A un peu plus de trois mois des élections, la mobilité est un des défis majeurs à relever pour Bruxelles. Danijel Milicevic ne le sait que trop bien. Au lendemain de l'élimination de son club en Coupe de Belgique face à Zulte Waregem, le néo-Buffalo a mis plus de trois heures pour rallier la capitale depuis Gand. Rendez-vous était pris dans un grand hôtel bruxellois en compagnie d'Onur Kaya, nouveau Lokerenois.
...

A un peu plus de trois mois des élections, la mobilité est un des défis majeurs à relever pour Bruxelles. Danijel Milicevic ne le sait que trop bien. Au lendemain de l'élimination de son club en Coupe de Belgique face à Zulte Waregem, le néo-Buffalo a mis plus de trois heures pour rallier la capitale depuis Gand. Rendez-vous était pris dans un grand hôtel bruxellois en compagnie d'Onur Kaya, nouveau Lokerenois. Les deux compères ont profité du mercato d'hiver pour quitter Charleroi. Pourtant, les deux médians de poche étaient les dépositaires du jeu des Zèbres lors du premier tour : à eux deux Kaya (1 but, 4 assists) et Mili (3 buts, 10 assists) ont un pied dans 56 % des goals carolos du premier tour. Et si l'on ajoute le grand David Pollet, parti, lui aussi, à Anderlecht, ce total s'élève à 92 % ! Un coup dur au niveau sportif pour les sociétaires du Mambourg mais une aubaine financière. Milicevic : Dès le début, la direction a été claire sur le fait qu'elle devait vendre un joueur pour faire rentrer de l'argent dans les caisses. Ils ont donc laissé partir Onur avant la trêve. Par après, les offres d'Anderlecht et Gand pour David et moi étaient difficiles à refuser tant pour le club que pour nous. David a reçu quatre ans et demi de contrat à Anderlecht, un club du top. Moi, j'ai 28 ans : trois ans et demi de contrat à Gand, ça n'arrive pas tous les jours. J'avais envie de relever ce défi. C'est pareil pour Onur : Lokeren a joué deux fois les play-offs 1 ces trois dernières années. Les Waeslandiens vont jouer la finale de la Coupe de Belgique que moi aussi j'aurais pu atteindre si on n'avait pas été éliminés en demi-finale. C'était un pas en avant que l'on se devait de faire en tant que joueur ambitieux. Kaya : Charleroi n'avait pas le choix. Abbas Bayat a fait beaucoup de " conneries ", donc la nouvelle direction avait un déficit à gérer. Comme Danijel l'a dit, il y a des offres et si tout le monde s'y retrouve, il n'y a pas de raison que ça ne se fasse pas. Mehdi Bayat avait été clair : il ne nous retiendrait pas si un club mettait suffisamment d'argent sur la table. Kaya : Mogi, il intervient quasiment dans un transfert sur deux en Belgique. Milicevic : Je pense que c'est simplement parce que c'est un des meilleurs. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Kaya : Les Zèbres ont encore assez de points d'avance sur le premier club qui jouera les PO3, donc je ne pense pas qu'il y aura de gros soucis. C'est vrai que les gens sont mécontents de notre départ parce qu'on était trois joueurs créatifs qui savaient donner une passe, qui savaient marquer. Ça va être plus dur pour Charleroi sans nous mais je pense qu'ils sauront gérer notre départ. Il y a encore beaucoup d'équipes concernées par les PO3. La victoire contre Louvain lors de la reprise a été très importante. Milicevic : J'ai encore des contacts dans le vestiaire avec Damien Marcq ou Guillaume François par exemple et je sais que ça a été une grosse déception pour mes ex-coéquipiers de perdre contre Ostende. Ils vont encore jouer à la maison contre le Lierse. J'espère vraiment qu'ils vont se maintenir. C'était l'objectif initial de la saison : assurer ça au plus vite et puis voir s'il y a moyen de faire mieux. On avait 24 points en 21 matches à la trêve. C'était un bon bilan, surtout qu'on a laissé échapper des points bêtement notamment à Malines ou au Lierse. Kaya : Ils ont transféré Enes Saglik. Il y a Neeskens Kebano aussi. Chaque joueur a son style de jeu et il n'y aura pas de clones de Kaya ou Milicevic, ce sera différent. On s'entendait bien sur le terrain, ça cliquait entre nous. Il va falloir qu'ils retrouvent ça. Milicevic : On a tout de suite été très proches Onur et moi parce qu'on se connaissait déjà un peu. On avait joué les PO3 entre Eupen et Charleroi. Kaya : On a bien joué quinze fois l'un contre l'autre (rires). Milicevic : On se trouvait bien sur le terrain avec Yannick Ferrera déjà. Après, Felice Mazzu a trouvé un système, le 4-1-4-1, qui nous a fait exploser : Pollet en pointe. Onur et moi derrière. Mais il y a du potentiel pour nous remplacer. J'ai connu Saglik à Eupen, c'est un très bon joueur. Kebano aussi peut faire la différence. Il doit simplement retrouver un peu d'équilibre et de continuité dans son jeu. Kaya : Il faut attendre. Milicevic : Je ne les connais pas mais il faut de toute façon leur laisser un temps d'adaptation. J'ai vu le début de match de Clement Tainmont contre Ostende : il était très bien avant de se casser le nez. Kaya : La D2, je ne vais pas dire que c'était un calvaire mais c'était un championnat difficile. Les gens ne s'en rendent pas forcément compte mais ça rentre dedans, c'est très physique. Danijel et moi, on est plus des joueurs techniques, donc c'était pas évident. Après, on a su s'adapter et ça a marché, on est remonté. Quand t'es en D2, tu ne doutes pas forcément de tes qualités mais tu penses à ton avenir et tu te poses des questions. Milicevic : En plus, cette saison-là, c'était tout ou rien. Si on ne remontait pas, c'était la faillite du club. Pour nous aussi, sportivement, il y avait un risque de ne plus jamais accéder à la D1. Milicevic : Ça m'a beaucoup aidé. Tu es plus fort dans la tête quand tu as dû gérer des situations compliquées. J'ai grandi en tant qu'homme et en tant que joueur. Kaya : On revient de loin tous les deux. On a dû passer par différentes étapes avant d'être là où on est aujourd'hui mais, je suis certain que lui comme moi, on est capables d'encore franchir un échelon supplémentaire. Milicevic : Si on répète nos bonnes prestations de Charleroi à un niveau supérieur, à Gand et à Lokeren, c'est possible. Milicevic : L'ambiance dans le vestiaire. Avec Felice Mazzu, on avait créé un très bon état d'esprit dans le groupe. Je prenais du plaisir à aller à l'entraînement tous les jours. On rigolait beaucoup, on s'entraînait bien et il y avait les résultats aussi. Mazzu, c'est un futur très grand coach. Il a toutes les qualités requises. Kaya : Avec certains coaches, il y a des séances d'entraînement où tu t'ennuies. Avec lui, c'était toujours intéressant. Tactiquement, il a su sortir de sacrés coups, comme quand on a joué à trois derrière contre le Standard. Milicevic : Quand on a gagné contre Anderlecht à domicile aussi. Comme personne aussi, c'est quelqu'un de bien. Il est très humain, direct. Il a de très bons rapports avec le groupe. Milicevic : Bien sûr que ça fausse la donne. Cette année, la trêve arrivait après 21 matches. C'est très tard, par rapport aux autres championnat européens. Tu es déjà aux deux tiers de la phase classique. Donc oui, ça fausse les choses mais c'est le foot d'aujourd'hui. Si maintenant un gros calibre européen était venu avec 15 millions d'euros pour Aleksandar Mitrovic, Anderlecht l'aurait vendu. Kaya : (il coupe) Il a un peu abusé sur ce coup-là. A mon avis, il devait juste parler de Pollet à Anderlecht même si c'est vrai que nos transferts étaient aussi intéressants financièrement. Milicevic : Non, mais j'ai déjà eu quelques forts caractères comme coach par le passé, j'ai l'habitude. Il n'y a pas de soucis, je m'adapte vite. C'est peut-être plus difficile pour Onur qui a plus de caractère... Kaya : Non, ça va. C'est vrai que j'ai du caractère mais le coach, c'est le patron. Quand tu regardes les résultats qu'il a obtenus avec Lokeren et même avec Malines ces dernières années, tu ne peux rien dire. Il faut juste le respecter, c'est un bon coach. C'est vrai qu'il est très exigeant, qu'il gueule beaucoup mais il sait se calmer aussi après l'entraînement. C'est un perfectionniste. Et puis, les gueulantes de Peter Maes, c'est rien à côté de celles d'Abbas Bayat. Kaya : Je ne sais même plus compter les différents entraîneurs qu'on a eus. Moi, plus que Danijel encore, puisque je suis arrivé avant lui. La première saison, j'ai eu Jacky Matthijssen, Csaba Laszlo, Mario Notaro,... Encore un autre Hongrois. Comment il s'appelait encore l'autre clown ?Milicevic : Zoltan Kovac. Kaya : Ouais, c'est ça. Enfin bref, j'en ai eu plein des coaches. Avant de venir à Charleroi, j'étais au Pays-Bas. Là-bas, tu ne vois jamais ton président, tu ne sais pas qui te paye. A Charleroi, quand on perdait, on voyait Abbas qui débarquait et qui gueulait dans le vestiaire. Je me suis demandé où j'avais atterri. Milicevic : Il gueulait sur tout le monde, c'était fou. Kaya : Quand tu arrives dans un plus grand club, tu sais qu'il y a de la concurrence. Chez nous, il y a Dutra, Ayanda Patosi, Nill De Pauw et Jordan Remacle, quand il reviendra, qui peuvent prétendre jouer aux mêmes postes que moi. C'est pas comme à Charleroi, où on avait quasiment la certitude d'être dans le onze. T'arrives dans un club où tu dois faire tes preuves. Je savais que je serais parfois sur le banc, Peter Maes m'a directement fait comprendre qu'à Charleroi j'étais " l'homme " mais qu'à Lokeren je serais " l'un des hommes ". Il faut passer par là. Il y a des gars qui sont à Lokeren depuis des années. C'est à moi de me montrer, de prouver qui je suis et ce que je vaux. Milicevic : A Gand aussi, il y a plus de concurrence. Mais comme le dit Onur, quand tu arrives dans un nouveau club, tu dois t'adapter. Et puis, on a 28 ans, on réfléchit autrement que quand on en avait 20. On sait que ça fait partie du foot. Kaya : C'est un match spécial. J'ai joué pendant trois ans et demi dans ce club, donc forcément c'est pas un match comme un autre. Tu vois tes anciens coéquipiers, ton ancien coach. C'est bizarre mais ça fait plaisir en même temps. Milicevic : Moi, je serai content de revoir les supporters carolos. Ils nous aimaient bien, on a vécu de bons moments avec eux : la montée, les victoires contre Anderlecht... Kaya : Je pense qu'on sera bien accueillis. OK, ils sont fâchés qu'on soit partis mais je pense que c'est plus à la direction qu'ils en veulent. Nous on a toujours tout donné pour Charleroi que ce soit en D1 ou en D2. Personne ne peut nous reprocher quoi que ce soit. ? PAR JULES MONNIER- PHOTOS: IMAGEGLOBE/ KETELS" Charleroi n'avait pas le choix. Abbas Bayat a fait beaucoup de conneries. " Onur Kaya " Le mercato d'hiver fausse la compétition. " Danijel Milicevic