Le derby wallon entre La Louvière et le Standard, vendredi, sera notamment inscrit sous le signe des retrouvailles entre deux joueurs qui se sont distingués lors de la récente Coupe d'Afrique des Nations, en Tunisie : Peter Osaze Odemwingie et Joseph Enakarhire, médaillés de bronze avec les Super Eagles du Nigeria. Dans l'optique du choc, nous avons réuni les deux compères pour évoquer à la fois la CAN et leur prochain duel au Tivoli.
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Le derby wallon entre La Louvière et le Standard, vendredi, sera notamment inscrit sous le signe des retrouvailles entre deux joueurs qui se sont distingués lors de la récente Coupe d'Afrique des Nations, en Tunisie : Peter Osaze Odemwingie et Joseph Enakarhire, médaillés de bronze avec les Super Eagles du Nigeria. Dans l'optique du choc, nous avons réuni les deux compères pour évoquer à la fois la CAN et leur prochain duel au Tivoli. Peter Odemwingie : J'ai le sentiment d'avoir réussi au-delà des espérances. Au départ, beaucoup ne donnaient pas cher de nos chances de réaliser un parcours enviable en Tunisie. Dès le stage de préparation des Super Eagles à Faro, au Portugal, la plupart des suiveurs, au pays, avaient crié au fou devant la résolution du coach, Christian Chukwu, de faire confiance à une nouvelle génération de joueurs, jeunes en majorité, dont Joseph et moi allions en définitive faire partie. Par rapport à la CAN et à la Coupe du Monde 2002, la coupure à ce niveau aura été réellement drastique puisque des monuments comme Sunday Oliseh, Victor Ikpeba ou encore Finidi George, qui avaient fait figure d'incontournables pendant près d'une décennie, n'étaient subitement plus de la revue. Ce qui n'a nullement empêché le Nigeria de faire honneur à son statut de grand d'Afrique en terminant troisième. Mon ambition consistait à faire partie de la liste des 23 sélectionnés en vue de la phase finale, sans plus. Dans la mesure où, en cours d'épreuve, j'ai accédé au rôle de titulaire et que j'ai marqué à trois reprises, il va sans dire que mon bonheur aura été franchement complet. La seule ombre au tableau fut mon penalty arrêté à l'occasion de la série des tirs au but lors de la demi-finale contre la Tunisie. Mais mes partenaires, et en premier lieu Nwankwo Kanu, m'ont rapidement consolé en me disant que tout le monde ne pouvait pas être chanceux à cette loterie. Et le joueur d'Arsenal est évidemment bien placé pour la savoir puisqu'il en loupa un lors de la finale face au Cameroun, il y a quatre ans, sur nos terres. Joseph Enakarhire : Comme pour Peter, cette prise de connaissance aura été mémorable, même si mon temps de jeu fut beaucoup plus limité. Sans vouloir minimiser les mérites de mon copain, je crois qu'il sera d'accord de dire qu'il a bénéficié du petit coup de pouce du destin au bon moment sous la forme du renvoi, pour mesure disciplinaire, de deux concurrents directs : Victor Agali et Yakubu Aiyegbeni. S'ils n'avaient pas été congédiés, c'est vers l'un d'eux, en priorité, que le staff technique de l'équipe se serait tourné pour remplacer Nwankwo Kanu à l'occasion du deuxième match, déjà capital, contre l'Afrique du Sud. Peter a profité de l'aubaine, en marquant deux jolis buts de surcroît. Du coup, il était lancé. Moi, j'ai dû patienter jusqu'à la carte jaune fatidique pour Isaac Okoronkwo au cours de la demi-finale face au pays organisateur. Le défenseur des Wolverhampton Wanderers, qui avait formé jusque-là la charnière centrale au côté de l'ex-Standardman Joseph Yobo, dut céder son poste, contraint et forcé. Et j'en profitai pour être titularisé pour la première fois, lors du match de consolation après avoir fait une apparition furtive, dans les cinq dernières minutes du match, contre le Cameroun, en quarts de finale. J'ai peu joué mais j'ai disputé le match le plus important, à savoir celui qui allait déterminer si nous monterions ou non sur le podium. Or, cette troisième place, enlevée au détriment du Mali, a une saveur particulière : nous avons été accueillis par le président de l'Etat, à notre retour, celui-ci nous a dit que cette médaille de bronze valait, en vérité, l'or puisque nous nous étions payés le scalp du Cameroun, qui nous avait battus à Lagos en 2000. Cela m'emplit de fierté. Odemwingie : Seuls les anciens sont en mesure d'émettre un avis autorisé en la matière et plusieurs d'entre eux ont affirmé que le climat était nettement meilleur cette fois qu'au cours des finales précédentes. Aux dires des Nwankwo Kanu et Jay-Jay Okocha, le Nigeria n'était pas sans ressembler aux Pays-Bas au plan des conflits qui lézardaient le groupe. Tantôt ils étaient d'origine ethnique, tantôt encore financière. Cette fois, comme par magie, il n'y eut rien de tout cela. Même après nos débuts calamiteux contre les Lions de l'Atlas, tout le monde a gardé son calme. A raison, car nous avons prouvé par la suite que nous méritions notre place dans le dernier carré. Enakarhire : Après le match face au Maroc, les chevronnés de l'équipe ont demandé au groupe de prier collectivement. Par le passé, ces initiatives n'avaient jamais été frappées de succès. Chacun n'en faisait qu'à sa tête. Ici, suite à la mise à pied de trois joueurs, les deux déjà cités et Celestine Babayaro, tout le monde est devenu conscient de la nécessité de former un groupe uni. Et depuis ce moment-là, nous nous sommes réellement mis à jouer en équipe. Avec les formidables résultats que l'on sait. Non seulement au plan collectif mais également au rayon individuel avec les nominations de Jay-Jay Okocha comme meilleur joueur du tournoi et celle de Vincent Enyeama en tant que meilleur gardien. Deux distinctions auxquelles il convient d'ajouter celle de Peter, pour beaucoup révélation de l'épreuve. Odemwingie : Je reste persuadé que nous aurions déjà terminé en position plus enviable cette année si l'épreuve ne s'était pas déroulée en Tunisie. Le pays hôte a profité pleinement de cet avantage. Je n'ai évidemment pas un grand vécu en football, compte tenu de mon jeune âge. Mais jamais encore, je n'avais vu une telle démence s'emparer de tout un peuple. Il n'y en avait que pour les Aigles de Carthage à Tunis, Sousse, Sfax, Bizerte et Monastir. Quant aux autres, ils étaient chahutés comme pas permis. Enakarhire : Déstabilisation, intimidation : nous aurons tout vécu lors de cette CAN. Le sommet, ce fut la diffusion d'un hymne national erroné lors de notre demi-finale contre la Tunisie. Chez nous, personne n'en croyait ses oreilles. C'était une véritable honte. Et qu'on ne dise pas que la faute n'était pas intentionnelle. Comment expliquer, sinon, qu'au cours de nos quatre rencontres précédentes, c'est chaque fois la bonne mélodie qui fut interprétée. Les responsables se sont évidemment rattrapés en jouant le bon couplet avant la deuxième mi-temps. Mais à quoi bon, puisqu'il fut conspué par les 60.000 spectateurs présents à Radès. Rien que pour cette attitude-là, la Tunisie ne mériterait pas d'organiser la Coupe du Monde. Odemwingie : Pour moi, il éveille de très bons souvenirs puisque c'est face à cette équipe, en quarts de finale de la Coupe de Belgique, que j'ai inscrit mon premier but pour les Loups la saison passée. Et, cette saison encore, les Rouches nous ont souri puisque nous l'avons emporté 0-2 à Sclessin au premier tour. Il n'en ira pas autrement cette fois car nous pouvons réellement nous prévaloir d'être la bête noire du Standard. Mon ami Joseph et les siens ne s'en tireront pas sans dommage, c'est sûr. Enakarhire : C'est vrai que nous éprouvons souvent les pires difficultés face à une formation aussi bien organisée que celle des Loups. Je ne sais pas pourquoi mais les Vert et Blanc mettent toujours un point d'honneur à jouer le match parfait contre nous. Heureusement, toutes les belles histoires ont une fin et j'ai bien l'impression que nous ne nous laisserons plus surprendre cette fois. Il le faut absolument, d'ailleurs, car le Standard a déjà gaspillé suffisamment de points depuis l'entame du deuxième tour. Cela suffit. Notre première victoire en déplacement de l'année 2004, c'est au Tivoli que nous l'obtiendrons. Odemwingie : En Coupe, la saison passée, j'avais été décalé sur la droite et on ne s'était pas vraiment mesuré l'un à l'autre. Sauf sur la scène du but. Cette fois encore, je n'ai qu'un conseil à donner à Joe : qu'il prenne donc des vitamines. Il en aura bien besoin contre moi. Car depuis la Coupe d'Afrique des Nations, je me suis senti pousser des ailes (il rit). Enakarhire : Moi aussi. Quoi de plus normal, d'ailleurs, pour un Super Eagle (il rit). Honnêtement, si moi j'ai besoin de vitamines, lui aura besoin de cachets pour dormir. Il ne doit pas s'attendre à une soirée de tout repos avec moi. Il m'a berné une fois la saison passée. Il n'y en aura pas d'autre. Qu'il se le mette bien en tête. Bruno Govers" Que Joe prenne DES VITAMINES. Il en aura besoin contre moi " (Peter Odemwingie)" Déstabilisation, intimidation : ON AURA TOUT VéCU à la CAN " (Joseph Enakarhire)