Il y a deux ans, jour pour jour, le rêve de la France s'effondrait. Didier Deschamps l'avait qualifiée pour la finale de l'Euro dans son pays et les Français s'étaient réconciliés avec Les Bleus. En partie, du moins, car tout le monde n'appréciait pas toujours leur style de jeu.

Mais nous nous souvenons parfaitement de l'explosion de joie qui avait suivi la victoire sur l'Allemagne, en demi-finale à Marseille. Les Allemands avaient mieux joué, ils avaient dominé, parfois outrageusement. Rien à voir avec l'Allemagne que nous avons vue en Russie.

Mais ce soir-là, ils s'étaient cassé les dents sur une défense française solide. En finale, cela avait été l'inverse, les Portugais réservant un chien de leur chienne aux Français. Un match affreux qui s'était joué sur un but inscrit au cours des prolongations, un tir à distance d' Eder, alors joueur de Lille.

Hélas, l'histoire ne se répète qu'en partie. Deux ans après cette finale, un autre joueur de Lille, tellement bon que, lorsqu'il était jeune, les Français rêvaient de le naturaliser, n'a pas réussi à leur filer le coup de blues qu'il avait asséné cinq jours plus tôt à la Seleção.

Eden Hazard a pourtant bossé énormément, il s'est replié davantage que lors des autres matches mais il n'a jamais trouvé la clef du Fort de France pour faire basculer le match en faveur des Belges. Comme l'Allemagne en 2016, la Belgique s'est cassé les dents sur l'arrière-garde hexagonale.

Le Mondial des phases arrêtées

Une nouvelle fois, Didier Deschamps ne s'est pas préoccupé du spectacle. A ce moment du tournoi, seule la qualification compte. Ses résultats à la tête de l'équipe de France sont excellents : il a atteint consécutivement deux finales de grands tournois, même si la manière n'y est pas. Les puristes ne l'aiment pas, ce n'est pas Zidane ni Guardiola. Ni même Martínez.

Deschamps entraîne comme il jouait : il est fort tactiquement, analyse parfaitement les qualités de ses joueurs et celles de l'adversaire. Il n'a donc pas laissé d'espaces aux Belges et il leur a laissé le soin de faire le jeu, spéculant sur le contre. Il faut avouer que les reconversions ultra-rapides des Français sont parfois belles. Mais elles sont souvent frustrantes. Sur le terrain, Giroud et Griezmann ont parfois l'air de chevaux de trait.

Nous devons cependant avouer que Martinez a parfois joué de la sorte. Face au Brésil, notamment. Et même contre le Japon, qui s'est fait hara kiri sur un contre après avoir essayé de remporter le match coûte que coûte dans le temps réglementaire. Cette Coupe du monde est la Coupe du monde des phases arrêtées - elles ont permis aux Anglais et aux Français d'aller loin - et des reconversions rapides.

Une Coupe du monde où la puissance et les capacités athlétiques prennent le pas sur la technique (même si les Français maîtrisent très bien le ballon aussi) et la possession de balle. Mardi, la Belgique a eu le ballon pendant 64 % du temps mais elle a perdu. L'Argentine avait connu la même mésaventure face à la France qui, en phase d'élimination directe, n'a dominé que l'Uruguay.

Plus corsé que face au Brésil

Les Français n'aiment pas le jeu pratiqué par Didier Deschamps mais il faut reconnaître que, bien qu'il n'ait jamais pu préparer un tournoi calmement, il a toujours gardé la tête froide. Il y a deux ans, il y eu l'affaire Benzema. Cette fois, il a dû restructurer sa défense. A un mois du coup d'envoi de la Coupe du monde, on pensait que Sidibé et Mendy joueraient sur les flancs, et Koscielny dans l'axe.

Le match contre la France est le premier à enjeu au cours duquel les Belges n'ont pas marqué depuis l'arrivée de Roberto Martinez.

Mais ce dernier s'est déchiré le tendon d'Achille et les deux autres ont vu les jeunes Hernandez et Pavard prendre leur place. Avec les autres, il peut aller à la guerre. On peut rigoler des qualités offensives de Giroud mais il travaille comme une bête. Idem pour Griezmann qui ne joue pas aussi bien qu'à l'Euro, du moins si on ne tient compte que des statistiques, mais qui a de l'or dans les pieds en matière d'assists. Il en a délivré un à Tolisso et un à Varane en quarts de finale contre l'Uruguay, plus à Umtiti en demi-finale face aux Diables Rouges.

Pas de finale mais la consolation : Vincent Kompany et Thibaut Courtois sont amèrement déçus., belgaimage
Pas de finale mais la consolation : Vincent Kompany et Thibaut Courtois sont amèrement déçus. © belgaimage

Les Diables Rouges savaient que le match contre la France serait probablement plus difficile que celui face au Brésil. Offensivement, les Brésiliens ont davantage de talent individuel mais les Belges ont pu y opposer leur solidarité et leur organisation, plus des contres de qualité bien préparés tactiquement. Après avoir frôlé l'élimination face au Japon, on avait beaucoup parlé et analysé dans le clan belge, ce qui avait entraîné une autre approche.

On gardait trois hommes derrière en possession de balle mais on en retrouvait quatre en perte de balle. Fellaini apportait de la puissance, De Bruyne jouait un cran plus haut pour amener de la vitesse, Lukaku était un peu décalé et plus facile à trouver que contre la France, où il était pris en étau entre Varane et Umtiti.

Meunier, le grand absent

Face au Brésil, De Bruyne courait joyeusement entre les lignes pour délivrer des passes et même inscrire un but. Face à la France, ce fut plus difficile. Vendredi, Hazard était inarrêtable sur la gauche. Sans doute son meilleur match sous le maillot des Diables Rouges, surtout en première mi-temps. Comme il y a deux ans contre la Hongrie mais, à la différence que cette fois, ce n'était pas face au milieu de terrain de Ferencvaros mais des stars mondiales. Face à la France aussi, ce fut plus difficile, surtout après la pause.

Vendredi dernier, toute la Belgique était persuadée que les Diables Rouges allaient disputer leur première finale de Coupe du monde - ils avaient déjà joué une finale olympique en 1920 et une finale européenne en 1980. Deschamps n'en était pas convaincu, les joueurs non plus. D'autant qu'ils étaient privés d'un atout important, Thomas Meunier, suspendu pour avoir reçu une deuxième avertissement face au Brésil.

Ce fut fatal. Sans vouloir minimiser la prestation de Nacer Chadli, très fort face au Brésil, la course et l'apport offensif de Meunier sur le flanc droit ont fait défaut. Chadli a souvent bien joué avec Martinez mais pas cette fois. Ses contrôles manquaient de pureté et il s'enfermait, ne parvenait pas à trouver la profondeur. Le flanc droit n'était pas aussi fort que les autres fois, d'autant que Matuidi et Hernandez défendaient bien. Le retour de suspension du joueur de la Juventus a fait beaucoup de bien à Deschamps. Pour nous, c'était l'homme du match, avec Pogba et Kanté.

Mardi, Martínez a essayé autre chose. Face au Brésil, la surprise ne venait pas tant du onze de base - il avait logiquement opté pour l'équipe qui avait terminé face au Japon - que de l'animation. Contre la France, par contre, on fut surpris de retrouver Dembélé au coup d'envoi.

Un bilan plus qu'honorable

Il avait été choisi parce qu'il pouvait garder le ballon et avait l'habitude de jouer avec Vertonghen sur le côté gauche. C'était une arme anti-Mbappé. Cela a fonctionné car on a peu vu l'attaquant. Mais à cause de cela, les Belges ont manqué de profondeur sur le flanc gauche. En possession de balle, le 4-2-3-1 n'est jamais vraiment devenu le 3-4-2-1 qui avait si bien fonctionné lors des derniers matches.

Fellaini, qui jouait très haut, devait soutenir Lukaku dans le rectangle mais cela n'a guère amené de danger parce que les flancs étaient muselés et qu'il y avait peu d'espace pour centrer. Les choses ont changé en fin de match lorsque Mertens est entré, mais sans beaucoup plus de danger. C'était un peu comme à l'époque de Wilmots : le danger devait venir de Hazard et le passé nous a appris à quoi cela mène.

Deux quarts de finale et une demi-finale : c'est le bilan de cette génération qui, ces dernières semaines, a montré qu'elle avait du talent, de l'expérience et le sens du collectif. Pas le moindre éclat, beaucoup de solidarité, de sérieux, d'assiduité et de fantaisie. Le match contre la France est la première rencontre à enjeu au cours de laquelle les Belges ne marquent pas depuis l'arrivée de Roberto Martinez. Les deux autres fois où cela s'est produit, il s'agissait de matches amicaux (0-2 face à l'Espagne et 0-0 contre le Portugal).

A la différence de ce qui s'était produit il y a quatre ans et deux ans, les Belges ont montré quelque chose. Ils possédaient l'équipe la plus offensive, la plus solide moralement (contre le Japon) et la plus belle (face au Brésil). Certains estiment que, hormis en matière de résultats, la Coupe du monde en Russie est monotone.

Les grands pays et les grands joueurs ont été rapidement éliminés mais de nouveaux noms sont apparus. Celui de Mbappé, bien sûr, mais aussi Hazard, qui a démontré qu'il était un véritable meneur et qui, si la Belgique était allée en finale, aurait pu être élu Meilleur joueur du tournoi. Umtiti en a décidé autrement.

La voie la plus difficile

Seront-ils bientôt équipiers ? C'est possible car, selon le journal catalan Sport, Barcelone envisage de faire une proposition. Courtois, dont les arrêts ont permis à la Belgique de rester dans le match jusqu'au bout mardi, pourrait également être élu Meilleur gardien du tournoi. Ce serait une satisfaction personnelle, même si on imagine qu'il aurait préféré soulever la coupe.

En battant l'Angleterre, il y a deux semaines, les Diables ont choisi la voie la plus difficile. Ils ont dû affronter le Brésil et la France, deux pays considérés comme candidats à la victoire finale. Les Français sont toujours là mais le prix du public, ce sera pour les Diables Rouges et c'est une plume au chapeau de toute l'équipe, Roberto Martinez en tête.

Avant le tournoi, il nous avait prétendu que l'équipe ne pourrait pas jouer aussi offensivement qu'en phase qualificative. Selon lui, il faudrait faire preuve de flexibilité tactique et compter sur le banc, surtout à partir des matches à élimination directe.

Flexibles, les Diables l'ont été. Ils ont failli se faire hara kiri face au Japon mais ont exécuté un chef d'oeuvre contre le Brésil. Ils ont pu compter sur le poteau et sur un peu de chance mais chaque coach en a besoin. Le match contre la France fut une désillusion et pour une fois, le réalisme l'a emporté. Cette fois, le plan B n'a pas fonctionné. Aurait-il fonctionné si Martinez avait fait preuve de plus d'audace ? On ne le saura jamais.

Certains joueurs vont désormais renoncer à l'équipe nationale, d'autres ont été testés ici et sont prêts. Boyata, Tielemans et Januzaj peuvent partir en vacances l'esprit tranquille. Dendoncker et T horgan Hazard doivent encore progresser. Les autres - Limbombe, Trossard, peut-être Edmilson et, si possible, quelques défenseurs - doivent travailler dur pour prendre les places qui se libéreront.

Hugo Lloris, dernier maillon d'un bastion défensif français inexpugnable., belgaimage
Hugo Lloris, dernier maillon d'un bastion défensif français inexpugnable. © belgaimage

Préparer l'avenir

Car comme le dit très bien Eden Hazard, la génération dorée devient vieille. Il faut préparer l'avenir. Après dix ans de solidarité et d'homogénéité, les Diables Rouges doivent muer.

C'est ce que Deschamps fait avec la France, tout en obtenant des résultats. En sachant, bien entendu, que son réservoir de talent est encore bien plus grand. Avec Pavard, que Lille a vendu un peu vite parce qu'il ne donnait pas satisfaction dans l'axe de la défense, les Français ont découvert un nouvel arrière droit.

Avec Mbappé, croisement entre Henry et Ronaldo, ils tiennent une nouvelle star. Mendy a 24 ans, Lemar pas encore 23, Tolisso, Kimpembe, Dembele, etc. sont encore jeunes et joueront déjà une finale de Coupe du monde dimanche. Sans compter ceux qui sont restés à la maison comme Martial, Colman et on en passe. La formation est excellente, c'est du luxe. Deschamps remplit son contrat : il prépare l'avenir en obtenant des résultats.

Malheureusement, il ne produit pas toujours du bon football mais après '98 et 2006, la France joue une troisième finale. C'est la classe. Les Belges, eux, ont soigné le spectacle. Après la mésaventure de Lille, ils ont permis à la nation de vivre dans l'euphorie. C'est sur cette vague qu'il faudra continuer, avec de nouveaux noms et dans une nouvelle compétition, la Ligue des Nations.

Un banc d'essai pour la nouvelle génération dorée. Même si elle n'a pas gagné la coupe, l'ancienne peut partir la tête haute : le syndrome de 1986 a disparu.

Il y a deux ans, jour pour jour, le rêve de la France s'effondrait. Didier Deschamps l'avait qualifiée pour la finale de l'Euro dans son pays et les Français s'étaient réconciliés avec Les Bleus. En partie, du moins, car tout le monde n'appréciait pas toujours leur style de jeu. Mais nous nous souvenons parfaitement de l'explosion de joie qui avait suivi la victoire sur l'Allemagne, en demi-finale à Marseille. Les Allemands avaient mieux joué, ils avaient dominé, parfois outrageusement. Rien à voir avec l'Allemagne que nous avons vue en Russie. Mais ce soir-là, ils s'étaient cassé les dents sur une défense française solide. En finale, cela avait été l'inverse, les Portugais réservant un chien de leur chienne aux Français. Un match affreux qui s'était joué sur un but inscrit au cours des prolongations, un tir à distance d' Eder, alors joueur de Lille. Hélas, l'histoire ne se répète qu'en partie. Deux ans après cette finale, un autre joueur de Lille, tellement bon que, lorsqu'il était jeune, les Français rêvaient de le naturaliser, n'a pas réussi à leur filer le coup de blues qu'il avait asséné cinq jours plus tôt à la Seleção. Eden Hazard a pourtant bossé énormément, il s'est replié davantage que lors des autres matches mais il n'a jamais trouvé la clef du Fort de France pour faire basculer le match en faveur des Belges. Comme l'Allemagne en 2016, la Belgique s'est cassé les dents sur l'arrière-garde hexagonale. Une nouvelle fois, Didier Deschamps ne s'est pas préoccupé du spectacle. A ce moment du tournoi, seule la qualification compte. Ses résultats à la tête de l'équipe de France sont excellents : il a atteint consécutivement deux finales de grands tournois, même si la manière n'y est pas. Les puristes ne l'aiment pas, ce n'est pas Zidane ni Guardiola. Ni même Martínez. Deschamps entraîne comme il jouait : il est fort tactiquement, analyse parfaitement les qualités de ses joueurs et celles de l'adversaire. Il n'a donc pas laissé d'espaces aux Belges et il leur a laissé le soin de faire le jeu, spéculant sur le contre. Il faut avouer que les reconversions ultra-rapides des Français sont parfois belles. Mais elles sont souvent frustrantes. Sur le terrain, Giroud et Griezmann ont parfois l'air de chevaux de trait. Nous devons cependant avouer que Martinez a parfois joué de la sorte. Face au Brésil, notamment. Et même contre le Japon, qui s'est fait hara kiri sur un contre après avoir essayé de remporter le match coûte que coûte dans le temps réglementaire. Cette Coupe du monde est la Coupe du monde des phases arrêtées - elles ont permis aux Anglais et aux Français d'aller loin - et des reconversions rapides. Une Coupe du monde où la puissance et les capacités athlétiques prennent le pas sur la technique (même si les Français maîtrisent très bien le ballon aussi) et la possession de balle. Mardi, la Belgique a eu le ballon pendant 64 % du temps mais elle a perdu. L'Argentine avait connu la même mésaventure face à la France qui, en phase d'élimination directe, n'a dominé que l'Uruguay. Les Français n'aiment pas le jeu pratiqué par Didier Deschamps mais il faut reconnaître que, bien qu'il n'ait jamais pu préparer un tournoi calmement, il a toujours gardé la tête froide. Il y a deux ans, il y eu l'affaire Benzema. Cette fois, il a dû restructurer sa défense. A un mois du coup d'envoi de la Coupe du monde, on pensait que Sidibé et Mendy joueraient sur les flancs, et Koscielny dans l'axe. Mais ce dernier s'est déchiré le tendon d'Achille et les deux autres ont vu les jeunes Hernandez et Pavard prendre leur place. Avec les autres, il peut aller à la guerre. On peut rigoler des qualités offensives de Giroud mais il travaille comme une bête. Idem pour Griezmann qui ne joue pas aussi bien qu'à l'Euro, du moins si on ne tient compte que des statistiques, mais qui a de l'or dans les pieds en matière d'assists. Il en a délivré un à Tolisso et un à Varane en quarts de finale contre l'Uruguay, plus à Umtiti en demi-finale face aux Diables Rouges. Les Diables Rouges savaient que le match contre la France serait probablement plus difficile que celui face au Brésil. Offensivement, les Brésiliens ont davantage de talent individuel mais les Belges ont pu y opposer leur solidarité et leur organisation, plus des contres de qualité bien préparés tactiquement. Après avoir frôlé l'élimination face au Japon, on avait beaucoup parlé et analysé dans le clan belge, ce qui avait entraîné une autre approche. On gardait trois hommes derrière en possession de balle mais on en retrouvait quatre en perte de balle. Fellaini apportait de la puissance, De Bruyne jouait un cran plus haut pour amener de la vitesse, Lukaku était un peu décalé et plus facile à trouver que contre la France, où il était pris en étau entre Varane et Umtiti. Face au Brésil, De Bruyne courait joyeusement entre les lignes pour délivrer des passes et même inscrire un but. Face à la France, ce fut plus difficile. Vendredi, Hazard était inarrêtable sur la gauche. Sans doute son meilleur match sous le maillot des Diables Rouges, surtout en première mi-temps. Comme il y a deux ans contre la Hongrie mais, à la différence que cette fois, ce n'était pas face au milieu de terrain de Ferencvaros mais des stars mondiales. Face à la France aussi, ce fut plus difficile, surtout après la pause. Vendredi dernier, toute la Belgique était persuadée que les Diables Rouges allaient disputer leur première finale de Coupe du monde - ils avaient déjà joué une finale olympique en 1920 et une finale européenne en 1980. Deschamps n'en était pas convaincu, les joueurs non plus. D'autant qu'ils étaient privés d'un atout important, Thomas Meunier, suspendu pour avoir reçu une deuxième avertissement face au Brésil. Ce fut fatal. Sans vouloir minimiser la prestation de Nacer Chadli, très fort face au Brésil, la course et l'apport offensif de Meunier sur le flanc droit ont fait défaut. Chadli a souvent bien joué avec Martinez mais pas cette fois. Ses contrôles manquaient de pureté et il s'enfermait, ne parvenait pas à trouver la profondeur. Le flanc droit n'était pas aussi fort que les autres fois, d'autant que Matuidi et Hernandez défendaient bien. Le retour de suspension du joueur de la Juventus a fait beaucoup de bien à Deschamps. Pour nous, c'était l'homme du match, avec Pogba et Kanté. Mardi, Martínez a essayé autre chose. Face au Brésil, la surprise ne venait pas tant du onze de base - il avait logiquement opté pour l'équipe qui avait terminé face au Japon - que de l'animation. Contre la France, par contre, on fut surpris de retrouver Dembélé au coup d'envoi. Il avait été choisi parce qu'il pouvait garder le ballon et avait l'habitude de jouer avec Vertonghen sur le côté gauche. C'était une arme anti-Mbappé. Cela a fonctionné car on a peu vu l'attaquant. Mais à cause de cela, les Belges ont manqué de profondeur sur le flanc gauche. En possession de balle, le 4-2-3-1 n'est jamais vraiment devenu le 3-4-2-1 qui avait si bien fonctionné lors des derniers matches. Fellaini, qui jouait très haut, devait soutenir Lukaku dans le rectangle mais cela n'a guère amené de danger parce que les flancs étaient muselés et qu'il y avait peu d'espace pour centrer. Les choses ont changé en fin de match lorsque Mertens est entré, mais sans beaucoup plus de danger. C'était un peu comme à l'époque de Wilmots : le danger devait venir de Hazard et le passé nous a appris à quoi cela mène. Deux quarts de finale et une demi-finale : c'est le bilan de cette génération qui, ces dernières semaines, a montré qu'elle avait du talent, de l'expérience et le sens du collectif. Pas le moindre éclat, beaucoup de solidarité, de sérieux, d'assiduité et de fantaisie. Le match contre la France est la première rencontre à enjeu au cours de laquelle les Belges ne marquent pas depuis l'arrivée de Roberto Martinez. Les deux autres fois où cela s'est produit, il s'agissait de matches amicaux (0-2 face à l'Espagne et 0-0 contre le Portugal). A la différence de ce qui s'était produit il y a quatre ans et deux ans, les Belges ont montré quelque chose. Ils possédaient l'équipe la plus offensive, la plus solide moralement (contre le Japon) et la plus belle (face au Brésil). Certains estiment que, hormis en matière de résultats, la Coupe du monde en Russie est monotone. Les grands pays et les grands joueurs ont été rapidement éliminés mais de nouveaux noms sont apparus. Celui de Mbappé, bien sûr, mais aussi Hazard, qui a démontré qu'il était un véritable meneur et qui, si la Belgique était allée en finale, aurait pu être élu Meilleur joueur du tournoi. Umtiti en a décidé autrement. Seront-ils bientôt équipiers ? C'est possible car, selon le journal catalan Sport, Barcelone envisage de faire une proposition. Courtois, dont les arrêts ont permis à la Belgique de rester dans le match jusqu'au bout mardi, pourrait également être élu Meilleur gardien du tournoi. Ce serait une satisfaction personnelle, même si on imagine qu'il aurait préféré soulever la coupe. En battant l'Angleterre, il y a deux semaines, les Diables ont choisi la voie la plus difficile. Ils ont dû affronter le Brésil et la France, deux pays considérés comme candidats à la victoire finale. Les Français sont toujours là mais le prix du public, ce sera pour les Diables Rouges et c'est une plume au chapeau de toute l'équipe, Roberto Martinez en tête. Avant le tournoi, il nous avait prétendu que l'équipe ne pourrait pas jouer aussi offensivement qu'en phase qualificative. Selon lui, il faudrait faire preuve de flexibilité tactique et compter sur le banc, surtout à partir des matches à élimination directe. Flexibles, les Diables l'ont été. Ils ont failli se faire hara kiri face au Japon mais ont exécuté un chef d'oeuvre contre le Brésil. Ils ont pu compter sur le poteau et sur un peu de chance mais chaque coach en a besoin. Le match contre la France fut une désillusion et pour une fois, le réalisme l'a emporté. Cette fois, le plan B n'a pas fonctionné. Aurait-il fonctionné si Martinez avait fait preuve de plus d'audace ? On ne le saura jamais. Certains joueurs vont désormais renoncer à l'équipe nationale, d'autres ont été testés ici et sont prêts. Boyata, Tielemans et Januzaj peuvent partir en vacances l'esprit tranquille. Dendoncker et T horgan Hazard doivent encore progresser. Les autres - Limbombe, Trossard, peut-être Edmilson et, si possible, quelques défenseurs - doivent travailler dur pour prendre les places qui se libéreront. Car comme le dit très bien Eden Hazard, la génération dorée devient vieille. Il faut préparer l'avenir. Après dix ans de solidarité et d'homogénéité, les Diables Rouges doivent muer. C'est ce que Deschamps fait avec la France, tout en obtenant des résultats. En sachant, bien entendu, que son réservoir de talent est encore bien plus grand. Avec Pavard, que Lille a vendu un peu vite parce qu'il ne donnait pas satisfaction dans l'axe de la défense, les Français ont découvert un nouvel arrière droit. Avec Mbappé, croisement entre Henry et Ronaldo, ils tiennent une nouvelle star. Mendy a 24 ans, Lemar pas encore 23, Tolisso, Kimpembe, Dembele, etc. sont encore jeunes et joueront déjà une finale de Coupe du monde dimanche. Sans compter ceux qui sont restés à la maison comme Martial, Colman et on en passe. La formation est excellente, c'est du luxe. Deschamps remplit son contrat : il prépare l'avenir en obtenant des résultats. Malheureusement, il ne produit pas toujours du bon football mais après '98 et 2006, la France joue une troisième finale. C'est la classe. Les Belges, eux, ont soigné le spectacle. Après la mésaventure de Lille, ils ont permis à la nation de vivre dans l'euphorie. C'est sur cette vague qu'il faudra continuer, avec de nouveaux noms et dans une nouvelle compétition, la Ligue des Nations. Un banc d'essai pour la nouvelle génération dorée. Même si elle n'a pas gagné la coupe, l'ancienne peut partir la tête haute : le syndrome de 1986 a disparu.