Combien de routes un garçon doit-il faire, avant qu'un homme il ne soit ? Combien de frappes de mules, combien de ballons interceptés de la tête pour faire oublier une petite erreur de jeunesse ? Un an après avoir repris la compétition suite à une suspension de deux mois pour usage de cannabis, Laurent Ciman (21 ans) se pose souvent la question.
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Combien de routes un garçon doit-il faire, avant qu'un homme il ne soit ? Combien de frappes de mules, combien de ballons interceptés de la tête pour faire oublier une petite erreur de jeunesse ? Un an après avoir repris la compétition suite à une suspension de deux mois pour usage de cannabis, Laurent Ciman (21 ans) se pose souvent la question. " Il m'avoue parfois qu'il espère qu'on ne retiendra pas que cela de sa carrière ", dit son père, Robert. " Pour ma part, je m'attends à ce qu'on me pose encore cette question de temps en temps et peut-être que, d'un côté, ce n'est pas plus mal : c'est comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, il ne faut pas qu'il oublie que dans la vie, rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais définitif. Mais d'un autre côté, des erreurs de jeunesse, on en a tous commises, à commencer par moi. Sauf que certaines ont plus de conséquences que d'autres. Ici, il y avait l'image de Charleroi, la confiance que l'entraîneur avait placée en lui ". C'était à l'été 2005. Laurent terminait ses humanités et, pour fêter cela, il avait mangé un bout et bu quelques verres avec ses copains et copines de classe. Après la fête, quelques-uns se sont retrouvés chez un des meilleurs amis de Laurent. Un joint a circulé, Laurent a tiré quelques fois dessus. Deux semaines plus tard, Charleroi disputait un match de Coupe Intertoto. Pour le récompenser de son assiduité, Jacky Matthijssen l'avait repris sur le banc en lui précisant bien qu'il n'entrerait pas au jeu. Mais comme il figurait sur la feuille, il participa au tirage au sort qui désignait les participants au contrôle antidopage. Avec les conséquences que l'on sait : 0,02 nanogrammes dans le sang et une suspension de deux mois. Aujourd'hui, toutes les traces sont effacées. Même moralement. " Ce qui est bien, c'est que Laurent a assumé ", assure son père. " Il est directement allé trouver le médecin du club et Mogi Bayat. Avec nous, ses parents, cela a pris un peu plus de temps à sortir : nous avons été avertis deux heures avant la presse. Nous avons compris que c'était un accident. Laurent n'est pas un fumeur de joints. Il boit bien un Bacardi de temps en temps mais ça s'arrête là. Et l'important, à nos yeux, était surtout ce qui allait se passer par la suite. Il a suivi une thérapie et il a ramé. Ou plutôt, nous avons ramé tous ensemble car nous portons le même nom. Mais nous avons fait bloc : nous ne nous appelons pas Ciman pour rien ". Entouré de l'affection des siens, Laurent est revenu assez rapidement. Et avec les départs d' IbrahimKargbo et de ThierrySiquet, il a su saisir les places qui se sont libérées dans l'axe de la défense. Au point que le club lui a offert un nouveau contrat jusqu'en 2010. " Nous n'avons pas trop voulu intervenir dans les pourparlers au début ", précise son père. " J'ai joué en football jusqu'en P1 mais ce sport a bien changé, notamment au niveau physique. Quand Laurent me disait qu'il était fatigué après un entraînement, j'avais tendance à me moquer gentiment. Alors je suis allé voir et j'ai compris. Nous avons donc fait appel à un agent, Youri Selak ". Avec son 1m84 pour moins de 70 kg, Laurent présente un gabarit atypique ; ce qui ne l'empêche pas d'avoir un bon jeu de tête et une frappe de mule. " Quand il tire, il y met tout. Petit, il recevait toujours des ballons pour son anniversaire et il les usait en moins d'un an à force de tirer sur le mur du jardin. Je crois tout de même qu'il y a quelque chose d'inné là-dedans. J'avais aussi une frappe assez puissante mais j'étais gaucher. Pour ce qui est de sa carrure, on lui dit parfois qu'il devrait faire un peu de musculation mais nous n'y sommes pas favorables : Laurent, ce n'est que des nerfs et des muscles. Ceci dit, s'il est au point physiquement pour Charleroi, il ne l'est pas nécessairement pour l'un des trois ou quatre grands clubs. Ce serait au coach de ces équipes de le dire. Moi, le seul conseil que je puisse lui donner pour le moment, c'est d'être un peu moins impulsif ". Ciman ne s'est pas imposé qu'à Charleroi. Il fait à nouveau partie du noyau de l'équipe nationale des -21 ans, qui a conquis sa place au prochain Championnat d'Europe. Même si, pour le moment, il n'y est pas titulaire à part entière. " Je lui ai dit qu'il fallait parfois trois ttt au verbe attendre ", raconte son père. " Il mange un peu son pain noir mais ces sélections l'aident à poser son regard, à relativiser ". D'autant qu'avec Nicolas Lombaerts et Thomas Vermaelen, il y a de la concurrence dans l'axe. Et que Jean-François de Sart, le coach des Espoirs, souhaite que chacun évolue à la même place que dans son club : " C'est vrai que Laurent est polyvalent. C'est peut-être à cause de cela qu'il a été plus souvent réserviste. Et au moment où il aurait dû jouer, en Bosnie, il a été suspendu. Il n'a donc pas terminé la saison mais il est revenu en février, avec cette nouvelle levée. Je me souviens notamment d'un très bon match dans l'axe central face au Cercle Bruges. J'apprécie son engagement et je pense qu'il doit améliorer ses relances. Maintenant, ne me demandez pas s'il fait partie des certitudes pour l'Euro car je ne fais pas mon noyau sept mois à l'avance mais ceux qui ont forcé la qualification sont prioritaires, c'est évident ". Robert Ciman affirme qu'il n'aurait jamais imaginé voir son fils en D1 : " Pour moi, l'Olympic, ce n'était déjà pas mal mais lui m'avoue maintenant qu'il a toujours rêvé d'être pro ". Patrick Thairet l'a connu six mois à La Neuville. C'est lui qui fut le premier à lui faire confiance, au poste d'arrière droit : " Au début de saison, il ne jouait pas car nous avions un noyau assez important et l'équipe tournait bien. Puis, j'ai eu des blessés et je l'ai aligné. Il n'a pas fallu longtemps pour que le Sporting mette le grappin dessus, dans le cadre d'un accord de synergie qui n'a duré qu'un an : les Zèbres payaient les salaires de cinq joueurs de l'Olympic mais pouvaient choisir un joueur. Ça l'a lancé ". PATRICE SINTZEN