La relative placidité des lieux se brise aussitôt le pont délaissé. En contre-bas de l'aqueduc dit du " Grand Coo ", la puissance assourdissante de l'eau transporte le visiteur sous d'autres cieux. Là, l'Amblève se fracasse sur les rochers depuis le XVe siècle pour former sur 15 mètres la cascade naturelle la plus importante du pays.
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La relative placidité des lieux se brise aussitôt le pont délaissé. En contre-bas de l'aqueduc dit du " Grand Coo ", la puissance assourdissante de l'eau transporte le visiteur sous d'autres cieux. Là, l'Amblève se fracasse sur les rochers depuis le XVe siècle pour former sur 15 mètres la cascade naturelle la plus importante du pays. L'appréciable affluence touristique du jour ne correspond pas à un mois de février ordinaire, mais la météo en a décidé autrement. À quelques encablures de là, un petit groupe de motards profite d'un temps de midi décalé pour faire sa pause dans une friterie du village de Trois-Ponts. " Flamands, Néerlandais, Allemands et même Anglais aiment se promener par ici ", explique la serveuse. " J'essaie de pratiquer un peu toutes les langues, même si l'accent n'y est pas... à part celui du coin (rires). " À la sortie du village, l'ambiance est encore plus paisible sur le Meez. Ce dimanche, le RRC Trois-Ponts, le club géographiquement situé le plus proche des chutes, y accueille le FC Limbourg. Derrière la buvette, cinq individus profitent du soleil pour boire un petit coup d'avant-match. De là où ils se trouvent, ils ont une vue imprenable sur le terrain B du club. " On a voulu l'homologuer en début de saison ", lance Philippe Evrard, le président du RRC, les yeux rivés sur quelques monticules de taupes. " Finalement, seuls les vétérans et les jeunes de moins de 14 ans peuvent y jouer... ", poursuit-il. " Mais ça arrive qu'on préfère remettre le match plutôt que de jouer là-dessus ", se marre Manu Lebrun, le responsable de cette équipe de vieux briscards. À l'entrée du terrain, Michel accueille tout sourire, bien installé dans sa cahute en béton bleu et blanc. " C'est plus confortable que la saison dernière, quand on faisait les entrées dans un cabanon en bois ", compare le bénévole avant de saluer chaleureusement Roseline et Claude, deux fidèles parmi les fidèles. " Même morte je viendrai encore ici ", lance l'intéressée, écharpe bleue au cou. Derrière, tout de training vêtu, son mari n'a pas l'air moins mordu. " On ne rate que trois matchs par saison quand on est en vacances. Mais on téléphone au moment du coup de sifflet final pour avoir le score, les buteurs et les minutes ! " L'échauffement des joueurs est coloré par la présence aux quatre coins de la pelouse d'un chien au poil roux. Une prestation individuelle qui ne s'arrête pas malgré le coup d'envoi. Alors qu'une phase offensive du FC Limbourg se termine par un tacle litigieux dans la surface, le chien refait son apparition. " Faut faire quelque chose avec lui, attachez-le avec une corde ", adjure un joueur. Dans la buvette, l'ancien président du club, Jean-Marie Deroanne, semble un rien nerveux. Il a beau faire face à une affiche publicitaire où Igor de Camargo vante les mérites d'une soupe, il garde un oeil attentif sur la télévision et le match en cours d'Anderlecht. " Je passe d'un terrain à l'autre ", assure toutefois celui qui facture 23 ans de présidence à la tête des Tripontains. Depuis sa création en 1932, le club s'est globalement situé entre la P2 et la P3. " Le moment-phare remonte à mai 1997, lorsque l'on a accédé à la deuxième provinciale devant 2000 personnes ", sourit encore l'actuel président Philippe. Ce dernier concède les difficultés de gestion quotidienne d'un club basé dans une région où la densité de population n'est pas énorme et où les ressources financières manquent cruellement. " Du coup, la philosophie du RRC est claire et constante ", relance Manu Lebrun. " Ça fait vingt ans que Trois-Ponts ne fait plus beaucoup de transferts et fait appel à des gens du coin ou à ses propres jeunes. " Le coach, Grégory Rondeux, est un ancien international U19 qui a disputé deux matchs avec le Standard en 2003 dont quelques minutes à Anderlecht. Le dimanche, il s'occupe parfois du terrain dont il trace les lignes... Clair comme de l'eau de roche.