Il est arrivé en retard mais règle l'addition. Et lors de sa dernière interview, on avait eu droit aux pâtisseries marocaines préparées par sa maman. Majid Oulmers est définitivement un joueur attachant et accueillant. Sur le terrain, il râle, s'accroche aux basques de ses adversaires et commet parfois des petites fautes. C'est la fonction qui le veut. Lui qui recevait les coups des défenseurs, incapables de l'arrêter sans triturer ses chevilles, a appris à les rendre. Un peu comme le braconnier devenu garde-chasse. C'est son nouveau rôle de pare-chocs défensif qui l'impose. " Mais franchement, je ne fais pas beaucoup de fautes. Tu peux regarder. A chaque fois que je prends une carte jaune, c'est pour rouspétance ", se défend-il.
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Il est arrivé en retard mais règle l'addition. Et lors de sa dernière interview, on avait eu droit aux pâtisseries marocaines préparées par sa maman. Majid Oulmers est définitivement un joueur attachant et accueillant. Sur le terrain, il râle, s'accroche aux basques de ses adversaires et commet parfois des petites fautes. C'est la fonction qui le veut. Lui qui recevait les coups des défenseurs, incapables de l'arrêter sans triturer ses chevilles, a appris à les rendre. Un peu comme le braconnier devenu garde-chasse. C'est son nouveau rôle de pare-chocs défensif qui l'impose. " Mais franchement, je ne fais pas beaucoup de fautes. Tu peux regarder. A chaque fois que je prends une carte jaune, c'est pour rouspétance ", se défend-il. Cela fait six ans que Magic Oulmers défend les couleurs de Charleroi. Et comme une envie d'ailleurs, c'est à Bruxelles qu'il nous reçoit. Près de la Gare du Midi dans un restaurant égyptien, Le Nil. Thé à la menthe et nourriture saine. Il vit comme un pro et prend soin de lui. Il suffit de voir sa silhouette, qui s'est transformée au fil des ans et des heures de musculation : " Je m'y suis mis après ma première longue blessure. Je n'avais rien d'autre à faire. Et puis j'y ai pris goût. Aujourd'hui, je passe tous les soirs à la salle. A n'importe quelle heure ! Lors de ma dernière rééducation à Capbreton et à Monceau, cela m'arrivait de travailler le renforcement musculaire de 9 h à 16 h. A un certain niveau, il faut être puissant. Surtout pour le poste que j'occupe. Les contacts deviennent plus durs. Tu dois savoir tenir sur tes jambes. " Six ans au Pays Noir, alors qu'on le voyait rester six mois. Six ans de gestes d'artistes entrecoupés de longues blessures. Six ans qu'on dit de lui qu'il mériterait une meilleure équipe. " C'est le destin ! Je n'ai jamais connu de pépins musculaires mais à chaque fois que j'étais en grande forme, j'ai eu de grosses blessures. Celle que je me suis occasionnée en sélection nationale contre le Burkina Faso m'a valu neuf mois d'arrêt et un an pour retrouver le rythme. A l'époque, j'avais inscrit quatre buts en cinq matches. Malgré ma blessure, Charleroi a fait le geste de me proposer un nouveau contrat de trois ans. Vu ma position, je me trouvais dans l'obligation de signer car je ne savais même pas si j'allais un jour rejouer au football ! Il y a un an et demi, on m'avait cité au Standard mais cela ne s'est pas fait. Il n'y a pas eu d'accords entre les deux clubs. Ça aussi, c'est le destin ! Je préfère rester positif. Au départ, on cherche toujours à faire une grande carrière mais le destin nous oriente. Je ne peux rien regretter : j'ai fait les efforts nécessaires pour aller le plus haut possible mais j'ai été barré par les circonstances. Cependant, il n'y a pas que du négatif : j'ai connu de bons clubs, une sélection et les Jeux Olympiques. "Il évoque ce fameux destin qui du rêve de sa première sélection en décembre 2004 en a fait un cauchemar : " J'ai tiré un trait sur la sélection marocaine. Complètement. Sans aucun regret. Je suis encore la génération actuelle. Je connais les Marouane Chamack, Youssouf Hadji ou Nabil El Zhar de Liverpool mais je ne ressens aucun pincement au coeur. Le destin a voulu que je ne porte qu'une fois le maillot de la sélection. Tout est oublié. Sauf le comportement de la Fédération marocaine. Cette blessure m'a fait perdre pas mal de primes avec Charleroi et la Fédération n'a même pas daigné me verser la prime de ce match amical suite au conflit juridique. Elle ne s'élevait qu'à 500 euros mais j'en faisais une question de principe. " Ce même destin, en lui fracturant la jambe, l'a cependant sauvé des ravages du tsunami puisqu'il avait réservé ses vacances en Thaïlande dans un hôtel détruit par la catastrophe. " Je suis retourné dans le même hôtel un an plus tard. Tout avait été retapé. Il y avait même des photos du tsunami dans les WC ". A 30 ans, Oulmers peut commencer à regarder dans le rétroviseur. " Il y a l'âge... Je le sens. Je ne croyais pas ceux qui me disaient qu'à partir de 28 ans, tu devais veiller à manger sainement, à dormir tôt. Or, quand je n'arrive pas à m'endormir, je le sens le lendemain à l'entraînement. Après un match, je mets deux à trois jours pour récupérer pleinement. "De lui, on retiendra aussi ses blessures. Cette saison a encore été émaillée d'un long arrêt : ligament latéral interne du genou gauche. Six mois d'indisponibilité. " J'avais bien débuté le championnat. Puis, à Gand, au mois d'août, j'ai ressenti une gêne au genou. Je ne pensais pas que c'était si grave mais on m'a dit que cela était dû à l'usure. Ce sont les risques du métier ! " Depuis son retour, le Sporting va mieux. Aux côtés d' Adlène Guédioura dans un poste axial qu'il apprécie, il revient à son niveau. " Je suis revenu en forme. Généralement, après une longue blessure, tu connais un coup de mou. Moi, je n'ai pas vécu ce creux. Mon meilleur niveau ? Lorsque j'ai été blessé en sélection. Je n'ai jamais retrouvé cette forme-là. " Pourtant, sur le terrain, rien n'y paraît. Depuis son retour, ce sont des kilomètres avalés et déjà deux buts (avec chaque fois la victoire à la clé) dont celui qui aura marqué les esprits contre le Standard. " Je marque un peu plus car je me retrouve plus souvent dans une situation de but. Dans l'axe, je suis plus libre. Je peux aller sur la gauche, la droite, vers l'avant, l'arrière. En homme libre. Cependant, je ne suis pas le messie. C'est un tout. On joue pour le collectif. Avant, chacun faisait son numéro. Maintenant plus. Avec John Collins, j'apprends tous les jours. Il n'aime pas que l'on dégage et veut que l'on reparte toujours au sol. Naturellement, c'est un jeu qui me convient ! On dit toujours que Charleroi développe du beau jeu contre les grands mais pas contre les petits clubs pourtant on n'a pas perdu pendant cinq rencontres. On a gagné en régularité et on se montre moins fébrile. Heureusement car c'est inadmissible pour un groupe comme le nôtre de se battre contre la relégation. " Son retour au premier plan lui redonne une certaine ambition. L'année prochaine, il entamera sa dernière année de contrat. Se posera alors un fameux dilemme : un renouvellement de bail l'amenant à finir sa carrière à Charleroi ou une découverte de nouveaux horizons. " On peut se poser la question. Il va falloir réfléchir. Je suis encore ambitieux et tout dépendra des événements et du projet sportif mis en place par Charleroi. La durée et la stabilité, c'est bien mais chaque joueur cherche toujours à aller plus haut. "Le thé est terminé. Il est temps de le laisser profiter du rayon de soleil. La prochaine fois, il nous a promis une pâtisserie marocaine de sa maman. On parlera football et peut-être un peu reconversion. " L'année prochaine, je commence mes diplômes d'entraîneur ", conclut-il. par stéphane vande velde- photos: reporters/ gouverneur