"C'est là que Kevin De Bruyne doit avoir inscrit ses premiers buts ", dit Cindy Vermeulen en tendant le bras vers la prairie où paissent des chevaux et un âne, dans un coin isolé. " Mais seuls les peupliers qui entourent le terrain doivent s'en souvenir ", sourit la propriétaire des deux terrains utilisés autrefois par le KVV Drongen, matricule 3.851. Une oasis de verdure nous entoure, non loin d'un bras de la Lys. La podologue a acheté les aires de verdure fin 2011.
...

"C'est là que Kevin De Bruyne doit avoir inscrit ses premiers buts ", dit Cindy Vermeulen en tendant le bras vers la prairie où paissent des chevaux et un âne, dans un coin isolé. " Mais seuls les peupliers qui entourent le terrain doivent s'en souvenir ", sourit la propriétaire des deux terrains utilisés autrefois par le KVV Drongen, matricule 3.851. Une oasis de verdure nous entoure, non loin d'un bras de la Lys. La podologue a acheté les aires de verdure fin 2011. " Les précédents propriétaires ont démoli la cantine et les vestiaires, de l'autre côté, en 2006. Les deux courts de tennis annexes ont également disparu pour faire place à un étang à côté de la maison ", observe Cindy. " Seul le réduit à ballons a pu rester car nous sommes ici dans un domaine naturel. " " Je me souviendrai toujours de la cantine ", explique le père de Kevin, Herwig De Bruyne. " Elle était de travers. On était ivre sans avoir bu une seule bière. " Les anciens coéquipiers de Kevin chez les diablotins, Ruben Marchand et Michiel Van Ruymbeke, des voisins, éclatent de rire en entendant la remarque de leur ancien délégué. Drongen, Tronchiennes en français, est un des 25 quartiers de Gand. Pour y arriver, le plus facile est de prendre la sortie 13 de l'E40 en direction d'Ostende. La bourgade compte environ 13.000 habitants. Elle a été un terreau fertile pour les sportifs : le cycliste Walter Godefroot,le basketteur Sam Van Rossom et la gymnaste Gaëlle Mys en sont originaires. L'entité a longtemps abrité trois clubs de football : outre le KVV Drongen, au centre, il y avait aussi le FC Baarle, le club de l'ancien gardien devenu analyste, Wim De Coninck, et le VK Luchteren, du nom d'un autre hameau voisin. En 1997, ces deux clubs ont fusionné pour devenir l'Eendracht Drongen 97, en P3. Six ans plus tard, le club a rallié le KVV sous la nouvelle appellation de KVE Drongen. La ville de Gand a donné un coup de pouce au nouveau-né en lui aménageant le Keiskant, un complexe, tout près du domicile des De Bruyne. Aujourd'hui, l'ensemble comporte trois terrains et une aire en synthétique à côté du club de golf et du hall sportif. Mathé De Coninck, âgé de 80 ans, est le père de Wim et l'ancien président du FC Baarle. Il est désormais président d'honneur. Le senior, encore alerte, assiste à tous les matches de jeunes le samedi. L'ancien avant Hans Christiaens (ex-Waregem et Club Bruges), enrôlé en cours de saison, n'a toutefois pu assurer le maintien du club en P1 de Flandre-Orientale. " Pour Kevin, tout a commencé à l'école, au Klaverdries ", raconte son père. " Il a abîmé pas mal de paires de chaussures dans la cour. Il fallait avoir six ans, à l'époque, pour s'affilier. Ce fut chose faite après un stage d'été. Kevin a la chance de fêter son anniversaire fin juin. Ruben n'avait que cinq ans et il a dû patienter jusqu'en décembre. Ensuite, on a conclu une assurance spéciale pour lui, en accord avec ses parents. Au début, nous étions juste assez nombreux. Je crois que nous avions six ou sept joueurs pour les matches à cinq contre cinq sur un demi-terrain. Michiel était à Sint-Vicentius, une autre école du village. Mais Kevin et Ruben étaient inséparables, avec Jente Roels, qui habitait au coin. On les appelait les trois mousquetaires. " Ruben Marchand reconnaît qu'ils préféraient jouer en rue. Ou au jardin. " Je reste persuadé que c'est dans ce contexte précis que Kevin a développé ses deux pieds ", affirme l'étudiant en dernière année de communication à l'université de Gand. " Nous jouions souvent homme contre homme. Chez moi, nous devions tirer du gauche, histoire de ménager les plantes alors que chez Herwig, qui n'avait pas d'herbacées, on pouvait jouer de notre bon pied, le droit. Dans le jardin familial, nous avons tout démoli sur notre passage, au désespoir de mon père. Au point que nous avons fini par jouer avec une balle en plastique et pas en cuir, comme chez Kevin. " Les compères n'avaient que le football en tête. " Tout le monde dans le quartier savait qu'on pouvait toujours jouer au foot chez nous ", opine Herwig. " Si personne n'était là, on allait jeter un coup d'oeil chez Ruben. Le football battait toujours son plein dans le quartier. " Michiel Van Ruymbeke a été un temps gardien des diablotins, dirigés par le Gantois Rudy Schelstraete (56 ans), un inspecteur de police. " Il n'était pas très sévère, plutôt très gentil et serviable. Il s'engageait corps et âme. Il voulait vraiment notre bien ", dit-il. L'analyste financier se souvient même d'un anniversaire spécial, durant la première saison du petit Kevin à Gand. " On a loué tout le hall sportif l'espace de deux heures ", explique Van Ruymbeke. " Nous avons joué à sept contre sept en salle. Organiser un tournoi n'a pas été difficile. Nous étions encore débutants mais nous avions l'esprit de compétition. " Marchand poursuit. " Nous jouions toujours pour le plaisir au KVV Drongen mais nous voulions quand même gagner. Ne serait-ce que parce que nous avions un prodige blond. Avec sa vitesse, il était impossible à freiner. " Le père De Bruyne a rapidement été promu délégué. " C'est venu tout seul ", dit-il. " Au début, je devais simplement remplir la feuille d'arbitre. Puis d'autres tâches s'y sont ajoutées, comme téléphoner aux parents pour être sûr que leurs enfants viendraient aux entraînements et aux matches. Nous n'avions pas de quoi nous plaindre. Il régnait une grande solidarité. Les gamins étaient ponctuels et corrects. Les parents faisaient bloc aussi. Nous sommes tous devenus amis. Savez-vous qu'ensemble, nous nous sommes cotisés pour fournir un meilleur équipement aux gamins. A un tournoi, nous avions remarqué que les joueurs avaient quatre tenues différentes. C'était excessif. Dès lors, nous avons ouvert un compte en banque et acheté des tenues beaucoup plus appropriées. " Les jeunes n'avaient pas une super équipe. Au début, le KVV Drongen a souvent perdu. " Ils couraient tous vers le ballon ", raconte Herwig. Mais la deuxième saison, la dernière de Kevin, c'était déjà très différent. " Rudy leur a appris des notions de jeu de position, il faisait jouer tout le monde à des places différentes. Les petits devaient avant tout apprendre à jouer ensemble et à combiner. " Le derby local contre le FC Baarle constituait le grand rendez-vous de la saison. " Gagner était simple : il suffisait de passer le ballon au petit blondinet et il marquait ", sourit Van Ruymbeke. " Kevin envoyait le ballon dans la lucarne alors que nous avions du mal à le faire décoller du sol. En fait, nous n'avons commencé à mieux jouer qu'après avoir compris que Kevin était nettement supérieur. Mais il ne voulait pas rejoindre les meilleurs diablotins : il préférait rester avec ses amis, ses voisins, ses camarades d'école. Après les matches, nous prenions un sachet de chips ou de gommes puis nous filions sur le terrain. Nos parents prenaient un verre ensemble en bavardant, pendant ce temps. " Marchand opine. " Nous étions tous moyens. Kevin émergeait de la tête et des épaules. Il se faisait aussi remarquer, notre Jommeke, avec sa coupe, ce toit de paille sur la tête, qui brillait dans l'obscurité. Kevin était très rapide, vif et il avait déjà un tir phénoménal. " C'est Martine, la mère de Michiel, qui a signalé à Herwig le potentiel inouï du petit Kevin et qui a prédit qu'il irait loin. " On ne pense évidemment pas à ce niveau ", explique le père. " Rejoindre Gand représentait déjà un fameux pas en avant. " Un sourire unanime accompagne la remarque suivante de Van Ruymbeke. " Ma mère aurait donc pu être un scout de talent et elle a perdu beaucoup d'argent. " De Bruyne pouvait se métamorphoser en véritable petit Diable Rouge. " Quand nous perdions, il devenait rouge de colère ", se rappelle Van Ruymbeke. " Il fallait lui laisser deux minutes pour se ressaisir, tout seul dans son coin. Il n'aimait pas non plus être remplacé et quand nous étions menés, je devais souvent le rappeler à l'ordre. Savez-vous d'ailleurs comment punir Kevin, maintenant ? Il ne supporte pas les revalidations : il ne peut alors pas toucher le ballon et est confiné au fitness ", confie le père, Herwig. " D'après moi, c'est cette incroyable rage de vaincre qui a fait de Kevin ce qu'il est, une star mondiale ", juge Marchand. " Ça semble peut-être bizarre mais dès que je le vois s'emparer du ballon près du rectangle ou au-delà, je peux prédire ce qu'il va faire. Je suis son plus grand supporter depuis un moment. C'est un sentiment magnifique de voir mon ancien voisin faire la différence pour Manchester City et rester si naturel malgré l'attention médiatique. Herwig m'a raconté qu'en deux ans, il n'a passé que dix minutes et, une fois, une nuit à Drongen. C'est incroyable. Sa vie ne va pas se calmer avec la naissance de Mason Milian. Il y a peu de chances qu'il puisse venir mais j'aimerais vraiment pouvoir dire -Hey Kev et bavarder un peu avec lui lors de la première KDB Cup, les 21 et 22 mai... Taper ensemble dans un ballon, ce sera sans doute pour beaucoup plus tard. Encore que ça me fait un peu peur. " Van Ruymbeke réagit : " Je vais vite m'entraîner ! Mais nous obligerons Kevin à ne shooter que du gauche. Et dans un mini-but. Son surnom anglais, The ginger Pelé, est génial. " Herwig De Bruyne a encore quelque chose à dire. " Chaque fois que je revois ces jeunes, je suis frappé par le réalisme et la modestie avec lesquels ils parlent de Kevin. Ils ne se vantent pas d'avoir joué avec lui. Au Mondial du Brésil, j'ai rencontré quelqu'un qui ne me connaissait absolument pas mais racontait partout qu'il avait entraîné Kevin à Drongen. Il est tombé des nues quand je lui ai signalé qu'il parlait de mon fils. Les gens se créent volontiers des liens avec des sportifs de talent. Kevin est devenu une sorte de bien public mais on ne peut pas en abuser. Pendant ses vacances, Kevin veut qu'on le laisse en paix. C'est pour ça qu'il choisit souvent une destination exclusive ou une île. Actuellement, même quand il porte une casquette ou des lunettes solaires, on le reconnaît partout. " PAR FREDERIC VANHEULE PHOTOS BELGAIMAGE - DAVID STOCKMAN" Kevin tirait dans la lucarne alors que nous avions du mal à faire décoller le ballon. " MICHIEL VAN RUYMBEKE, ANCIEN COÉQUIPIER