Tel William Wallace, le héros de la cause écossaise, qui, dans Braveheart secoue ses troupes d'un vibrant Freedom, John Collins est parti de Charleroi en seigneur. Libre. Délivré des contraintes qui l'ont tiraillé ces derniers mois. Le coach a accordé à Sport/Foot Magazine sa dernière interview, avouant les conditions surréalistes dans lesquelles il a travaillé mais, en gentleman, refusant de verser dans la critique destructive.
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Tel William Wallace, le héros de la cause écossaise, qui, dans Braveheart secoue ses troupes d'un vibrant Freedom, John Collins est parti de Charleroi en seigneur. Libre. Délivré des contraintes qui l'ont tiraillé ces derniers mois. Le coach a accordé à Sport/Foot Magazine sa dernière interview, avouant les conditions surréalistes dans lesquelles il a travaillé mais, en gentleman, refusant de verser dans la critique destructive. Non. C'était une expérience difficile et pour la première fois dans ma carrière, j'ai dû me battre contre la relégation. Il fallait motiver sans cesse le groupe, ce qui n'est jamais évident. Honnêtement oui. Je ne savais pas où je mettais les pieds. Oui même si j'avais visité les installations et que je savais dans quel état elles se trouvaient. Charleroi a des infrastructures de D2 ou D3 mais c'est une vérité connue de tous. Bien sûr. Ce serait trop facile de dire non. C'est dans les périodes délicates que tu apprends le plus. Désormais, dans mon prochain club, j'apprécierai encore davantage les bonnes conditions de travail, les joueurs à l'heure tout le temps, l'herbe coupée avant un match ou un entraînement. Ce que l'on pensait normal avant de connaître Charleroi, ne l'est pas nécessairement. Oui. Ça m'a beaucoup aidé. Désormais, j'ai des contacts avec des équipes françaises qui voyaient comment je m'occupais de mon équipe. J'avais reçu beaucoup de propositions après mon aventure à Hibernian mais cela faisait un an que je ne travaillais plus. Or, quand tu ne travailles pas, tu as beaucoup moins d'offres. Le terrain. Quand j'ai vu que personne ne s'en occupait à plein temps, je me suis dit que ce n'était pas possible. Et tous les jours, quand j'arrivais au stade, je voyais ce terrain... Après le premier match, je leur ai demandé de résoudre ce problème. Ils ont répondu qu'ils allaient mettre une annonce dans le journal. Où j'habite, ce n'est pas difficile de trouver un jardinier... Pendant toute ma carrière, j'avais joué au sol. Il a donc fallu changer mon style de jeu car c'était impossible de construire et de faire circuler le ballon derrière, en défense. Oui. C'est la première et la dernière fois que je joue de la sorte. A domicile, on n'a jamais joué du football style Collins. A cause du terrain. La seule chose qu'un coach recherche, c'est améliorer les joueurs. Oui. J'ai regardé les DVD des matches du premier tour et quand, par exemple, on regarde les statistiques de Bertrand Laquait, on se rend compte qu'il avait beaucoup plus d'arrêts à effectuer que lors du second tour. Evidemment, les résultats n'ont pas été meilleurs qu'avant. Cependant quand tu es un coach, tu analyses les deux paramètres. Lors des trois derniers mois, on n'a été dominé qu'une fois : à Tubize. Il faut faire abstraction du premier mois. C'était catastrophique, mauvais. On n'avait pas de jambes. Heureusement, on a transféré Torben Joneleit, Christophe Grégoire et Adlène Guédioura. Et puis, il y a eu le retour de Majid Oulmers. Sans ces quatre joueurs, on serait en D2. C'est sûr ! Le deuxième tour est toujours délicat. Moi, je suis soulagé du maintien et satisfait de l'organisation. On n'a jamais été débordé. Sauf contre Gand, Westerlo et Tubize. Mais c'était impossible de développer le jeu en deux touches comme je le voulais ! On a vite réalisé qu'il fallait d'abord éviter d'encaisser. C'est cela qui nous a sauvé. Cela doit servir de base au prochain entraîneur. Charleroi doit rester une forteresse à domicile. De la constance ! Les bons joueurs, ceux qui coûtent, sont des joueurs constants. Ceux qui sont gratuits ne le sont pas. Nous, on avait des joueurs capables de choses magnifiques avec le ballon et qu'on ne voyait plus ensuite pendant 30 minutes. C'est pour cela qu'ils sont à Charleroi. Pour évoluer dans un grand club, il faut être constant. C'est la faiblesse de l'équipe. Le talent n'est pas suffisant. Il faut l'attitude, le travail. C'est vrai qu'une partie du groupe est très proche de Mogi Bayat. Pour moi, ce n'est pas normal que les joueurs se retrouvent autant dans les bureaux de Mogi. Après deux semaines, je le disais au directeur sportif. Dans aucun club du monde, cela existe. Ce n'était pas sain pour Charleroi. Mais on peut le répéter, Mogi ne changera pas. Il dit que c'est son style de management. Non. Mogi est le patron du club. Pas moi. Moi, j'étais le patron du terrain. Cela m'a demandé beaucoup d'énergie. Pour Mogi et Abbas, il s'agit de leur club ! Si vous me dites qu'ils influençaient les précédents entraîneurs, cela ne m'étonne pas mais moi, ils ne m'ont jamais contrôlé. Jamais ils m'ont dit - Tu dois aligner un tel ou un tel. Ils auraient voulu mais ils savaient que cela ne servait à rien. Ils avaient toujours leur avis en disant qu'un tel serait meilleur à une telle position. C'est leur style. Ils ont un avis sur tout. Abbas est un passionné mais ce n'est pas un entraîneur, ni un connaisseur de football. Il a son avis sur tout (la tactique, la valeur des joueurs) mais c'est un président. Il ne connaît pas le foot de A à Z. Il n'a pas été joueur de football. Le prochain coach doit le savoir. Le schéma d'entraînement n'a jamais vraiment varié. Certes, pendant un mois, j'avais instauré deux séances le mardi et le mercredi mais c'était surtout pour leur donner un bagage physique. C'était prévu d'arrêter après un mois. Quant aux mises au vert, comme le club n'avait pas beaucoup d'argent, j'ai décidé d'arrêter. Et depuis qu'on les a arrêtées, on a de meilleurs résultats ! Quand tu vends des joueurs, tu dois avoir un plan pour les remplacer. Or, Charleroi n'en a pas. Si le club veut progresser, il doit faire plus de recherches sur le recrutement. Il ne faut pas écouter les agents à droite et à gauche. Même les petits clubs doivent avoir de grands recruteurs. Il voit beaucoup de matches et sur certains joueurs, il a son mot à dire ; pas sur tous. Quand je suis arrivé, il y avait Marcelo qui s'entraînait avec nous. Je pensais qu'il était en test et c'est par hasard que j'ai appris qu'il avait été transféré. Or, on disposait déjà dans le noyau de cinq stoppeurs à droite. J'ai demandé si on avait visionné le joueur, on m'a répondu - Non. Il n'y avait pas de DVD, pas de statistiques, pas de tests physiques le concernant. Apparemment, il s'agissait de quelqu'un que le président avait vu ou connaissait. J'ai lu cela. Pourtant, pour progresser, Charleroi devrait acheter cinq ou six joueurs. C'est normal, non ? Pour moi, cela coule de source. Cela devrait être obligatoire que l'entraîneur puisse donner son avis. Si un joueur intéresse le club, il est logique que j'aille le visionner, que mon adjoint le visionne également. Quelques temps. C'était très important pour moi de rester professionnel. Quand on voit les conditions de travail, mentalement, ça pèse tous les jours. Je pense - ou du moins j'espère - que certains joueurs ont apprécié nos méthodes. par stéphane vande velde - photos: belga