Il fut le premier transfert de Mouscron, cet été. L'Excel l'a engagé le 25 mai, le jour de son 21e anniversaire. Une acquisition qui n'avait guère défrayé la chronique : un joueur parmi d'autres arrivé de CFA (Championnat de France Amateur). Aujourd'hui, pour la plupart des suiveurs du championnat de Belgique, il est toujours un illustre inconnu. Pourtant, lors du premier match amical des Hurlus face à l'équipe de 1e Provinciale d'Eernegem, il avait inscrit le seul but de la rencontre : déjà un heureux présage. Mais c'est surtout il y a dix jours, à Courtrai, lors de la répétition générale avant les trois coups du championnat, qu'il a crevé l'écran... ou plutôt - car il n'y avait pas de caméras - qu'il s'est signalé à l'attention des quelques centaines de spectateurs présents : trois buts en une mi-temps, dont une fusée envoyée de 30 mètres en pleine lucarne, décochée avec ses 81 kilos et 190 centimètres.
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Il fut le premier transfert de Mouscron, cet été. L'Excel l'a engagé le 25 mai, le jour de son 21e anniversaire. Une acquisition qui n'avait guère défrayé la chronique : un joueur parmi d'autres arrivé de CFA (Championnat de France Amateur). Aujourd'hui, pour la plupart des suiveurs du championnat de Belgique, il est toujours un illustre inconnu. Pourtant, lors du premier match amical des Hurlus face à l'équipe de 1e Provinciale d'Eernegem, il avait inscrit le seul but de la rencontre : déjà un heureux présage. Mais c'est surtout il y a dix jours, à Courtrai, lors de la répétition générale avant les trois coups du championnat, qu'il a crevé l'écran... ou plutôt - car il n'y avait pas de caméras - qu'il s'est signalé à l'attention des quelques centaines de spectateurs présents : trois buts en une mi-temps, dont une fusée envoyée de 30 mètres en pleine lucarne, décochée avec ses 81 kilos et 190 centimètres. Déniché à Rouen, un club qui a connu ses heures de gloire mais qui milite désormais en D4 après deux relégations successives, DembaBa est un Français d'origine sénégalaise. " Au Sénégal, pour subsister, mon père allait à la pêche ", explique-t-il. " Il a ensuite émigré en France en espérant améliorer son quotidien, mais surtout celui de ses enfants, et a été engagé dans une usine Renault. Malheureusement, il a été victime d'un accident du travail et est aujourd'hui invalide. Il s'est sacrifié pour le bien-être de sa descendance. Il y a sept enfants dans la famille - cinq garçons et deux filles - et on a tous pu faire des études et dénicher un emploi. L'un de mes frères fut basketteur pro mais à la suite d'une blessure, il a dû redescendre de quelques échelons. Moi, j'ai toujours été attiré par le foot et j'ai aujourd'hui réalisé mon rêve : signer un contrat pro ". Demba Ba est né à Sèvres et a grandi dans une cité de la banlieue parisienne, avant de déménager au Havre avec toute la famille lorsque son père est parti travailler en Normandie : " Très tôt, j'ai joué au football dans la rue, avec les copains et dans des petits clubs de quartier. Cela présente des avantages : j'ai souvent joué avec les copains de mon frère aîné, donc contre des garçons plus grands et plus forts physiquement, et j'ai dû me faire violence pour m'imposer. Cependant, je pensais plus à m'amuser qu'à autre chose et je n'ai jamais fréquenté de centre de formation. Lorsque, vers 17 ou 18 ans, je me suis rendu compte que j'avais certaines capacités, je me suis donné tous les atouts pour réussir : j'ai arrêté mes études et me suis concentré sur le football. Au début, lorsque j'ai pris cette décision, ma mère n'était pas très contente. Elle se demandait dans quoi je me lançais. Je lui ai dit de patienter. Aujourd'hui elle est contente pour moi : je gagne ma vie en faisant ce dont j'avais toujours rêvé ". Y a-t-il eu un déclic qui lui a fait prendre conscience en ses possibilités ? " En fait, autour de moi, j'entendais des réflexions favorables à mon égard. Peut-être pas assez nombreuses, car elles émanaient toujours des mêmes personnes et en particulier de mon conseiller, AlexGontrand. A l'époque, j'avais besoin de ces signes d'encouragement car je ne savais pas trop où je me situais. Aujourd'hui, j'ai moi-même pris conscience de mes capacités mais je me suis aussi rendu compte que sans travail, je n'y arriverais pas. Je ne rechigne donc pas et c'est nécessaire si l'on veut réussir sans avoir fait l'école du foot. J'ai dû me former moi-même, en sortant de la rue. Avec l'aide d'Alex Gontrand, qui m'a prodigué de précieux conseils et qui s'est démené pour que je puisse participer à des essais dans des clubs. C'est ainsi qu'il y a deux ans, j'ai eu des touches avec Amiens, mais l'entraîneur en place s'en allait et ne pouvait pas prendre la décision finale pour son successeur. J'ai finalement abouti à Rouen, en CFA, où j'ai livré une bonne saison. Alex Gontrand a toujours été derrière moi, en me forçant à travailler, et je l'en remercie. Aujourd'hui encore, il continue à me suivre. Bien qu'il habite désormais dans le sud de la France, il est déjà venu me voir plusieurs fois en Belgique. Il était encore présent il y a dix jours, lors du match amical à Courtrai. C'est plus qu'un agent, vraiment un conseiller, qui se soucie de moi et m'encourage. D'ailleurs, au début, je n'ai signé aucun contrat avec lui, c'était à la parole, sur base de la confiance réciproque ". Et Mouscron ? " En fin de saison dernière, votre compatriote StéphanePauwels - qui officiait comme recruteur pour Metz - m'avait proposé au club lorrain. Mais là-bas, on n'a pas voulu prendre le pari d'engager un jeune inconnu. Apparemment, on préférait des certitudes, des noms. J'estime pourtant qu'un peu partout, on peut trouver des jeunes inconnus qui peuvent aller loin, mais ils ont besoin qu'on leur fasse confiance et qu'on leur donne une chance. C'était aussi mon cas. Stéphane Pauwels m'a recommandé en Belgique, je suis venu à Mouscron, j'ai visité les installations, j'ai discuté avec le directeur sportif Alain Tirloit et je n'ai pas tardé à prendre ma décision. J'ai été séduit par l'ambiance chaleureuse qui régnait dans le club, je savais que cela me conviendrait. En plus, c'est la D1, alors que Metz, c'est la... Ligue 2. Je n'ai pas perdu au change. Je ne connais pas le championnat de Belgique, et je pense qu'ici, peu de gens me connaissent également. C'est un avantage, à mon avis. Je ne peux que surprendre, il n'y aura aucune pression et si je joue mal, personne ne me reprochera de ne pas répondre à l'attente. Mais je ne pense pas à cela. Je me suis rapidement intégré : il n'y a eu aucun accrochage, et comme après une semaine on est déjà parti en stage, j'ai appris à connaître mes nouveaux partenaires. On travaille très bien à l'entraînement, et je sens déjà que je progresse. Il y a des joueurs d'expérience qui m'apprennent beaucoup, comme SteveDugardein, ou PatriceLuzi qui, même s'il est gardien, peut m'aider grâce à l'expérience emmagasinée dans les grands clubs qu'il a fréquentés. Je dois encore un peu m'habituer au rythme, supérieur à celui des rencontres de CFA, mais cela ira : je suis confiant ". En période de préparation, Demba Ba a déjà inscrit des buts de facture bien différente : sur des frappes, sur des débordements. " J'estime que sur certains gestes, c'est la qualité technique qui fait la différence. Grâce à mes grandes jambes, je peux aussi aller assez vite. Ce sont, selon moi, mes deux qualités principales. Ma frappe ? Elle est de qualité lorsque je ne me pose pas de problèmes. Je dois parvenir à me libérer, et c'est l'obstacle que je devrai surmonter : si je me mets la pression et que l'obligation d'inscrire un but se transforme en obsession, j'envoie le ballon dans les nuages ". En deuxième mi-temps à Courtrai, GilVandenbrouck a peut-être trouvé son système de jeu. Il a reconnu qu'il réfléchissait à la meilleure manière d'utiliser ses trois attaquants : Demba Ba, AdnanCustovic et BertinTomou. Cela a très bien marché en 4-5-1, avec Tomou en pointe, Custovic à droite et Ba à gauche, et PacoSanchez pour les approvisionner, devant un duo de médians récupérateurs constitué par Steve Dugardein et AlexTeklak. Mieux, en tout cas, que dans le 4-4-2 de la première mi-temps. " C'est vrai que je me suis senti à l'aise lorsque j'ai évolué sur le flanc gauche ", reconnaît Demba Ba. " Je peux partir de loin, provoquer mon adversaire, et j'adore cela. Je dribble, je prends du plaisir, et lorsque je parviens à dépasser mon opposant, le chemin du but s'ouvre à moi. Mais je ne suis pas très compliqué : chaque poste à son charme. En France, je jouais comme centre-avant, et cela fonctionnait très bien également. Il n'y a pas de raison que cela ne fonctionne pas à Mouscron. Je commence à trouver des automatismes avec Custovic, y compris au niveau défensif, lorsqu'il s'agit de se replacer. Tomou, je le connais un peu moins bien : j'ai fait sa connaissance il y a quelques semaines seulement, alors que je côtoie déjà Adi depuis... un mois et demi ". Ce que Demba Ba attend de cette saison ? " J'espère obtenir des résultats et prendre du plaisir tout au long de l'année. Je n'ai encore aucun point de repère, mais je pense qu'on a un bon groupe. C'est important, car en général, les équipes qui forgent les meilleurs résultats sont les plus solidaires. Si l'on réussit, ce sera tous ensemble. Aucun joueur ne fera la différence tout seul. Pour le reste, la seule chose que j'ai déjà découverte est qu'on pouvait aussi... faire la bise aux hommes ici ! Apparemment, c'est une coutume dans la région. Il faudra que je m'y fasse ". DANIEL DEVOS