà établi son propre programme de préparation au préalable, mais dans l'ensemble j'ai noté une bonne volonté générale. Pour l'année prochaine, nous avons pris les devants: nous avons déjà présenté notre programme aux représentants de la ligue pour la période allant jusqu'en novembre 2003. Mais, si tout le monde n'accepte pas ce programme, il faudra se poser des questions fondamentales. Du style: faut-il, dans ces conditions, continuer à former une équipe nationale pour faire ce que nous avons réalisé ces dernières années? J'ai discuté avec les entraîneurs des équipes nationales française et italienne. Ils ont pu réunir leurs joueurs pendant quatre ou cinq semaines en juin, juillet ou août. Dans l'absolu, lorsque deux équipes de niveau équivalent se rencontrent, celle qui a bénéficié de la meilleure préparation a les meilleures chances de l'emporter. Lorsque deux équipes de niveau différent se rencontrent, et que la plus faible est aussi celle qui s'est la moins bien préparée, je ne dois pas faire un dessin. Aujourd'hui, on nous demande avec trois jours de préparation d'affronter la Grèce, qui se prépare depuis des années pour les Jeux Olympiques de 2004 qui seront organisés à Athènes. Je récupèrerai mes joueurs dimanche midi pour le match de mercredi prochain. Donner une image positiveEn France et en Italie, l'équipe nationale est encore considérée comme la vitrine de la fédération. En Belgique, l'équipe nationale ne jouit que d'une très faible considération. J'aurais tendance à dire: à juste titre. Car voilà dix ans que l'on raconte les mêmes histoires à la presse et au public. Nous essayerons donc d'être très rigoureux à l'avenir: au sujet de l'hôtel, de la nourriture, des équipements et des transports notamment. Financièrement, nous ne pouvons pas faire beaucoup plus. Si les joueurs posent des exigences financières, c'est peine perdue. Mais je ne pense pas que le problème se situe à ce niveau. La preuve: en août, ils étaient venus gratuitement à Spa. J'ai la chance de pouvoir compter sur Jacques Stas qui, en tant que capitaine, soutient l'équipe nationale à 200%. Il a envie de s'investir et fait passer des messages auprès de ses équipiers. C'est pourquoi il joue un rôle essentiel, même dans un contexte où il faut songer à rajeunir le groupe. Récemment, les entraîneurs de D1 ont été réunis à Gand. A l'initiative de Pat Gevaert, l'un de mes adjoints, on a volontairement donné un aspect folklorique à cette réunion, sous la forme d'une balade à vélo. L'ambiance fut excellente. Des suggestions ont été apportées. Si les entraîneurs semblent convaincus, il y a d'autres personnes à convaincre dans les clubs. Car, jusqu'à preuve du contraire, ce ne sont pas les entraîneurs qui payent les joueurs. Des gens comme Johan Vande Lanotte ou Eric Somme pourraient donc être conviés à une prochaine réunion. Enfin, il conviendra de diffuser une image plus positive de l'équipe nationale. L'équation est difficile à résoudre. Car, comment donner une image positive d'une équipe qui gagne très rarement? Or, cela ne risque pas de changer dans l'avenir immédiat. En novembre et en janvier, les seules victoires qui peuvent être envisagées d'une façon réaliste concernent les matches contre la Roumanie et le Danemark. Pour ces deux matches-là, j'entends donc mettre un peu de pression. Pour les autres rencontres, je demanderai de l'enthousiasme. Je ferai une parenthèse pour le match en Israël. Dans les circonstances actuelles, personne n'a envie d'aller là-bas. Si certains joueurs se désistaient, je les comprendrais.On évoque la "génération 2005". Quel est l'objectif?J'essayerai de former une ossature de 15 ou 16 joueurs capables de conduire la Belgique au Championnat d'Europe, qui aura lieu à Belgrade en 2005. Je pars du principe qu'on ne forme pas la meilleure équipe nationale en sélectionnant les deux meilleurs joueurs à chaque poste. Il faut plutôt sélectionner le meilleur joueur, secondé par celui qui s'avère le plus complémentaire dans le rôle de substitut. Les cinq matches de cette campagne-ci serviront de tests. Pour l'année prochaine, nous espérons obtenir l'accord des clubs pour disposer des joueurs pendant deux semaines en juin et deux semaines en août. Les circonstances s'y prêtent bien: puisque l'EURO 2003 aura lieu durant la première quinzaine de septembre, la plupart des championnats européens ne commenceront pas avant début octobre. Si les clubs commencent leur préparation vers le 10 août, ils seront encore largement dans les temps. Nous espérons aussi organiser des matches amicaux ou disputer des tournois en juin et en août. Comme la fédération belge n'est pas riche, elle doit un peu compter sur les invitations. Au risque d'en surprendre plus d'un, j'affirme que la France et l'Italie sont très réceptives et ne nous regardent pas de haut. On pourrait être invités là-bas avec une trentaine de joueurs en ne devant payer que les frais de déplacement. Niksa Bavcevic sonde également la fédération croate pour essayer de faire venir la Croatie en Belgique en août. Je vais peut-être me planter complètement. La Belgique ne va peut-être pas remporter un seul match sous ma direction. Mais je demeure persuadé que ce pays recèle un potentiel. Des garçons comme Tomas Van den Spiegel, Christophe Beghin et Dimitri Lauwers sont encore très jeunes. Dans les catégories inférieures, on trouve encore mieux. J'ai vu à l'oeuvre la sélection des joueurs nés en 1986. Ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de talent en Belgique sont invités à aller l'observer. Pas de compétition, pas de budgetJusqu'à 16 ans, on travaille bien en Belgique. C'est après que cela se corse. Les joueurs doivent alors apprendre à raisonner comme des professionnels, continuer leur formation technique, tactique et surtout physique. Autant d'aspects qui ont tendance à être négligés. Le basket moderne a pris une telle ampleur sur le plan physique qu'on doit être capable de suivre. Aujourd'hui, un coach ne peut plus tout faire seul. Il doit être entouré. D'où l'importance d'un Lucien Van Kersschaever qui, en tant que directeur technique, établit tous les programmes de manière très rigoureuse. Le problème, c'est qu'il risque de se décourager. Parce qu'il faut se donner les moyens d'une telle politique. C'est là que le bât blesse en Belgique. Un exemple: les sélections nationales de jeunes engagées dans un Championnat d'Europe doivent passer par trois étapes. Il y a le tournoi qualificatif, le Challenge Round et le Championnat d'Europe proprement dit. Ces dernières années, les sélections avaient toujours été éliminées prématurément. Or, cette année, la sélection des joueurs nés en 1987 est en passe de se qualifier. Mais aucun budget n'a été prévu! C'est impensable, il faut à tout prix trouver des fonds supplémentaires... Autre exemple: en Belgique, on ne prévoit des stages que lorsqu'une compétition figure à l'agenda. Si une catégorie d'âge ne participe à aucune compétition, on ne prévoit rien. C'est aberrant! Si l'on veut que ces garçons progressent, il faut continuer à travailler avec eux, même s'ils n'ont pas de matches officiels...Voilà une éternité qu'un coach national belge n'avait plus eu autant de temps pour se pencher sur tous ces problèmes, tout en assistant à trois matches de D1 par week-end...Par conscience professionnelle, je m'efforce d'assister au plus grand nombre de matches possible. J'aurais pu m'en passer, car je connais suffisamment les joueurs belges sans cela, mais il est important d'entretenir des contacts et de montrer aux athlètes qu'on s'intéresse à eux.De votre côté, comment vivez-vous cette période sans club?Je ne le cache pas: le terrain me manque énormément. Le stress des matches, un peu moins. Cela commence seulement à me titiller un peu. J'ai traversé des moments difficiles. Lorsque j'ai assisté au match d'inauguration du Spiroudome, j'ai ressenti un pincement au coeur en pensant que, pour la première fois depuis 11 ans, je n'étais pas sur le banc de Charleroi. Mais je crois que la décision que j'ai prise était la meilleure pour tout le monde. Et la saison prochaine? Car ce statut, exceptionnel pour la Belgique, de coach national full-time, risque fort de ne durer qu'un an...Je ne pourrai pas continuer comme ceci éternellement, ne serait-ce que d'un point de vue financier. Je demeure très motivé par le coaching et l'entraînement. J'aimerais reprendre en charge un club du style de Pepinster, que j'avais connu à mes débuts: un club moyen qui travaille avec les jeunes, qui a envie de grandir et qui veut s'en donner les moyens. Que ce soit en Wallonie ou en Flandre, peu importe. Mais pas à l'étranger. C'est une possibilité que j'envisagerai éventuellement lorsque mes deux filles jumelles, aujourd'hui âgées de 10 ans, pourront se gérer elles-mêmes.Daniel Devos"On ne forme pas la meilleure équipe nationale avec les deux meilleurs joueurs à chaque poste"