Affable et disponible, Savo Vucevic tient visiblement à se faire d'emblée apprécier dans son nouvel environnement. C'est à lui qu'il appartiendra de faire oublier Giovanni Bozzi, qui commençait à faire partie des meubles après 11 années de présence, et surtout de ramener le titre au Pays Noir.
...

Affable et disponible, Savo Vucevic tient visiblement à se faire d'emblée apprécier dans son nouvel environnement. C'est à lui qu'il appartiendra de faire oublier Giovanni Bozzi, qui commençait à faire partie des meubles après 11 années de présence, et surtout de ramener le titre au Pays Noir.Savo Vucevic: Le championnat de France, effectivement, fait partie des trois ou quatre meilleurs d'Europe. Lorsqu'Eric Somme m'a contacté pour la première fois, en mai, je n'étais pas très chaud. Je connaissais un peu le championnat de Belgique, car je venais voir jouer mon frère Boro lorsque j'en avais l'occasion, mais je n'avais qu'une vague idée de ce que représentaient les Spirous. Boro, qui a évolué dans des clubs belges moins ambitieux, ne connaissait lui aussi Charleroi que de l'extérieur. J'ai pris mes renseignements et Eric Somme a fini par me convaincre. Au-delà du championnat de Belgique, son ambition est de faire des Spirous une valeur sûre en Europe. C'est aussi la mienne. Il est trop tôt pour dresser un bilan après un mois de travail, mais mes premières impressions sont positives. Charleroi est un grand club qui, je l'espère, deviendra encore plus grand. Il y a de bonnes structures, une nouvelle salle et un potentiel-public de 6 à 7.000 spectateurs. Avez-vous beaucoup insisté pour que votre frère devienne votre assistant?Pas du tout. Je n'ai rien demandé. C'est une idée d'Eric Somme. Les valises de Boro étaient déjà prêtes, il avait l'intention de rentrer au Monténégro après avoir mis un terme à sa carrière. Je pense que cette nouvelle fonction lui plaira, et cette collaboration nous facilitera l'intégration à tous les deux. Non, je n'ai pas encore dû intervenir pour l'empêcher de monter sur le terrain! (il rit) Il a eu une belle carrière, mais tout a une fin et il l'a compris. 44 ans, c'est un âge très respectable pour arrêter de jouer. De ce point de vue, nous sommes un peu aux antipodes, car personnellement j'ai raccroché les baskets à 26 ans. Une blessure au genou m'a incité à prendre une décision qui, de toute façon, semblait inéluctable. Car, depuis l'âge de 20 ans, j'avais déjà en tête l'idée de devenir entraîneur. J'ignore si, comme joueur, j'avais moins de talent que Boro. Dans le club de Bar, où nous avons débuté tous les deux, on prétend que j'étais au moins aussi doué. Mais je n'aime pas parler de ce qui aurait pu se produire, si... Je préfère m'en tenir aux faits. Et les faits, c'est que vous êtes devenu entraîneur dans la pleine force de l'âge.J'estime que c'est un avantage de commencer tôt. Si l'on joue jusqu'au-delà des 35 ans, on ne trouve plus nécessairement l'énergie pour se reconvertir dans le métier d'entraîneur, qui est très exigeant également. Aujourd'hui, à 46 ans, je peux déjà me targuer d'une expérience de 20 années dans le coaching. J'ai pu tester différentes méthodes, tirer les leçons des erreurs commises. J'ai directement entraîné une équipe de Seniors, d'abord à Bar, puis dans une ville voisine à 25 kilomètres de là. J'ai aussi eu l'avantage de le faire en Yougoslavie qui, à l'époque, essayait de combiner la formation et la compétition. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas: on veut des résultats tout de suite et on néglige la formation. J'estime que l'on peut toujours améliorer les qualités individuelles d'un joueur, même à 30 ans. Un bon coach, à mes yeux, doit être pédagogue et psychologue, et surtout très humain. Il doit aimer ses joueurs.Sa femme est championne olympique de hand!Mon épouse fut championne olympique de handball à Los Angeles et termina encore 4e à Séoul. Elle a reçu une proposition du club champion de France: Gagny, en région parisienne. Au départ, c'était pour une demi-saison: de janvier à juin. Comme elle s'est d'emblée imposée, les dirigeants lui ont proposé un contrat de deux ans, qui sont devenus quatre ans. Elle a accepté à condition que l'on me trouve un boulot dans le basket. A Paris, ce n'était pas évident. Il n'y a que le Racing en Pro A et je ne pouvais pas être embauché tout de suite. On m'a trouvé une place à Bondy qui, à l'époque, évoluait en Nationale 3. J'étais jeune, je n'avais pas encore d'enfants, j'ai pris le risque. Les résultats ont suivi. Le club est monté de Nationale 3 en Pro B, c'est-à-dire de quatre divisions, mais ne pouvait pas - ou ne voulait pas - monter plus haut, faute de moyens financiers. Ce manque d'ambition m'a déçu, et après dix saisons et demie à Bondy, j'ai présenté ma démission. J'en ai profité pour me ressourcer pendant six mois et rendre visite à des amis en Europe.Ensuite, ce fut Cholet.J'avais un problème de diplôme en France. Il faut un diplôme BO2 ou BAC+4 pour entraîner un club français de Pro A, c'est quasiment le niveau universitaire. Pour un étranger, c'est presque impossible de l'obtenir. On a fait une exception pour Bozidar Maljkovic, parce qu'il avait été champion d'Europe avec Limoges. J'ai finalement obtenu le diplôme requis voici deux ans. Il n'y avait, dès lors, plus de barrière pour coacher en Pro A. Cholet est une équipe au passé glorieux, qui a côtoyé les sommets à l'époque d'Antoine Rigaudeau et de Jim Bilba. Mais aujourd'hui, le club n'a plus que le 11e budget du championnat de France et a dû composer son équipe en fonction de ses moyens. Je n'avais pas un joueur de deux mètres dans le cinq majeur. Beaucoup de gens étaient sceptiques. Mais je crois dans le travail, et après un départ difficile, nous avons réalisé une série de 15 victoires d'affilée pour échouer en demi-finales des playoffs. Avant cela, nous avions perdu six matches sur sept, soit en prolongation, soit d'un point. Il nous manquait, je pense, un joueur capable de gérer intelligemment les fins de matches. J'ai alors remplacé un joueur intérieur par un meneur de jeu expérimenté de 35 ans. D'aucuns m'ont traité de fou: je diminuais encore la moyenne de taille de l'équipe alors qu'elle était déjà la plus basse du championnat. Ce fut pourtant un choix judicieux: ce distributeur nous a enfin permis d'émerger dans le money time. Les ambitions étaient grandes pour les playoffs. En quarts de finale, nous avons pris aisément la mesure de Dijon. Puis, du jour au lendemain, l'équipe s'est retrouvée décapitée: deux joueurs se sont blessés et notre ailier américain est rentré aux Etats-Unis au chevet de sa grand-mère malade. Dans ces conditions, nous n'avions aucune chance contre Villeurbanne. J'ai tout de même quitté Cholet sur un heureux événement: mon troisième enfant, un garçon, est né là-bas le 3 juin. Il devrait me rejoindre cette semaine à Charleroi, avec ses deux soeurs, âgées de 9 et 6 ans.Tout est important en basketSur tout. Le basket est très complexe et on ne peut pas se limiter à un seul aspect. Je suis adepte d'une bonne défense et d'un jeu rapide. Mais, pour le pratiquer, il faut aussi être bien préparé physiquement. Je suis aussi très attentif à l'état d'esprit et à la mentalité. Lors du recrutement d'un joueur, je m'attarde davantage sur cet aspect-là que sur les statistiques. J'insiste beaucoup sur l'amour du maillot. L'intérêt collectif doit toujours primer sur l'intérêt individuel. Enfin, je veux que mon équipe pratique un jeu qui plaise au public. Les gens qui payent leur place viennent voir un spectacle. La philosophie du basket yougoslave a toujours été d'inscrire un panier de plus que l'adversaire... mais c'est plus facile à réaliser lorsque l'on défend bien.Parmi les nouveaux joueurs de Charleroi, deux ont été choisis par vous: André Riddick et Vladimir Kuzmanovic.Il nous fallait un n°5. Au départ, le club avait envisagé d'engager un joueur communautaire à ce poste. J'avais proposé deux joueurs yougoslaves: l'un a préféré opter pour Zagreb et l'autre pour Berlin. Mon premier choix étranger était André Riddick. Je le connaissais de l'époque où il évoluait à Dijon et à Paris. A deux reprises, il a été le meilleur contreur du championnat. Une année, il fut aussi le meilleur rebondeur, et l'année suivante, le deuxième rebondeur. Un joueur de ce type représente une base pour développer le basket que j'affectionne. Avec Vladimir Kuzmanovic, qui a participé durant trois saisons à l'Euroligue avec Podgorica, j'ai recruté l'extérieur dont l'équipe avait besoin. C'est un joueur complet, qui a beaucoup d'expérience et qui devrait se fondre à merveille dans le collectif.En fin de saison dernière, Charleroi envisageait l'engagement d'un distributeur américain. Finalement, le club a enrôlé Roel Moors et se retrouve avec trois meneurs de jeu belges.Marcus Faison avait été engagé avant la signature de mon contrat. J'ai cautionné ce transfert: c'est un ailier qui a fait ses preuves à Pepinster et qui est animé d'un excellent esprit. Au centre, avant l'engagement d'André Riddick, le club avait l'intention de miser sur le Congolais Didier M'Benga. Les deux places d'étrangers étaient donc déjà prises. Mais peu importe. Je ne vois pas pourquoi il faut à tout prix un meneur de jeu US. C'est devenu une mode en Belgique, mais je me fiche de la mode. Je ne me fie qu'à mes convictions, et pour l'instant, je suis satisfait des joueurs qui ont été mis à ma disposition. Jacques Stas, David Desy et Roel Moors ne doivent pas faire de complexes vis-à-vis des distributeurs américains. A ceux qui me disent qu'ils sont moins rapides ou moins puissants, je réponds qu'ils sont peut-être plus intelligents ou plus collectifs. Jacques Stas peut aussi jouer comme n°2. Les trois joueurs ne seront pas de trop. Lorsque l'équipe est formée, j'aime la conserver jusqu'au bout et faire en sorte qu'elle monte en régime au fil de la saison.L'objectif, outre le titre, sera-t-il de réaliser un coup sur la scène européenne?Personne ne m'a imposé d'objectif. Mais Charleroi n'a plus été champion depuis trois ans. Je suppose donc que l'envie de récupérer avec la première place est grande. Nous viserons le titre, sans pression excessive, mais avec la volonté de réussir. Daniel Devos"Je voulais devenir entraîneur à 20 ans"