"Ce 18 juillet restera gravé comme le jour où Paris a changé de dimension ", écrit Le Parisien le lendemain de l'annonce officielle du transfert de Zlatan Ibrahimovic au PSG. En une ligne, le quotidien proche du club désormais phare de la Ligue 1 a résumé la nouvelle ère dans laquelle est entrée le PSG.
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"Ce 18 juillet restera gravé comme le jour où Paris a changé de dimension ", écrit Le Parisien le lendemain de l'annonce officielle du transfert de Zlatan Ibrahimovic au PSG. En une ligne, le quotidien proche du club désormais phare de la Ligue 1 a résumé la nouvelle ère dans laquelle est entrée le PSG. Pourtant, le changement ne date pas de ce 18 juillet mais du 6 mars 2011. Ce jour-là, Qatar Sport Investment (QSI) rachète 70 % des parts du club parisien (depuis lors, les Qataris ont racheté les 30 % restants). Derrière ce fonds d'investissement, se cache tout simplement le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, émir héritier du Qatar. Soit du lourd. Du très lourd. Du jour au lendemain, le PSG est donc rentré dans la galaxie de Manchester City et de Chelsea, autres clubs de nouveaux riches, qui ont grandi à coups de millions d'euros et qui sont parvenus, l'un à dominer l'Angleterre, l'autre à remporter la Ligue des Champions. " Sur le coup, on ne s'est pas vraiment rendu compte ", explique Luis Fernandez. " QSI a bien fait des promesses comme celle d'injecter 100 millions d'euros dans les transferts. Mais dans nos têtes, cela reste un fonds d'investissement comme Colony Capital, le précédent propriétaire, qui n'a pas tenu toutes ses promesses. " Pourtant, pas de nuage de fumée cette fois-ci. L'ambition est bien réelle. QSI nomme très vite au poste de directeur technique, l'ancien champion du monde brésilien et ancienne gloire du club, Leonardo, qui quitte son rôle d'entraîneur de l'Inter pour endosser le costume de grand décideur sportif. Des mains de l'émir, représenté par Nasser Al-Khelaifi, nommé président du PSG, Leonardo reçoit directement la garantie de pouvoir transférer jusqu'à satiété. Ce qui en langage footballistique signifie " sans limites ". Pourtant, si la Ligue 1 découvre l'ambition dévorante de ce nouveau monstre, elle n'en reste pas moins circonspecte et aussi un peu jalouse de celui qui étale sans vergogne sa plateforme financière et sa volonté de domination. Les dirigeants de Ligue 1 prennent très mal les propos de Leonardo qui fustige le comportement des joueurs français et le manque de professionnalisme des entraînements. " Faire juste des toros et tirer au but, cela ne suffit pas. Si la France perd une place à l'indice UEFA, c'est que cela ne marche pas ", affirme l'ancien joueur de l'AC Milan. " Au PSG, on a changé la méthodologie et on a eu six claquages. Mamadou Sakho, il avait trois kilos en trop mais il ne le savait pas. La base de travail chez les joueurs n'est pas là. " Les journalistes commencent aussi à s'agacer du comportement mystérieux de l'ancien gendre idéal. " Au départ, le côté beau gosse, affable et polyglotte de Leonardo passe très bien mais il s'est transformé en personnage secret ", explique le journaliste de France Football, Vincent Villa. " Par exemple, il a une secrétaire personnelle avec laquelle il arrange tous ses rendez-vous. Personne d'autre au club ne sait ce qu'il fait, ni où il est. " Point d'orgue de cet état d'esprit : le licenciement d' Antoine Kombouaréalors qu'il est en tête en décembre 2011. Pour beaucoup d'analystes, c'est le cynisme incarné, le pouvoir de l'argent et la perte de l'humanisme dans le football. Ce licenciement passe très mal, même si tout le monde admet que pour mener le PSG vers les sommets européens, Carlo Ancelotti est plus indiqué que Kombouaré. A partir de ce moment-là, toute la France du foot va soutenir le petit poucet Montpellier dans la course au titre. " En février, notre station radio a lancé un sondage consistant à savoir quel club l'auditeur voulait voir sacré champion. Le résultat fut éloquent : 75 % des votants ont préféré Montpellier ", explique Daniel Riolo, journaliste sportif à RMC. " A la fin de la saison, Leonardo m'a confié qu'il avait été surpris de voir à quel point le PSG était détesté. C'est un paramètre qu'il n'a pas bien mesuré. Désormais, il en tient compte. " Pour les médias français, le sacre de Montpellier a donc constitué une belle histoire. Celle du petit club, disposant d'un budget riquiqui (le 14e de L1) et dirigé par un personnage fantasque qui fait la nique aux costumes-cravates et aux pétrodollars. " C'est clair que la deuxième place du PSG a été vécue comme une honte pour le club parisien ", ajoute Riolo. " Mais quand on analyse objectivement ce classement, on doit bien admettre que cela ne constitue pas un échec. Tout le monde sait que toutes les formations qui se sont construites à coup de millions n'ont rien gagné la première année. Ni Chelsea, ni Manchester City. Une équipe, cela se forme. Dans les statistiques, le PSG n'a pas raté sa saison mais le club est tombé sur une excellente équipe de Montpellier. Les champions ont engrangé 82 points. Seul Bordeaux a fait mieux lors de la dernière décennie. Le PSG a terminé avec 79 points. Il faut remonter encore plus loin pour voir un second obtenir autant de points. Et les hommes d'Ancelotti ont inscrit 76 buts, meilleure attaque depuis 1980 !"Les dirigeants du PSG ont fait finalement une seule erreur depuis leur arrivée : leur manque de diplomatie et de tact, se traduisant souvent par un manque d'humilité. Dès son arrivée, Leonardo et Nasser Al-Khelaifi ont annoncé vouloir tout gagner dès la première saison. " A partir de là, chaque échec est vécu par tout le monde comme une petite victoire ", avoue Fernandez. " Ils ont humilié la Ligue 1, en croyant qu'il suffisait de paraître pour vaincre. Or, la L1 n'est pas un championnat évident. Il a sa propre spécificité. S'ils avaient montré plus d'humilité, tout le monde aurait souligné les bonnes choses mises en place et les bonnes performances de l'équipe. Au lieu de cela, on s'est davantage préoccupé des couacs, comme l'élimination en Europa League ou le limogeage de Kombouaré. "Le PSG a également pâti de son manque d'histoire. Rapidement, les plans de Leonardo ont été quelque peu modifiés par le manque d'attractivité de sa formation. L'argent peut acheter beaucoup de choses mais pas une histoire. En un an, il y a eu pas moins de 150 rumeurs de transfert. Les noms de Samuel Eto'o, Carlos Tevez, Gonzalo Higuain, Dimitar Berbatov, Pato et David Beckham ont circulé. Pour certains (Tevez, Pato et Beckham), des négociations ont même eu lieu. Mais au bout du compte, le PSG a dû se rabattre sur des seconds couteaux. Leonardo a surpayé l'attaquant de Palerme, Javier Pastore, dont le prix sur le marché ne s'élève pas à 20 millions. Le PSG a finalement dû déposer le double pour convaincre l'Argentin de signer. " Il y a un an, aucun grand joueur ne connaissait le PSG ", ajoute Riolo. " En dix ans, le club n'a disputé qu'une fois la Ligue des Champions. Normal donc que les stars réfléchissent à deux fois avant de s'engager dans ce projet. "Le mercato estival de 2011 est donc prometteur. Sans plus. En Ligue 1, cela détonne bien que cela ne cadre pas encore avec un cador européen. Le PSG attire Pastore, Jérémy Menez, Diego Lugano, Milan Bisevac, Blaise Matuidi, Mohamed Sissoko, Kevin Gameiro et Salvatore Sirigu. Par contre, le prix dépensé est déjà celui des grands clubs européens. Pour boucler son premier marché des transferts, le PSG dépose sur la table 81,2 millions d'euros. Six mois plus tard, le PSG ajoute Thiago Motta, Alex et Maxwell, soit 19 millions d'euros. Des noms mais pas des stars. Maxwell et Alex viennent respectivement de Barcelone et Chelsea où ils ne sont plus titulaires. " Le mercato de la saison dernière n'a pas toujours été maitrisé ", dit Villa. " Il n'y a pas eu de ligne directrice et cela a semblé fait à la va-vite. Les dirigeants ont beaucoup essayé mais ont finalement empilé les défenseurs centraux pour sauver la face. Au bout du compte, Lugano est un échec et Alex n'a pas fait que des grands matches. " Pourtant, en un an, le PSG est passé de Fabrice Pancrate à Pastore, de Sammy Traoréà Alex ! Ce 18 juillet sonne donc la réelle entrée du PSG dans la galaxie des stars. " Je fais partie d'un Dream Team ", s'est extasié Ibrahimovic. " Ici, c'est le futur. Je vais jouer avec les meilleurs joueurs du monde. Qui ne voudrait pas faire partie de cette équipe ? " En officialisant coup sur coup les arrivées d'Ibrahimovic, considéré comme le troisième meilleur joueur du monde derrière le duo Messi-Ronaldo, et de Thiago Silva, cité parmi les meilleurs défenseurs du monde, Leonardo a fait taire toutes les critiques. Désormais, son club compte un des joueurs les mieux payés au monde : en touchant 12,5 millions par an, Ibrahimovic obtient un meilleur salaire que Messi (10,5 millions) et seul Ronaldo le toise encore du haut de ses 13 millions. Et en déboursant 42 millions pour Thiago Silva, le PSG a quasiment battu le record du défenseur le plus cher du monde ( Rio Ferdinand acheté par Manchester United pour 46 millions d'euros à Leeds). Sans oublier la première recrue estivale, Ezequiel Lavezzi, acheté pour 30 millions. " Ils ont cherché leurs stars pendant plusieurs mois. Désormais, ils les ont ", explique l'ancien président du PSG, Charles Biétry, aujourd'hui aux commandes de la nouvelle chaîne, BeIn Sport. " Certains ont dit il y a quelques mois que ces stars ne viendraient jamais en France. Le PSG a prouvé le contraire et est entré dans la cour des grands. A partir de maintenant, cela sera beaucoup plus facile de convaincre un grand joueur de venir à Paris. De plus, on a reproché au PSG de n'être que dans le court terme. En acquérant Marco Verratti, ils ont préparé l'avenir. Sur le plan marketing, les dirigeants parisiens ont également peaufiné leur stratégie. Grâce aux arrivées de Lavezzi, Thiago Silva et Ibrahimovic, ils renforcent leur présence sur le marché argentin, brésilien et scandinave. " Les télévisions scandinaves se sont d'ailleurs déjà renseignées sur le prix de la L1 auprès d' Al Jazeera, détentrice des droits TV. " Désormais, le PSG a tout pour gagner ", conclut Riolo. " Les joueurs doivent simplement montrer qu'ils croient au projet et s'y investir. Il faut simplement faire en sorte que de cette enfilade de stars naisse une aventure humaine. "Maintenant que les stars sont là, le PSG ne peut plus se louper. Avec 200 millions d'euros de budget (hors transferts), le club parisien est appelé à survoler le championnat. " Dans le climat actuel d'austérité, le PSG constitue un peu l'oasis dans le désert ", explique Villa. " Lyon et Marseille n'ont plus un rond. C'est triste et pathétique même. "Du coup, on ne voit pas bien qui pourrait s'accrocher aux basques des Parisiens et leur contester un titre promis d'avance. D'autant plus que Montpellier a vendu Olivier Giroud, son attaquant vedette et que les miracles n'ont pas lieu chaque année. En plus, Lille doit désormais composer sans Eden Hazard. " Les Parisiens sont partis pour dominer la Ligue 1 pendant des années mais pourquoi craindre cela ? S'est-on plaint de la domination de Lyon pendant sept ans ", dit Fernandez. " Enfin, la France va avoir un club capable de remporter dans les années à venir la Ligue des Champions. Qui aurait cru cela il y a un an et demi ? Cela va améliorer l'indice UEFA et tous les autres clubs français pourraient en profiter. Par contre, si le PSG termine avec 20 points d'avance, le championnat risque de devenir ennuyant. Ce ne sera pas bon pour le public, ni pour les Parisiens. Ils ne seront plus habitués à devoir se battre pour gagner et lorsqu'ils devront le faire en Ligue des Champions, ils n'en seront peut-être plus capables. " Si certains estiment que le rayonnement de Paris ne peut que se propager sur toute la Ligue 1, d'autres sont encore un peu sceptiques. C'est le cas du président de Lille, Michel Seydoux, qui voudrait que le PSG achète davantage en France, afin que l'argent qatari profite à tous les clubs de Ligue 1. Politique suivie par Lyon pendant les années 2000. Cependant, Leonardo, échaudé par le comportement des joueurs français, qui, selon lui, manquent de rigueur et se prennent vite pour des stars, et renforcé dans ses convictions par les agissements de certains Bleus lors de l'EURO, préfère pour le moment se servir ailleurs. Du côté des supporters parisiens, si on se félicite d'avoir une équipe compétitive, certains craignent une perte d'identité. " Pour le moment, pour caricaturer, Paris a une équipe de Serie A, des dirigeants qataris, et un directeur sportif brésilien ", affirme Villa, " C'est un peu devenu la World Company. La politique sécuritaire imprimée par le président Robin Leproux avait déjà modifié la composition du public mais la hausse des tarifs va achever le processus. Avant, il y avait vraiment une identification entre le club, le stade et son public. Aujourd'hui, le club a changé, le public aussi et les heures du Parc des Princes sont comptées. Le PSG des années 80 et le temps où le président Francis Borelli embrassait la pelouse est bien loin. Le PSG des années Canal +, plus paillettes, dégageait encore quelque chose. Là, il ne dégage plus rien. C'est un peu froid. " " Je ne pense pas que la politique des Qataris va dénaturer le club ", nuance Riolo, " Dès sa création par Daniel Hechter, le PSG a rassemblé le monde du showbiz. La première conférence de presse a eu lieu au Fouquet's ! Hechter est à l'époque le couturier à la mode, à l'image d'Armani aujourd'hui. La femme de Johan Cruijff s'habille en Hechter et le grand joueur néerlandais a d'ailleurs failli aboutir au PSG. Puis est arrivée l'époque Canal +, lorsque les joueurs étaient invités dans des émissions de showbiz comme Nulle part ailleurs. Finalement, c'est la traversée du désert des années 2000 qui ne cadre pas avec l'histoire du club. En 2000, le PSG a lancé une grande campagne intitulée PSG banlieue et a transféré Peter Luccin, Nicolas Anelka et Stéphane Dalmat. Cela a complètement foiré. Le PSG est certes populaire dans les banlieues mais peut-on pour autant dire que c'est un club particulièrement populaire ? Je ne crois pas. Même dans le 93, le département de Seine Saint-Denis dans la banlieue de Paris, Marseille compte plus de supporters que le PSG !" Le PSG a toujours été détesté par la majeure partie de la France, conséquence du centralisme français opposant sans cesse capitale et province. " A l'époque Canal +, le club n'est pas non plus aimé ", se souvient Riolo. " En grande partie parce que les matches de l'épopée européenne sont retransmis sur la chaîne payante alors que ceux de Marseille passent sur TF1. " Ce phénomène n'est donc pas nouveau mais risque de s'amplifier. Si la popularité du PSG grandit, cela se fera sans doute davantage à l'étranger qu'en France. Tous les stades seront pleins lors des déplacements du PSG mais ce sera autant pour voir les stars que pour assister à la défaite de l'armada parisienne. Plus que jamais, le PSG sera seul contre tous ! PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Un échec la saison dernière ? Il faut remonter à 1980 pour voir une équipe marquer autant de buts " (Daniel Riolo) " Paris va dominer le championnat pendant plusieurs années. Mais pourquoi craindre cela ? S'est-on plaint de la domination de Lyon ?" (Luis Fernandez)