Wout van Aert a été héroïque au Ventoux, le finish de Jasper Stuyven à Milan-Sanremo était monumental, Victor Campenaerts a remporté une victoire d'étape complètement folle au Giro et Dylan Teuns a décroché une étape alpestre du Tour mais au Gala du Flandrien, c'est Florian Vermeersch qui a reçu le prix récompensant le moment de l'année. Il n'a pas gagné un Paris-Roubaix de légende, mais il a été couronné pour sa deuxième place.
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Wout van Aert a été héroïque au Ventoux, le finish de Jasper Stuyven à Milan-Sanremo était monumental, Victor Campenaerts a remporté une victoire d'étape complètement folle au Giro et Dylan Teuns a décroché une étape alpestre du Tour mais au Gala du Flandrien, c'est Florian Vermeersch qui a reçu le prix récompensant le moment de l'année. Il n'a pas gagné un Paris-Roubaix de légende, mais il a été couronné pour sa deuxième place. Les connaisseurs l'avaient déjà repéré au printemps dernier, notamment lors de l'E3 Saxo Bank Classic. Et même un an plus tôt, lorsqu'il s'était classé treizième de Gand-Wevelgem pour sa première saison chez les pros. Mais ce n'est qu'en octobre, lors de Paris-Roubaix, que le grand public a découvert Vermeersch (22 ans). L'interview du coureur de Lotto-Soudal ne pouvait donc débuter que par un retour sur son exploit dans L'Enfer du Nord.En franchissant la ligne, tu étais déçu. Les commentaires à ton égard étaient élogieux, mais certains consultants estimaient tout de même que tu avais laissé passer ta chance car tu étais vraiment allé très loin dans l'effort. Quel est ton sentiment aujourd'hui? FLORIAN VERMEERSCH: Mon objectif était de faire partie de la première échappée car à Paris-Roubaix, celle-ci peut toujours aller loin, surtout quand il pleut. Évidemment, l'objectif n'était pas de partir à deux à 150 kilomètres de l'arrivée. Ce sont les circonstances qui ont voulu ça et je me sentais bien. Je savais que dans un bon jour, si j'étais épargné par la malchance, je pouvais aller loin. J'espérais une place dans le top 20, peut-être dans le top 10 mais un podium, c'était inespéré. Je sais que je suis passé tout près et qu'il ne sera pas évident de refaire aussi bien, d'avoir d'aussi bonnes jambes et d'être épargné par la malchance mais quand j'y repense, je suis tout de même satisfait. Cette course m'a confirmé que je pouvais tenir la distance. De plus, j'ai démontré à l'équipe qu'on pouvait me confier un rôle important. Maintenant, il m'appartient de travailler et de progresser où c'est nécessaire. À quels points de vue? VERMEERSCH: Dans les classiques, il est très important de bien récupérer et d'être explosif. Je ne vais donc pas négliger ces aspects, mais je dois aussi apprendre à mieux rouler en peloton. Ça ne se travaille pas en hiver, mais il faut être lucide en course et apprendre à bien se placer. Tu parlais d'un rôle important dans l'équipe. Ça arrivera un jour, mais ça engendrera aussi plus de pression, surtout chez Lotto-Soudal, après une année 2021 décevante. Comment vas-tu gérer ça? VERMEERSCH: Ne tournons pas autour du pot: l'équipe a obtenu de moins bons résultats qu'espéré. Il est donc normal qu'il y ait plus de pression sur mes épaules. Mais je vais surtout essayer, avant tout, de satisfaire à mes exigences et de ne pas trop tenir compte des réactions des observateurs. Et quelles sont-elles, ces exigences? VERMEERSCH: Je ne vais pas prétendre que je vais immédiatement rouler pour la victoire dans chaque classique, ce ne serait pas réaliste. Je veux devenir un grand coureur de classiques mais en 2022, j'aurai encore beaucoup à apprendre. Je suis encore jeune et il n'y a pas longtemps que je suis professionnel. Mon ambition cette saison, c'est d'obtenir de bons résultats dans les "petites" classiques comme la Nokere Koerse ou la Bredene Koksijde Classic, et d'être présent dans la finale d'une grande classique. Si j'y parviens, j'estimerai que mon printemps est réussi. Plusieurs témoins sont d'accord pour dire que tu brilleras sur les pavés. Au lendemain de Paris-Roubaix, déjà, ton père avait dit: "Un jour, il gagnera Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres, j'en suis convaincu." Eddy Merckx a dit dans La Gazzetta dello Sport qu'on entendrait encore souvent parler de toi. Et Tom Boonen, qui tient une chronique dans Het Laatste Nieuws, a écrit qu'il était fan de toi, ajoutant que ta démonstration à Paris-Roubaix était plus belle que la sienne en 2002. Qu'est-ce que ça te fait? VERMEERSCH: Mon père a parlé sous le coup de l'émotion. Je veux gagner un jour, mais ce n'est pas parce que j'ai terminé une fois deuxième que je vais y arriver. Je suis très réaliste. Je suis fier que des icônes comme Eddy Merckx et Tom Boonen me suivent et disent cela de moi, mais comme je l'ai déjà dit, j'essaye de ne pas y prêter trop attention. Ça ne ferait que me stresser et la course est déjà assez difficile comme ça ( Il grimace). Deux semaines avant cette deuxième place, tu avais terminé troisième du championnat du monde contre-la-montre U23. Tu avais aussi brillé lors du contre-la-montre d'ouverture du Tour de Suisse. Quelles sont tes ambitions dans cette discipline? VERMEERSCH: J'y accorderai beaucoup d'attention au cours des prochains mois. J'aimerais décrocher un bon classement dans des courses à étapes d'une semaine, comme le Tour de Belgique ou le Tour du Benelux. Pour cela, il faut être bon contre le chrono. Je n'ambitionne pas de devenir un super spécialiste, mais je vais continuer à m'entraîner, d'autant que j'aime ça. Ton nouvel équipier, Victor Campenaerts, a déclaré dans Het Nieuwsblad qu'il était prêt à te donner des conseils. "Si Florian Vermeersch progresse d'1%, il remportera des contre-la-montre du World Tour", disait-il. VERMEERSCH: Victor est très fort sur les pavés, mais il a aussi beaucoup à nous apprendre contre la montre. Ce qu'il dit est très fort (Il rit) mais j'admets que dans cette discipline, 1% peut faire la différence. À propos de faire la différence: on dit toujours que le fait de terminer un grand tour rend un coureur plus fort. As-tu eu cette impression après le Tour d'Espagne? VERMEERSCH: Tout à fait. Au début, je pensais que c'était un cliché, mais on souffre tellement, surtout lors de la troisième semaine, que ça s'avère positif. Les trois semaines de stage en altitude précédant la course m'ont beaucoup aidé aussi. Mieux, je pense que cette période de préparation avant l'été m'apportera quelques pourcents supplémentaires en automne. Quel grand tour aimerais-tu disputer cette saison? VERMEERSCH: Je pense que, mentalement, il sera difficile d'enchaîner avec le Giro après les classiques. J'espère disputer le Tour, mais nous n'en sommes pas encore là. Lorsqu'on voit ce que Brent ( Van Moer, son équipier et ami, ndlr) y a fait et en sachant que ça l'a fait progresser, je n'ai pas peur d'y participer, même si je suis un jeune coureur de classique. Mais je ne me vois pas encore emmener le train pour Caleb Ewan. Je ne suis pas encore prêt à frotter, je perds trop vite du terrain. Grâce aux arrivées de Schwarzmann et Selig, on a assez de monde pour ça. Par contre, je peux lancer le train à quatre kilomètres de l'arrivée, par exemple. Tu le disais: tu dois apprendre à tenir ta place dans le peloton. Pour ton entraîneur, Jeroen Digemans, c'est ton plus gros point faible: dans les classiques, tu ne te fais pas assez respecter dans les tronçons cruciaux. VERMEERSCH: C'est là que je dois progresser, en effet. Chez les Espoirs, c'était assez simple: celui qui faisait partie des meilleurs se retrouvait devant. Chez les pros, tout le monde est bon. Il faut s'y habituer, mais j'ai déjà beaucoup évolué. En sprintant quelques fois à la Vuelta, j'ai appris à rouler pendant quelques kilomètres avec le couteau entre les dents. Ta grande force, c'est que tu n'es jamais abattu. Ton entraîneur dit qu'à l'entraînement, il n'a jamais réussi à te fatiguer et qu'en 2022, il faudra peut-être te pousser au maximum de tes possibilités. VERMEERSCH: J'ai beaucoup de volume, mais ça ne veut pas dire qu'il ne me fait pas souffrir à l'entraînement, hein (Il sourit). C'est vrai que je ne suis pas vite abattu. À Roubaix, je n'ai connu qu'un moment difficile, mais je l'ai surmonté. C'est aussi une question de mental. Un coureur ne doit jamais laisser tomber les bras. Parfois, on souffre tellement qu'on a envie d'abandonner, mais c'est vrai pour 90% des coureurs. C'est une barrière mentale à laquelle on est confronté et qu'il faut surmonter.