Le grand Argentin est de retour. Et il n'a pas tardé à faire parler de lui. A cause de ses buts, mais aussi de ses démêlés avec les arbitres. Le Sporting a, en tout cas, pris conscience de l'importance qu'il revêt et l'en a d'emblée récompensé.
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Le grand Argentin est de retour. Et il n'a pas tardé à faire parler de lui. A cause de ses buts, mais aussi de ses démêlés avec les arbitres. Le Sporting a, en tout cas, pris conscience de l'importance qu'il revêt et l'en a d'emblée récompensé. Nicolas Frutos : Il s'agit, en fait, d'une prolongation de deux ans, puisque j'étais encore lié jusqu'en juin 2010. Je pense avoir démontré mon utilité pour le club et m'être bien comporté jusqu'ici, tant au niveau professionnel que personnel. Réciproquement, le club s'est également très bien conduit à mon égard. Il y avait donc une volonté mutuelle de poursuivre la route ensemble. Oui, tout à fait. C'est une manière de démontrer officiellement, par un papier, le fait que je me sens très bien en Belgique, mais je pense qu'on le savait déjà avant cela. Oui, en effet. Mais, même si j'ai signé un bail à long terme, cela ne m'empêche pas d'être très concerné par l'avenir immédiat... à commencer par le prochain match, demain à Aalborg. Si l'on gagne au Danemark, la qualification sera déjà pratiquement assurée. Cela nous permettrait de nous concentrer davantage sur le championnat de Belgique, où on a déjà gaspillé suffisamment de points. Je l'espère. Après le stage hivernal, on devrait retrouver le niveau de jeu qui était le nôtre il y a six mois. Parce qu'on est la seule équipe belge encore en lice sur la scène européenne ! Ce n'est pas plus compliqué, même si certaines personnes ont du mal à le comprendre. En une semaine, on a affronté La Gantoise, l'Hapoël Tel-Aviv et le Cercle Bruges : trois rivaux coriaces. On a gagné les deux premiers matches, mais on a perdu deux points au stade Jan Breydel. L'équipe était un peu fatiguée. Les meilleures équipes européennes ont un effectif très fourni qui permet à l'entraîneur d'effectuer des rotations, mais Anderlecht n'en est pas encore là. Si on passait l'hiver en Coupe de l'UEFA, ce que tout le monde espère, cela risquerait de rendre notre conquête du titre plus difficile, mais je pense que la direction va s'efforcer d'étoffer le noyau durant le mercato. Oui, tout à fait. Mais c'est à force de travail que j'ai gagné ce respect. Peut-être, oui, en effet. C'est la première fois de ma carrière que je porte le maillot du club le plus important d'un pays. La première fois, aussi, que j'évolue deux années durant dans le... même club. Je dois concéder que cela me... perturbe un peu. J'étais habitué, chaque saison, à commencer une nouvelle expérience, dans un nouveau club et un nouvel environnement. Je devais sans cesse m'adapter, mais cela ne m'a jamais dérangé. Je suis une personne qui apprécie changer d'environnement, découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. Je n'aime pas m'enfoncer dans une certaine routine. Mais je me sens très bien en Belgique et je m'habitue à la... sédentarisation. Ce n'est peut-être pas plus mal, car la naissance de ma petite fille Sofia m'a conféré des responsabilités. Pour moi, l'objectif à atteindre est de réaliser quelque chose de grand avec Anderlecht au niveau européen. On est en train de construire une base très solide, avec de jeunes joueurs, et j'espère que l'on pourra, dans un délai d'un ou deux ans, écrire quelques belles pages d'histoire. Réaliser l'un ou l'autre exploit dont on se souviendra longtemps encore. C'est un rêve pour tout joueur. Bien sûr que j'aimerais, plus tard, qu'on se souvienne de moi comme d'un footballeur qui a marqué l'histoire du club. Mais, actuellement, mon objectif est tout simplement de jouer chaque week-end. Et je sais que, si j'y parviens, on parlera encore de moi. Si tel est le cas, ce n'est pas bon. Il faut éviter que le rendement d'une équipe dépende d'un, deux ou trois joueurs. Je constate que mon retour a coïncidé avec un certain redressement de l'équipe. Quand un footballeur se retrouve sur la touche, il ressent des fourmis dans les jambes. Il a envie de jouer et je n'échappais pas à la règle. C'est difficile pour un sportif d'être à 100 % tout au long de la saison. On reçoit toujours des petits coups, on souffre de petites blessures. Certaines furent plus longues à guérir que prévu. J'ai parfois un peu forcé, pour revenir le plus vite possible. Je veux toujours être sur le terrain. Pour moi, mais aussi pour aider l'équipe. Si certaines personnes me voient de cette manière-là, que puis-je répondre ? Croyez-vous que cela m'ait fait plaisir de me retrouver sur la touche ? J'ai traversé des moments très difficiles. Ces personnes n'ont probablement jamais fait de sport et ignorent ce que ressent un sportif qui se retrouve dans l'incapacité de s'adonner à sa passion. Il y a d'autres joueurs qui ont été blessés en même temps que moi et auxquels on n'a pas accordé la même importance. Mais bon, c'est peut-être cela aussi, la rançon de la gloire. La fatalité, sans doute. En Argentine, je n'avais jamais dû passer sur le billard. Depuis que je joue en Belgique, j'ai déjà été opéré à deux reprises : une fois au genou, suite à un coup reçu, et une fois au talon, parce que j'avais joué cinq ou six fois avec une autre douleur et qu'il y a eu un phénomène de compensation. Aujourd'hui, c'est du passé et je considère tout cela comme anecdotique, car les blessures font partie des risques du métier. C'est moins que ce que j'avais espéré, mais le principal, c'est que chaque fois que j'ai joué, j'ai tiré mon épingle du jeu et j'ai eu un impact sur l'équipe... Ce sont ces chiffres qui m'ont aidé à gagner la confiance de l'entraîneur et de mes partenaires. Ils me permettent aujourd'hui de travailler sereinement lorsque je suis blessé, car je sais que je retrouverai ma place, une fois rétabli. Pour être honnête, je ne m'attendais pas à réaliser de tels chiffres lorsque je suis arrivé d'Argentine, mais je ne m'en plaindrai évidemment pas. C'est presque anormal. Je m'attendais à jouer des portions de matches contre La Gantoise, Hapoël Tel-Aviv et le Cercle Bruges. Ou, dans le meilleur des cas, deux matches complets et quelques minutes du troisième. Mais j'ai joué trois matches complets, et de belle manière je pense. Trois matches complets en une semaine, lorsqu'on revient de blessure, c'est étonnant. Je suis un peu fatigué, mais heureux en même temps, parce que tout s'est bien passé. C'est étonnant car je n'ai pas du tout cette impression. Lors de ma première année, j'ai joué certains matches en 4-4-2 et d'autres en 4-3-3. Pareil la saison dernière, avec Mémé Tchité ou avec le duo Tchité-Boussoufa. Je me suis senti aussi à l'aise dans l'un ou l'autre système, et je me suis très bien entendu avec chacun de mes partenaires. Je n'ai vraiment aucune préférence. On fait dire ce qu'on veut aux chiffres. Je pense qu'on a démontré sur le terrain qu'on pouvait jouer ensemble. On a inscrit, l'un et l'autre, de nombreux buts. Et je pense que, sur mes 15 buts inscrits lors du dernier championnat, sept ou huit le furent sur un assist de Mémé. Je lui ai rendu la pareille chaque fois que j'en ai eu l'occasion. L'équipe a très bien tourné lorsqu'on évoluait tous les deux, et croyez-moi, je regrette de ne plus pouvoir jouer avec lui. Cela, c'est possible. Serhat est un joueur un peu différent de Mémé. Ce dernier est davantage un buteur, alors qu'Akin se révèle sans doute plus complémentaire avec un joueur de 16 mètres. Il y a une véritable complicité entre Serhat et moi, qui se reflète aussi bien sur qu'en dehors du terrain. Mais je m'entendais très bien avec Tchité également. Je ne regarde pas les chaînes belges chez moi. Et je ne connais pas ce monsieur. S'il ne m'apprécie pas, c'est son problème. Je ne m'en formalise pas. La télévision argentine, grâce à une antenne parabolique. La télévision espagnole, aussi. Surtout lorsqu'elle retransmet des matches. C'est ce qui me passionne le plus. Voilà encore un mythe qui est en train de se créer. C'est comme les blessures. Cela commence à m'énerver. Une partie de la presse ne s'intéresse plus qu'à cet aspect-là. J'ai revu toutes les rencontres qui ont donné lieu à une polémique, et après avoir visionné les images, j'ai la conscience tranquille. J'étais suspendu pour le match de samedi passé, contre Westerlo, et contrairement à ce que l'on a prétendu, aucun des trois cartons jaunes ne m'a été décerné pour protestation. Que les gens qui ont envie de me critiquer, le fassent, mais c'est ma première suspension et comme pour les blessures, je considère que c'est anecdotique. Cela arrive à tous les joueurs d'être suspendu pour un abus de cartons jaunes. Oui, et cela fait évidemment les choux gras des journaux. Pourtant, je n'ai jamais critiqué ni un adversaire, ni un arbitre en des termes virulents. Je leur ai toujours donné mon avis de manière respectueuse. Cela me rend triste que l'on me fasse une mauvaise réputation. Je vous mets au défi de retrouver trace d'un match durant lequel j'aurais donné un mauvais coup à un rival ou insulté un referee. Je préfère rire de tout ce que je lis ou entends. Autrement, je risquerais de m'énerver. J'espère que non, mais regardez les images : au risque de me répéter, aucun carton jaune ne m'a été adressé pour protestation. Le premier, à Roulers, résultait du fait que j'avais dit ma manière de penser à un joueur adverse qui m'avait un peu chatouillé les tibias : j'ai revu les images, c'était un penalty grand comme une maison. Le second, contre La Gantoise, m'a été décerné parce que, sur la remise en jeu au centre du terrain qui a suivi le but des Buffalos, j'avais essayé de surprendre le gardien adverse que j'avais vu avancé : j'ignorais qu'il fallait attendre le coup de sifflet de l'arbitre. Le troisième, au Cercle Bruges, était la conséquence d'un duel où le défenseur adverse et moi, nous étions mutuellement tenus par le bras : on est tombés et on aurait pu siffler une faute aussi bien du défenseur que de moi. L'arbitre a sifflé contre moi, et en plus, il m'a adressé le carton jaune. Je ne comprends pas. C'est précisément ce qui m'étonne : c'est un arbitre avec lequel il est généralement possible de dialoguer. S'est-il laissé influencer par le public pour l'adversaire ? Beaucoup d'arbitres se montrent inflexibles, ils ne permettent pas qu'on les aborde de quelque manière que ce soit car ils ont l'impression qu'on les agresse. Mais généralement, Nzolo n'est pas comme cela : il se rapproche du style des arbitres argentins, souvent plus ouverts, qui autorisent le dialogue. Mais soit, j'en resterai là. Je ne me permettrai jamais de critiquer un arbitre dans la presse, car je reste persuadé que chacun essaie de faire son métier le plus correctement possible. Le club insiste d'ailleurs beaucoup également sur le respect de l'arbitrage. J'espère, de mon côté, que la presse cessera de se focaliser sur mes cartons jaunes, car on est en train de me faire une fausse réputation. La saison dernière, j'avais tenu tout le championnat avec deux cartons jaunes. Je ne suis donc pas aussi méchant que certains veulent bien le dire. Oui, mais d'une manière positive. Il ne m'a adressé aucun reproche. J'étais encore très perturbé, car j'estimais n'avoir mérité aucun des cartons jaunes qui m'ont privé du match contre Westerlo. L'entraîneur m'a simplement demandé de rester serein. Oui, bien sûr. Mais je ne suis pas responsable de l'image qu'on est en train de me fabriquer dans la presse. Mon véritable visage, je le montre dans le vestiaire et sur le terrain. La meilleure image que je peux donner aux jeunes, c'est celle d'un footballeur loyal, qui se bat pour son équipe et ne donne jamais de mauvais coup à l'adversaire. Le jour où je pèterai les plombs et où j'assènerai un mauvais coup, l'arbitre pourra m'exclure sans problème car je serai le premier à avoir honte. Je sais que je suis un homme franc et honnête, animé de bonnes intentions. Je sais aussi que j'ai un rôle de leader à jouer, et s'il m'arrive de discuter avec des arbitres, c'est toujours de façon polie. Si ce n'était plus le cas, je ne serais plus Nicolas Frutos. Par Daniel Devos