Dilemme depuis un bout de temps : je tais ou je narre ? Tout bien pesé, je vais narrer : ça fait plus de 30 ans que j'essaie de conter franchement ce qui me passe footeusement par la tête ou les tripes, y'a pas de raison d'esquiver ce coup-ci. Alors voilà, c'est assez simple : ma baraque a cramé dans la nuit du 1er au 2 janvier, Bonne Année, Bernard ! Sinistre total comme ils disent, face à moi comme un con et en pyjama : ça brûle, ça s'effondre et ça finit sous eau, vu que les braves pompiers sont plus fortiches pour tout arroser sur le tard que pour étouffer les flammes dare-dare... D'accord, y'a pas eu mort d'homme, ni de femme d'ailleurs, et c'est sûrement pire d'être un cul-de-jatte ou un migrant, ou de soudain se ramasser une saloperie qui va vous mettre six pieds sous terre à brève échéance. Voir sa maison carbonisée, c'est comme chantait Serge Reggiani : On n'en meurt...

Dilemme depuis un bout de temps : je tais ou je narre ? Tout bien pesé, je vais narrer : ça fait plus de 30 ans que j'essaie de conter franchement ce qui me passe footeusement par la tête ou les tripes, y'a pas de raison d'esquiver ce coup-ci. Alors voilà, c'est assez simple : ma baraque a cramé dans la nuit du 1er au 2 janvier, Bonne Année, Bernard ! Sinistre total comme ils disent, face à moi comme un con et en pyjama : ça brûle, ça s'effondre et ça finit sous eau, vu que les braves pompiers sont plus fortiches pour tout arroser sur le tard que pour étouffer les flammes dare-dare... D'accord, y'a pas eu mort d'homme, ni de femme d'ailleurs, et c'est sûrement pire d'être un cul-de-jatte ou un migrant, ou de soudain se ramasser une saloperie qui va vous mettre six pieds sous terre à brève échéance. Voir sa maison carbonisée, c'est comme chantait Serge Reggiani : On n'en meurt pas mais ça vous tue... Bilan footeux, donc. Des dizaines de cassettes ou DVD, enregistrés ou préenregistrés : histoire du foot, matches, buts, émissions/télé, enquêtes, ...en fumée ! Des centaines de bouquins autour du ballon rond, j'aimais tant les traquer : annuaires, biographies, stats, tactique, Lois du Jeu, le foot comme phénomène économique, esthétique, politique, romanesque, poétique, sociétal, ...même philosophique quand j'arrivais à piger ! Demeurent quelques rescapés, pas mal de cramés, énormément de tout mouillés dont les pages gondolées pueront la suie si j'arrive à les sécher puis décoller les pages ! Y'avait aussi tous mes bouquins d'entraînement, j'ai quand même coaché une vingtaine de saisons en provinciales, ça en faisait des fiches et du papier ! Surtout que je stockais comme un malade : c'était des dossiers par saison, j'y notais les absences/présences aux entraînements, les temps de jeu, je pouvais retrouver les compos des deux équipes, les extraits de presse dans L'Avenir du Luxembourg, le schéma de jeu d'un match qui avait eu lieu à la 14e journée de championnat de la saison 1993/94... J'ai aussi pondu jadis un bouquin sur les Lois du jeu, lequel avait nécessité des tas de recherches sur le foot depuis le XIXe siècle, pour comprendre l'évolution des textes de loi sur le hors-jeu, la faute de main, l'intentionnalité, le tackle, la rentrée en touche, le coup de coin, l'obstruction et toute la clique... Là, la perte est méga-moche : j'ai recherché et collectionné par année la mise à jour annuelle des sacro-saintes Lois du jeu : depuis les ébauches des environs de 1850 jusqu'à nos jours ! Je n'avais pas toutes les années mais j'en avais pas mal : vais-je retrouver quelques vestiges dans les décombres ? ... Surtout que les archives ne s'arrêtaient pas là. J'en étais au 4e cahier de notes en vrac, sur ces jolis carnets gris toilés Aurora à bord rouge : dès qu'un petit fait footballiste me traversait l'esprit, je notais : peur d'oublier, projet d'exploiter un jour... Par ailleurs, j'étais un arracheur/imprimeur compulsif : quand un truc lu m'intéressait, j'arrachais la page ; dès que j'en lisais un sur le Net, j'imprimais. Ça devait bien faire une centaine de dossiers thématiques d'épaisseurs et contenus variables : les gauchers, le foot féminin, les bandes dessinées, les films, la moyenne de buts et la manière de les inscrire, les hooligans, les polémiques arbitrales célèbres, la victoire à 2 ou 3pts, l'affaire Bosman, les quotas d'étrangers, le foot en peinture, les intellos anti-foot, et des tas d'autres... J'ajoute enfin qu'outre moult vieilles revues, je conservais, par paquets reliés annuellement, France-Football depuis les seventies et Foot Mag depuis les débuts sportifs de Roularta en 1982... Ironie du sort, me restent deux paires de godasses de foot, intactes parce que rangées dans une annexe à part : deux paires qui me font une belle jambe, vu que j'arrive à un âge où l'on devient ridicule à vouloir encore taquiner le ballon... Bref, tout ce papier cramé/noyé doit bien faire de moi le sinistré de Belgique le plus atteint footeusement... Ça me va loin et en même temps, je m'en fous complètement : si l'on m'avait donné le choix, j'aurais cramé moi-même tout mon bazar de foot au milieu de mon jardin, si ça m'avait permis de conserver ma baraque et tout le reste. Tout ce non-foot qui me rôdait autour depuis si longtemps, et que j'aimais d'un autre amour. Bon, ça suffit comme ça, merci à toi, lecteur, tu viens d'un peu m'exorciser, ça m'a fait du bien d'en causer.