Il est 12h45, ce dimanche, sur la Place de la Gare à Alost. Un bus à double étage attend ses passagers : des supporters de l'Eendracht Alost, en partance pour Sibret, en province du Luxembourg. " Nous avons enregistré une centaine d'inscriptions ", précise MichelMarkey, le président du club de supporters Black &White. " Il y a aussi quelques voitures individuelles. Ce n'est pas mal, si l'on prend en considération le fait que l'adversaire est un club de 2e Provinciale dont le nom ne parle pas nécessairement au grand public. Par contre, si nous franchissons ce tour, nous nous rendrons au FC Liège. Et là, je m'attends à la grande foule... "
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Il est 12h45, ce dimanche, sur la Place de la Gare à Alost. Un bus à double étage attend ses passagers : des supporters de l'Eendracht Alost, en partance pour Sibret, en province du Luxembourg. " Nous avons enregistré une centaine d'inscriptions ", précise MichelMarkey, le président du club de supporters Black &White. " Il y a aussi quelques voitures individuelles. Ce n'est pas mal, si l'on prend en considération le fait que l'adversaire est un club de 2e Provinciale dont le nom ne parle pas nécessairement au grand public. Par contre, si nous franchissons ce tour, nous nous rendrons au FC Liège. Et là, je m'attends à la grande foule... " Michel attend aussi de voir quel visage présentera la nouvelle équipe. " Elle a été presque totalement renouvelée, avec beaucoup de jeunes joueurs. Offensivement, il y a beaucoup de talent individuel. De là à dire que cela formera un ensemble performant, je n'ose pas encore me prononcer. " La saison dernière, Alost avait loupé de peu la promotion en première division amateur. L'Eendracht s'était imposé 1-3 à La Louvière, mais s'était incliné 0-5 au mach retour. " La direction parle de jouer le haut du tableau mais je n'ai encore entendu personne prononcer le mot champion ", tempère Michel. Du côté de Sibret, un petit club de P2 luxembourgeoise de l'entité de Vaux-sur-Sûre, entre Bastogne et Neufchâteau, les ambitions sont tout autres. On est déjà tout étonné de se retrouver au deuxième tour de la Coupe de Belgique. Au tour précédent, l'équipe avait sorti Longlier, qui évolue deux divisions plus haut, à l'issue d'une séance de tirs au but épique : 4-3. " Et pourtant, nous n'avons pas été spécialement adroits ", se souvient le vice-président ManuLéonard. " Deux de nos envois ont abouti, non pas au-dessus du but, mais carrément au-dessus du filet de protection derrière le but. Heureusement, notre gardien NicolasHartman a détourné trois envois. Nous étions menés 0-1 jusqu'à trois minutes de la fin, avant d'égaliser. Incroyable. " Alors, accueillir Alost, c'est déjà le match de l'année, voire de l'histoire du club. Même si Sibret a déjà accueilli... Anderlecht, il y a tout juste trois semaines, et s'était incliné 0-4. Mais c'était en Dames. Ce match a une histoire. Sibret le doit à DidierDeSmedt, l'un des HérosduGazon. Pour les besoins de la série télévisée, l'équipe masculine d'Yvoir B avait affronté l'équipe féminine d'Anderlecht, au stade du Pays de Charleroi. Et cet été, les Bruxelloises étaient à la recherche d'un match de préparation face à une équipe de 2e Nationale (le troisième échelon, après la Superligue et la 1re Nationale). De Smedt les a mises en contact avec Sibret. Le Wallonia Club Sibret possède, en effet, une équipe féminine relativement performante qui est entraînée par...notre chroniqueur BernardJeunejean. Ce qui fait dire à Manu Léonard : " Le niveau national, on y est plus ou moins habitué. " Mais accueillir Alost, c'est du jamais vu. " Nous avons eu une réunion préalable avec la police, qui a préconisé l'installation de barrières Nadar ", poursuit Manu Léonard. " Il a aussi fallu prévoir un emplacement pour garer les bus de l'équipe et des supporters d'Alost. En temps normal, nous accueillons une cinquantaine de personnes, tout au plus. Ce dimanche, l'assistance a quintuplé. Nous avons aussi accueilli une équipe de TVLux, la télé locale. Généralement, la télé vient surtout pour les Dames. " Deux terrains - un pour l'entraînement, un pour la compétition - mais pas de tribune. En revanche, il y a une cafétéria assez récente. On y sert de la Trouffette : une cuvée spéciale créée à l'occasion du 50e anniversaire du club, il y a deux ans. A 14h30, l'équipe d'Alost est déjà en reconnaissance sur le terrain. Les joueurs et le staff se sont arrêtés à Namur pour déjeuner. L'entraîneur DirkGeeraerd a tenu à emmener tout son groupe. Y compris BrunoBaras, pourtant suspendu à cause d'un carton rouge dont il a écopé lors du dernier match de la saison dernière, lorsqu'il évoluait encore avec Zele. Formé à Anderlecht, Baras (24 ans aujourd'hui) était considéré à l'époque par JohanWalem comme l'un des plus grands talents de Neerpede. " J'ai sans doute été placé trop tôt sur un piédestal et j'ai été rapidement confronté à l'argent facile ", regrette- t-il. " A 15 ans, je jouais déjà avec les U21. Le problème, c'est que cinq ans plus tard, j'y étais toujours. Walem, qui faisait de la post-formation, aurait voulu que je sois intégré au noyau A, mais AriëlJacobs a refusé. Je suis sans doute né quelques années trop tôt : Anderlecht n'avait pas encore adopté la politique actuelle, qui vise à miser sur les jeunes de Neerpede. J'ai vu arriver les DennisPraet, les YouriTielemans, mais moi, j'ai attendu aux portes de l'équipe Première et celles-ci ne se sont jamais ouvertes. Pour m'offrir du temps de jeu, on a trouvé la solution d'un prêt au Brussels. Je suis parti au stade Edmond Machtens en compagnie d'AbdoulayeSeck. JohanVermeersch nous surnommait lesdeuxbrocolis. Peu importe, on connaît son langage. Le pire, c'est que je me suis retrouvé au milieu de joueurs qui se mettaient en grève parce qu'ils n'étaient pas payés. Moi, j'avais 19 ans et je demandais juste à jouer. J'ai appris, par la suite, que le White Star était aussi intéressé par un prêt. Cela m'aurait plu. Le White Star était entraîné par FeliceMazzu. Il avait travaillé avec mon frère et me connaissait. Mais Anderlecht ne m'a jamais fait part de cet intérêt. Le Sporting était redevable au Brussels pour le transfert de DaliborVeselinovic, et Seck et moi avons servi de monnaie d'échange. " Baras n'a jamais retrouvé le haut niveau : il a joué à l'Union Saint-Gilloise, à Saint-Trond, à Waterloo (où il a même évolué avec la P4) et la saison dernière à Zele. " Ce passage à Zele m'a permis de m'habituer à la mentalité flamande. C'était une bonne transition avant de venir à Alost. Ici, je découvre un club où les supporters sont passionnés et très chauds. Au premier entraînement, ils ont déjà lancé des fumigènes. Footballistiquement, nous tenons la route, mais au niveau du physique et de l'expérience, c'est autre chose, surtout dans une série de D2 Amateur qui promet d'être assez virile. " Un autre ancien Espoir qui n'a pas totalement réussi à percer est, lui, sur le banc : légèrement blessé, Wannes Van Tricht a été laissé au repos par l'entraîneur Dirk Geeraerd par mesure de précaution. Il entrera au jeu pour le dernier quart d'heure. Jusqu'à l'été 2015, Van Tricht n'avait jamais connu d'autre club que Malines. " J'ai joué 16 ans là-bas ", rappelle ce joueur originaire de Kortenberg, entre Bruxelles et Louvain. " A 17 ans j'ai intégré le noyau A. Mais là, c'est devenu plus compliqué (NDLR : surtout lors de l'arrivée d'AleksandarJankovic, affirme son manager GuntherThiebaut). Mon horizon s'est bouché, et j'ai trouvé un accord avec la direction pour rompre mon contrat. C'est ainsi que j'ai pu m'engager, le 20 septembre, avec Rupel Boom. Les débuts en D3 ont été difficiles. Pendant un mois, j'ai dû jouer avec les Espoirs. J'étais resté trop longtemps inactif et je manquais de rythme. J'avais aussi pris un coup au moral : quitter mon club de toujours a été dur à encaisser. Progressivement, j'ai repris le dessus. J'ai vécu comme un moine, j'ai travaillé mon corps, car on me considérait trop frêle et j'ai bien terminé la saison, ce qui m'a valu ce transfert à Alost. A 22 ans, je n'ai pas abandonné l'idée de retrouver un jour l'élite, mais je sais que ce sera compliqué. " KennyVanHoevelen, lui, est également sur le banc. A 32 ans, cet autre ancien de Malines est l'un des rares joueurs d'expérience de l'effectif alostois. A l'exception du gardien et capitaine KevinVandenNoortgaete, tous les joueurs alignés sont nés après 1992. Parmi ceux-ci, un tout jeune milieu défensif de 18 ans, arrivé des Espoirs du Standard deux jours plus tôt : BrianMarmitte. Une photo de famille entre les 22 joueurs, pour le souvenir, et le match peut commencer. Eendrachtvooruit, chantent les supporters flandriens, nettement plus nombreux que les locaux. Les Luxembourgeois, qui souffrent physiquement et techniquement, tiennent bon pendant 25 minutes, puis le match bascule. FalkoGeenens ouvre la marque, puis CédricMitu double la mise. Comme si cela ne suffisait pas, CorentinLockman écope d'un carton rouge à la demi-heure. Le match est déjà joué. Pourtant, KevinLebrun réduit l'écart d'une superbe frappe à distance qui se loge en pleine lucarne. " Et de mon mauvais pied ! ", précise-t-il. La frappe à distance, c'est la spécialité de ce joueur de 27 ans qui n'a jamais joué plus haut que la P1 et qui dispute sa première saison à Sibret. Il a déjà délivré sa carte de visite. Mais Sibry n'égalisera pas. Au contraire. Juste après la reprise, BigenYala-Lusala (lui aussi formé à Anderlecht) fait 1-3. Et Clément Dewalque se fait expulser à son tour. A neuf contre onze, la lutte est inégale. Yala-Lusala et Mitu inscrivent encore chacun deux buts pour fixer le score final à 1-7. Il en faut toutefois plus pour entamer la bonne humeur des joueurs locaux, fiers d'avoir affronté un adversaire prestigieux. La troisième mi-temps peut commencer...PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS BELGAIMAGE