Suite aux absences conjuguées de Nicolas Frutos (revalidation en Argentine), Matias Suarez et Kanu (opérations au genou) ainsi que de Stanislav Vlcek (contracture aux adducteurs), l'entraîneur du RSCA, Ariel Jacobs, n'avait d'autre recours, samedi passé face à Courtrai, que de lancer dans la bataille son seul attaquant de pointe disponible : Dmitry Bulykin, tout juste arrivé à Anderlecht.
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Suite aux absences conjuguées de Nicolas Frutos (revalidation en Argentine), Matias Suarez et Kanu (opérations au genou) ainsi que de Stanislav Vlcek (contracture aux adducteurs), l'entraîneur du RSCA, Ariel Jacobs, n'avait d'autre recours, samedi passé face à Courtrai, que de lancer dans la bataille son seul attaquant de pointe disponible : Dmitry Bulykin, tout juste arrivé à Anderlecht. Pour ses grands débuts au stade Constant Vanden Stock, le géant russe (193 centimètres sous la toise) a d'emblée fait fort en inscrivant deux buts, la moitié des réalisations de son équipe. Un joli bilan, certes, mais qui n'en incitait pas moins le coach des Mauve et Blanc à une certaine prudence. " Si notre nouveau venu plante 26 buts jusqu'en fin de saison, alors je veux bien m'épancher en long et en large sur lui ", dit-il. " Après un match, je ne tiens pas du tout à exprimer un jugement définitif. J'ai vécu de près, l'hiver passé, le cas d'un puncheur qui, à peine débarqué, avait d'emblée été tout bon face au FC Brussels - NDLR : Luigi Pieroni. Mais par la suite, ce garçon était rentré complètement dans le rang, au point de ne plus être des nôtres aujourd'hui. C'est pourquoi je ne vais pas m'enflammer. J'ai vu du bon, à l'évidence, chez notre transfuge. Mais j'ai relevé du perfectible aussi. Et puis, il faudra revoir le joueur dans des conditions plus difficiles. " Les Flandriens, en guise d'entame, c'était effectivement du pain bénit. Une formation sortie tout droit de D2, avec le décalage que cela représente et qui avait pris le parti, de surcroît, d'affronter son prestigieux opposant à visière découverte, en ne tablant que sur trois hommes derrière : Bram De Ly et Brecht Verbrugghe sur les flancs et good oldStéphane Demets dans l'axe. Sans couverture aucune et avec le seul grand blond sur le paletot, Dmitry Bulykin jouait bien sûr dans un fauteuil. Et pourtant, en dépit de ces conditions avantageuses, on aura quand même noté pas mal de déchet dans son jeu. En l'espace, grosso modo, de 70 minutes sur le terrain, l'ancien joueur du Bayer Leverkusen a ainsi été alerté à 47 reprises par ses partenaires (voir schéma). Mais en tout et pour tout, il n'a fait bon usage du ballon que 22 fois. Ce qui représente quand même plus de 50 % de pertes, tantôt dues à des interceptions judicieuses de l'adversaire, tantôt à des contrôles laborieux du principal intéressé lui-même. Au sol, manifestement, l'ex-Moscovite éprouve des difficultés à conserver la maîtrise du cuir. Dans les airs, en revanche, sa taille et son adresse ont fait la différence. Non seulement, l'homme prolonge très bien de la tête les services qui lui sont adressés mais à diverses reprises on l'a vu dévier également avec succès, du thorax, un ballon dans les pieds d'un coéquipier. Lucas Biglia et Guillaume Gillet sont bien placés pour en parler. Sur le tableau concernant les ballons reçus, il est symptomatique de constater aussi que le Russe a surtout été alerté par les arrières latéraux du Sporting. Marcin Wasilewski l'a trouvé à la réception à 14 reprises depuis son flanc droit et, à gauche, Jelle Van Damme une fois de moins à peine. Sur ces 13 services, deux se seront mués en assists, puisque Bulykin les prolongea dans les filets courtraisiens d'un vigoureux coup de tête. " Hormis Sacha Iakovenko, avec qui Dim a la possibilité de s'entretenir dans sa langue maternelle, je suis sans doute, au sein du groupe, le joueur le plus proche de lui ", observe le pourvoyeur du soir. " Ce n'est pas anormal, dans la mesure où j'ai moi-même joué en Bundesliga, à l'instar du Russe. Nous avions donc de quoi parler à l'entraînement, d'autant plus qu'il manie parfaitement l'allemand et l'anglais. Lors des séances de préparation, j'avais déjà distillé quelques bons ballons en sa direction, dont il avait à chaque coup fait bon usage. Pour le match, je lui avais simplement suggéré de surgir devant son stoppeur, histoire de couper la trajectoire de mes centres. Je dois avouer qu'il a plutôt bien retenu la leçon, comme en témoignent ses deux buts. Avec son numéro 29 dans le dos, j'avais l'impression de servir Nicolas Frutos, qui portait ce maillot à son arrivée chez nous. Nico est peut-être plus rapide et mobile, mais en matière de jeu de tête, les deux sont manifestement tout aussi performants. C'est important de pouvoir disposer de béliers comme eux. Dans des rencontres où tout est fermé, ils peuvent faire office d'ouvre-boîtes. Il est vraiment dommage que nous n'ayons pas pu compter sur le concours d'un élément de ce type face au BATE Borisov. Sans quoi, c'est nous qui disputerions la Ligue des Champions aujourd'hui face au Real Madrid et la Juventus. Mais les regrets sont superflus. " Devant les représentants de la presse, Bulykin se voulait plutôt satisfait de son entrée en matière. Ce qui le chagrinait, c'était d'avoir loupé l'immanquable, du pied, sur un caviar de Gillet après une bonne dizaine de minutes à peine. " Chacun aura pu remarquer que mon jeu de tête n'est pas mal ", rigolait-il. " Mais beaucoup se seront posé des questions après mon incroyable raté en début de match. Je l'impute à une certaine nervosité. C'est la première fois que je me produisais devant le public du Sporting et j'avais un peu peur de malfaire. Si j'avais hérité de cette opportunité en fin de rencontre, c'est sûr que j'aurais marqué. Dans ma carrière, mon total de buts est bien réparti entre le jeu de tête, mon pied droit et le gauche. Je compte dès lors me rattraper très vite. "C'est à la faveur d'un match de Coupe de l'UEFA, compétition dans laquelle le RSCA avait lui-même été versé en 2007-08, que les émissaires du Sporting avaient pour la toute première fois vu à l'£uvre Bulykin. Et plus précisément lors de FC Zurich-Bayer Leverkusen, au mois de décembre dernier, une partie durant laquelle il avait inscrit deux des cinq buts de ses couleurs. " J'ai d'emblée noté son nom sur mon calepin ", observe Werner Deraeve, responsable du recrutement des Mauve et Blanc. " A l'époque, nous recherchions toujours une solution de rechange pour Frutos, en délicatesse avec ses chevilles. Mais les dirigeants du Bayer Leverkusen, le manager sportif Hans-Peter Lehnhoff en tête, n'avaient rien voulu entendre et nous nous étions alors rabattus sur Pieroni. Le dossier ayant trait au Russe était alors resté durant quelque temps en suspens, d'autant plus que nos scouts, qui s'étaient déplacés à l'une ou l'autre reprise pour le visionner, étaient chaque fois rentrés bredouilles, en ce sens qu'il n'avait pas été utilisé. Finalement, c'est un peu par la bande qu'il s'est rappelé à notre souvenir. Au cours de la récente période de transferts, le club avait cherché à trouver une solution pour Iakovenko, qu'il tenait à céder sur base locative afin qu'il obtienne du temps de jeu. A cette fin, le FC Dender et Courtrai s'étaient d'ailleurs manifestés. Lors des tractations, le manager du joueur, Jos Eerdekens, qui travaille avec Andrei Golovash, l'homme de confiance de Bulykin, nous a indirectement relancés sur cette piste. Compte tenu de la concurrence au Bayer, le concerné ne faisait plus partie des priorités là-bas. C'est ce qui nous a incités à boucler rapidement le dossier, d'autant plus que le rapport qualité-prix était intéressant : moins d'un million d'euros pour un attaquant de cette trempe, c'est plutôt rare. Il fallait agir au plus vite, pour être à l'abri d'une mauvaise surprise. J'en sais quelque chose car, pour avoir parfois patienté, le club a sans doute raté quelques bonnes affaires par le passé. La plus édifiante concerne le Brésilien Jô, tourmenteur de nos Diablotins aux Jeux Olympiques. Je l'avais repéré il y a trois ans aux Corinthians, où sa tête était mise à prix pour 1,5 million d'euros. Ce n'était sans doute pas bon marché pour un gars de 17 ans à peine, mais le jeu en valait réellement la chandelle. Renseignements à l'appui, la direction était disposée à faire l'effort nécessaire pour l'embrigader. Mais au moment de retourner en Amérique du Sud pour mener à bien les tractations, Corinthians joue à Brasilia et Jô, titularisé en Première pour la circonstance, se distingue en marquant trois buts. Un jour plus tard, son prix était passé d'1,5 à 3,5 millions d'euros. A ce tarif-là, nous devions décrocher. En définitive, le joueur a été cédé quelques mois plus tard pour 6 millions au CSKA Moscou avant d'aboutir à Manchester City pour 24 millions. Comme quoi, il s'agit d'être très rapidement sur la balle. Qu'il s'agisse d'un jeune ou, dans le cas présent, d'un chevronné. " Bulykin n'est pas des plus jeunes :il fêtera ses 29 ans le 20 novembre prochain. L'étranger, il l'a découvert à un âge déjà respectable puisqu'il a tenté l'expérience au Bayer Leverkusen en 2007 seulement. Auparavant, il avait fait le tour des clubs moscovites, puisque son curriculum vitae fait état de passages au CSKA, au Lokomotiv et au Dinamo de la capitale russe. " C'est au Lokomotiv qu'il s'est fait un nom ", observe Boris Bogdanov de Sport Express. " Il a eu la chance de travailler là-bas avec un grand nom du coaching en Russie : Youri Syomin. C'est lui qui l'a lancé dans le grand bain et qui le considérait un peu comme son poulain. Il lui pardonnait aussi ses frasques car au cours de ses jeunes années, Dim avait la fâcheuse tendance de brûler la chandelle par les deux bouts. C'était franchement un noceur invétéré. A un moment donné, malgré le soutien du coach, la direction en a eu marre de sa conduite et elle a tout simplement cherché à se débarrasser de lui. Les voisins du Dinamo se sont alors manifestés et le joueur a rejoint ses rangs. Quelque part, c'est dommage qu'il soit parti en 2001. A cette époque-là, le Lokomotiv était réellement en passe de s'affirmer au firmament du football national. Il allait d'ailleurs le prouver en remportant non seulement le titre mais en faisant aussi bonne figure en Ligue des Champions. On peut rappeler que sous la conduite de joueurs de grand talent tels Marat Izmailov, Vladimir Maminov, Dmitry Loskov et Ruslan Pimenov, cette équipe avait étrillé le RSCA 1-5 au Parc Astrid. Avec Maxim Buznikin ainsi que Giorgi Demetradze, la concurrence ne manquait évidemment pas devant. Il n'empêche que Bulykin avait sa part de mérite là-bas. Au Dinamo, sous la houlette du coach Alexander Novikov d'abord puis de Viktor Prokopenko, il avait dû se contenter au départ d'un statut de remplaçant derrière Andrei Dyomkin, Anton Hazov et Alex Panov mais il s'était révélé un super-sub en marquant un but par tranche de deux matches. Une moyenne qu'il allait d'ailleurs perpétuer en sélection nationale, avec 7 buts en 15 rencontres. Depuis que Guus Hiddink a repris en main les rênes de cette équipe, Dim n'a cependant plus été repris. Ce n'est pas anormal, dans la mesure où le jeu déployé n'est plus du tout le même. Avec le Néerlandais, l'accent est mis sur la rapidité d'action et un jeu à ras de terre. Et ce ne sont précisément pas les composantes où il excelle. " Des propos corroborés par Lehnhoff, homme fort du Bayer Leverkusen et ancienne icône de l'Antwerp : " En Allemagne, tout allait un peu trop vite pour lui. Mais je suis sûr qu'en Belgique, il sera plus à l'aise. Le rythme est moins soutenu chez vous et le marquage moins pointu. Dès lors, il devrait trouver en D1 un meilleur cadre d'expression. "par bruno govers -photo: belga