Aujourd'hui, à 60 piges, il a renoncé au foot actif (joueur, joueur-entraîneur, entraîneur) depuis cinq ans mais nourrit toujours son autre passion comme vendeur. A ses débuts au Sporting, on aurait pu le surnommer le grand blond à la voiture noire, pas peu fier de rouler dans une longiligne Volvo sport. "Pareille à celle que conduisait Le Saint dans un feuilleton alors célèbre", sourit-il. Aujourd'hui encore, le passé fait, parfois, son petit effet. Face à ce sexagénaire, certains clients hésitent devant le bristol posé sur le bureau. "Excusez, vous ne seriez pas le Trap?". Ou: "Votre nom me dit quelque chose".
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Aujourd'hui, à 60 piges, il a renoncé au foot actif (joueur, joueur-entraîneur, entraîneur) depuis cinq ans mais nourrit toujours son autre passion comme vendeur. A ses débuts au Sporting, on aurait pu le surnommer le grand blond à la voiture noire, pas peu fier de rouler dans une longiligne Volvo sport. "Pareille à celle que conduisait Le Saint dans un feuilleton alors célèbre", sourit-il. Aujourd'hui encore, le passé fait, parfois, son petit effet. Face à ce sexagénaire, certains clients hésitent devant le bristol posé sur le bureau. "Excusez, vous ne seriez pas le Trap?". Ou: "Votre nom me dit quelque chose". Du foot, il ne rate rien à la tv ou sur Internet. Il va encore à Anderlecht, au RWDM, à Dilbeek et à Ganshoren, mais trouve de plus en plus compliqué d'assister aux grands matches. "A cause de la fancard, il m'est, par exemple, impossible de dire cet après-midi à un client: -Si ça vous arrange, je peux vous emmener dans une loge du Sporting. Il ne suffit plus d'acheter un ticket: il faut être... carté". Né à Vilvorde, Jean Trappeniers y joua avant-centre en équipes d'âge, de 1951 à 1955, à quelques exceptions près, dont un match contre Anderlecht, comme portier. "J'ai remplacé notre gardien blessé, et l'année suivante, j'étais sur la ligne de but du Sporting. En 64-65, je suis pourtant redevenu exceptionnellement avant-centre au Club Brugeois. Cornélis, blessé, a été doublé par Vukasovic, notre gardien réserviste, et je suis monté à l'attaque. Sur rétro, j'ai même marqué un but spectaculaire, mais annulé pour hors jeu, sinon on gagnait 0-1. En 1958, à 17 ans, j'ai débuté en équipe Première. Et quelques mois plus tard, en Coupe d'Europe aux Glasgow Rangers, j'étais réserviste de Meert, rappelé à 39 ans pour doubler Week, blessé. Meert, sérieusement commotionné, fut hospitalisé sur place, mais garda quand même sa place pour le retour. En 59-60, j'ai vraiment démarré en équipe fanion, au Beerschot. VanHimst était entré quatre ou cinq matches avant moi". L'astuce de LippensSous Sinibaldi, Trap, titulaire durant trois saisons, subit alors la concurrence du Hongrois ArpadFazekas. Le Corse estimait ce vétéran de 35 ans plus sûr derrière sa défense en ligne. "Cet entraîneur ne jurait que par le 4-2-4 avec une défense alignée, et nous survolions le championnat avec une équipe, qui n'aurait pas admis certains titulaires actuels. Pour nous, Sini était le meilleur de tous, mais, il apparut assez vite, en Coupe d'Europe, que nous étions surtout les champions du monde des matches amicaux. Pour deux raisons: nous affrontions des pros, alors que nous travaillions tous la journée, et Sini misait uniquement sur son système et ne tenait pas compte du talent et de la tactique adverses. Le Real ou Chaumont-Gistoux, peu importait. Il me reprochait de ne pas bien sortir sur les balles hautes, mais j'étais souvent rouillé sur ma ligne. Nous dominions nettement et je n'étais sollicité que sur deux ou trois contres. Un portier sans travail perd sa concentration. Cela dit, Fazekas, nettement plus âgé, m'a beaucoup appris". Le Hongrois, critiqué après Anderlecht-Dundee (1-4), fut doublé en Ecosse par Trap, qui fêtait ainsi sa première titularisation européenne. La saison suivante, il disputait le test-match Anderlecht-Bologne, à Barcelone. "Après 120 minutes: 0-0, et l'arbitre Zaraquiegui jette la pièce de monnaie pour le pile ou face décisif. Elle tombe sur la tranche, à recommencer. Joueurs et dirigeants entourent l'arbitre, et là, notre capitaine MartinLippens a un trait de génie. La pièce touche à peine la pelouse qu'il se baisse et la saisit: on a gagné! Personne n'avait vu comment elle était retombée, et l'arbitre, pris de court, a dit oui. Beaucoup ignorent ce détail décisif. Martin était malin". Les étrangers sur le banc et Trap sur la ligne dès cette saison 64-65? Oui et non! D'autres mercenaires furent transférés: le Yougo Vukasovic, l'Autrichien Mair et le Hollandais Barth. "J'étais convaincu que je valais au moins autant qu'eux, mais Mair, par exemple, me semblait privilégié. Il joue cinq ou six matches vraiment pas convaincants et je m'attends à être retenu face au Daring. Au repos, 2-0 et Beres me lance: -Tu joues, va t'échauffer. Je ne le fais pas, il s'énerve et Jurion intervient: -Jean, fais-le pour nous. Je reste assis. 3-0. J'y vais, je n'encaisse rien et on marque un paquet de buts. J'avais pris un gros risque mais je commençais à réfléchir sur ma situation au Sporting. De mon temps, un joueur n'avait qu'un but: terminer sa carrière en mauve. Or, pour moi, c'était compromis. Beres n'est resté qu'une saison et Sini est revenu en 70-71. Avec, à la clef, la finale de la Coupe des Villes de Foires, contre Arsenal: 3-1 ici, mais 3-0 là-bas. J'aimais bien notre stoppeur JulienKialunda. Un grand joueur. Mais là-bas, il a abusé de sa petite fantaisie technique, un pied sur le ballon, puis un dribble de l'autre, il se l'est fait choper deux ou trois fois et ça a coûté cher". Le clash avec VDS SeniorLorsque Constant Vanden Stock prend la présidence, Trap estime que son bon de sortie est prêt. Depuis un Belgique-Irlande du Nord (2-3) en 66, un différend les sépare: "A cette époque, la prime était remise immédiatement après le match. Je me présente, je touche et je remarque que Jurion encaisse le double. Il était blessé et avait suivi le match de la tribune. Je demande des explications et Vanden Stock me répond: -C'est la règle pour les titulaires, c'est comme ça. Ce n'est qu'en 1968, après le départ de Vanden Stock, que Raymond Goethals m'a repris comme Diable Rouge". Après 11 ans au Sporting et autant de sélections nationales, de 1964 à 1970, Trap s'affilie à l'Union, sur l'insistance de GuyThys, l'entraîneur. Le club termine huitième puis chute en D2. "J'avais 32 ans et trois clubs se sont présentés: l'Antwerp, Bruges, pour succéder à Boone, et... Anderlecht. J'ai demandé 200.000 francs mensuels plus les primes au Sporting, mais le coeur n'y était pas, et je ne sentais vraiment pas Bruges. Je me suis décidé pour l'Antwerp. Les Anversois, c'est pas de la tarte, j'en ai bavé pendant six mois. Mais on a battu deux fois le Beerschot, et ça, c'est la gloire, le reste ne compte pas. Trois années de suite, j'ai eu droit au ballon d'or de l'Antwerp après vote de l'entraîneur et du public, et j'ai prolongé pour trois ans". Déjà des problèmes à AlostTrappeniers aurait encore pu signer un nouveau bail de trois saisons à l'Antwerp, voire de cinq comme joueur et joueur-entraîneur ( Svilar le fit plus tard) mais, à 39 ans, le parcours lui pesait et il s'accorda avec Alost. "Une erreur de ma part, car, comme aujourd'hui, le club se trouvait en difficultés financières, et au bout de deux mois, je n'avais perçu qu'un acompte sur salaire. J'ai arrêté et entraîné successivement Dilbeek, Peutie, Grand-Bigard et Wemmel. J'ai tout stoppé il y a cinq ans". De son passé de Diable Rouge, Trap rappelle deux moments: le succès, en 1964, de onze Anderlechtois sur l'équipe de Hollande (1-0), et la Coupe du Monde 70, au Mexique. "Au départ, contre la Hollande, on a pu croire que j'étais frustré de n'être que réserviste d'une équipe de dix Anderlechtois plus Delhasse. Jean Nicolay, le meilleur, était blessé et, dès lors, le choix était possible entre Delhasse et moi. Ce fut lui, et je n'en étais pas affecté. En le remplaçant, après le repos, ma joie a été profonde. Quant à notre difficile Coupe du Monde 70, elle n'est pas le résultat d'une mentalité faiblarde des Diables. En réalité, nos dirigeants avaient organisé le séjour en dépit du bon sens. Pour une adaptation progressive à l'altitude, nous sommes partis un mois et demi avant le coup d'envoi. Mais, sur place, les joueurs ont continuellement été confrontés à un tas d'interdits: pas d'exposition au soleil entre 9 et 17 heures, pas de baignade alors que les Argentins, logés au même hôtel, nous plongeaient sous le nez puis s'attablaient autour d'un barbecue. Nous, nous étions divisés en deux groupes de dix, et alternativement, l'un mangeait ce qu'il voulait, et l'autre devait se contenter d'un potage, d'un steak et d'une banane. Les dirigeants espéraient ainsi couper en deux les risques d'un éventuel problème d'alimentation"... Henry Guldemont