"Quand tu me vois, j'ai une tête de con." Quand on interviewe Franck Berrier en mars 2017, il joue à Ostende. On n'est pas sûr d'avoir bien entendu. On lui demande de répéter. "Ben oui, j'ai une tête de con."
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"Quand tu me vois, j'ai une tête de con." Quand on interviewe Franck Berrier en mars 2017, il joue à Ostende. On n'est pas sûr d'avoir bien entendu. On lui demande de répéter. "Ben oui, j'ai une tête de con." Une bonne partie de l'entretien va tourner autour du déficit d'image du petit Français. Rayonnant sur les pelouses, hyper effacé dans la vie. Berrier, décédé d'un arrêt cardiaque vendredi, à 37 ans, avait un charisme inversement proportionnel à son talent de footballeur. Il a joué plus de 300 matches avec Zulte Waregem, le Standard (où son échec est resté une cicatrice jusqu'à son départ à la retraite précipité, déjà pour soucis cardiaques) et Ostende. Il a mis près de cinquante buts et passé le plafond des cent passes décisives. Mais chaque fois qu'on est allé le voir pour une interview, on l'a quitté avec le sentiment qu'il n'était pas spécialement heureux dans le monde du foot. Retour sur quelques confidences fortes qu'il nous a faites. "Si on ne me parle pas, je ne vais pas vers les gens. Je ne suis pas souriant avec les gens que je ne connais pas, je ne cherche pas à l'être, je n'essaie pas de me faire des amis, je ne cherche pas à me rapprocher des supporters. Dès que l'entraînement est fini, je monte dans ma voiture et je rentre chez moi." Son truc, c'était le foot, le jeu. Rien d'autre. "Dès qu'on commence à s'intéresser à ce qui tourne autour du jeu, on sent vite que ce n'est pas tout à fait clair. C'est un monde bizarre. Je suis footballeur, joueur. Je ne veux m'intéresser qu'à ça. Dès que tu te penches sur ceux qui font un autre métier lié au foot, des agents, certains présidents, certains directeurs sportifs... Non, je préfère ne pas y penser. Il y a beaucoup de magouilles et je ne veux pas entrer là-dedans. Il faut voir la réalité en face: il y a des gens honnêtes dans le foot mais surtout beaucoup de malhonnêtes. Tout le monde sait quand même que c'est un monde d'hypocrites. Et cette hypocrisie est surtout créée par l'argent." Il estimait que c'était possible de se faire des amis pour la vie dans le foot. Mais ça n'a jamais été un objectif pour lui. "Je n'ai pas d'amis dans ce milieu parce que je ne cherche pas à en avoir. J'ai beaucoup de connaissances, je m'entends bien avec tout le monde. Mais des amis, non. Même dans la vie, je n'ai pas beaucoup d'amis." Et il était conscient que cette vie solitaire avait parfois joué contre lui. "Je sais que j'ai une réputation dans le milieu. J'ai déjà entendu que j'avais un caractère de merde, on a dit que je mettais la merde dans le vestiaire. Mais ce n'est jamais arrivé. On me connaît mal et ça a joué sur ma carrière. Je pense que certains bons clubs ont eu peur de me prendre parce qu'ils craignaient que je foute la merde." Berrier avait conclu cette interview mémorable de 2017 en avouant que s'il vivait dans ce monde guère fait pour sa nature, c'est parce qu'il n'aurait pas pu faire grand-chose d'autre. "C'est le seul métier que j'aurais pu faire. Je ne vois aucun autre domaine où j'aurais pu être performant. Et puis... Quand tu vois ce qu'on gagne par rapport à ce qu'on fait! On bosse trois heures par jour, parfois un peu plus. OK, ça arrive qu'on ait deux entraînements la même journée, on n'a pas nos week-ends, on ne peut pas partir en vacances comme tout le monde en juillet ou en août, on doit régulièrement déménager, on doit se faire à des nouveaux collègues, mais bon... Par rapport aux gens qui vont à l'usine pour 1.200 ou 1.400 euros par mois..."