Sans un grand Copa, le Standard aurait vécu un autre match et se serait peut-être imposé à Lokeren. Durant la première demi-heure, le chat noir de Daknam a sorti quatre ballons chauds. Le brio du gardien de but ivoirien a empêché les Liégeois de mener rapidement à la marque, ce qui aurait obligé la bande de Peter Maes à prendre une partie du jeu en charge.
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Sans un grand Copa, le Standard aurait vécu un autre match et se serait peut-être imposé à Lokeren. Durant la première demi-heure, le chat noir de Daknam a sorti quatre ballons chauds. Le brio du gardien de but ivoirien a empêché les Liégeois de mener rapidement à la marque, ce qui aurait obligé la bande de Peter Maes à prendre une partie du jeu en charge. Au lieu de cela, cette équipe intelligente a man£uvré à sa guise en attendant une erreur de son adversaire liégeois. Une mauvaise couverture aérienne de Kanu a changé la donne en fin de première mi-temps : but de la tête d' Hamdi Harboui qui a installé son équipe dans un fauteuil. " Nous n'avons pas d'attaquants, comme ceux de Lokeren, qui ont du vécu ", a souligné Mircea Rednic au pays de Waes. " Je suis content de mes jeunes mais, à 18 ou 19 ans, on ne peut pas avoir beaucoup de planche. Le Standard a besoin d'un gaillard qui est capable de garder un ballon devant, d'être un relais, un point d'appui. " Imoh Ezekiel, fatigué, est resté longtemps sur le banc. Malgré cela, les Rouches ont joué haut, la plupart du temps près du grand rectangle adverse. Soutenu par Luis Seijas, Michy Batshuayi a participé à ce pressing sur le porteur du ballon : cela n'a été fructueux qu'en fin de match quand Jelle Van Damme fixa la marque à 2-1. Moins à son affaire qu'à Genk ou que face à OHL, Batshuayi est de la graine des attaquants pétris de talent. " Il est puissant, doté d'une excellente technique et d'une frappe qui peut faire des dégâts ", note Johan Walem, qui le retient désormais avec les internationaux Espoirs. " Ces débuts à ce niveau ont été excellente. Il est sans aucun doute un des meilleurs attaquants belges de sa génération. A la base, c'est un footballeur de la rue, des quartiers de Bruxelles où les plus doués ne cessent de perfectionner leur technique. Et on a besoin de cette fantaisie dans le football moderne. Ces jeunes ont du talent mais, pour réussir, il faut ajouter autre chose : de la sueur, une hygiène de vie, de la discipline au quotidien dans la pratique de son métier et sur le terrain où il faut respecter toutes les directives, offensives et défensives. Je sais que le Standard le suit de près afin qu'il comprenne l'utilité de ces obligations. Moi, en Espoirs, je n'ai pas à me plaindre de lui. "Au Standard, et avant cela à Anderlecht et au FC Brussels, ce ne fut pas toujours le cas. Lassé par ses retards et ses caprices de vedette en devenir, il n'a pas été retenu par la grande maison mauve. " Et je peux comprendre cette décision ", a-t-il régulièrement déclaré. Au Standard, c'est un peu le silence autour de lui, histoire probablement de le protéger de la pression médiatique qui donne parfois le melon. Le gaillard est arrivé à Liège en 2008. A 15 ans, Michy est finalement encore un ado, un jeune chiot un peu fou. L'avenir ? C'est si loin à cet âge-là. " C'est vrai et c'est là que réside un des plus grands problèmes de ces gamins ", dit Walem. " Le commun des mortels peut arriver à maturité à 25 ou 30 ans et cela ne les empêche pas de réussir leur vie et leur carrière. Pour les sportifs de haut niveau, c'est différent. S'ils veulent atteindre l'excellence, ils doivent être mûrs à 18 ans. La différence est sensible. Et un jeune n'a pas mille occasions de faire son trou. Tout se joue sur peu de temps. Le football constitue souvent la seule chance de réussite pour des jeunes comme lui. Ils doivent aussi s'imposer pour leurs familles qui ne roulent pas sur l'or. Pour Michy, c'est le moment ou jamais de prendre ses marques. Le football peut tout lui apporter et c'est ce que le Standard, je crois, lui fait comprendre. "Il est né le 2 octobre 1993, 22 jours seulement avant Ezekiel. Pourtant, le Nigérian semble tellement plus sage et décidé à réussir. Le 20 février 2011 , Dominique D'Onofrio le lance en D1, à Gand. Les habitués de Sclessin ont entendu parler de ses frasques en équipe de jeunes. Alors en charge des Espoirs, José Jeunechamps lui inflige des punitions pour son manque de discipline, comme des corvées feuilles mortes avec le jardinier du Standard. En fin 2010-11, il a progressé dans la hiérarchie mais le chemin est encore long, très long. Après la reprise du Standard par Roland Duchâtelet, il entre dans les bonnes grâces de José Riga et surtout de son adjoint, Peter Balette. Le T2 limbourgeois a une grosse influence sur lui. Michy justifie ce qu'on pense de lui sur les scènes européennes, contre le FC Zurich et Copenhague. Il marque quelques buts mais rate une chance unique de commander pour de bon ses galons de titulaire. A l'entame des PO1, l'attaque du Standard est décapitée : Cyriac et Mémé Tchité, blessés, ont déposé les armes. Il ne reste plus qu'un attaquant valide : Batshuayi. C'est un virage important mais il le rate en essuyant ses crampons sur le dos de Jeroen Simaeys. La sanction tombe, drue comme une mauvaise pluie d'hiver : carton rouge, une suspension de 4 semaines et une amende 5.000 euros. Les Rouches se retrouvent sans division offensive et ratent leur campagne de PO1. Des questions se posent à propos de sa capacité à maîtriser le stress. Ce grand talent est-il carrément ingérable ? C'est le grand dilemme qu'on évoque à son propos au terme de la saison 2011-12 alors que Riga fait son baluchon pour le lointain et riche Qatar. Christian Negouai qui l'a découvert, et tente de l'aider et de l'entourer comme il peut, se décourage. L'agent de joueurs français connaît la psychologie des enfants des cités, de la culture des Blacks qui partent de loin, sans pagaies sur la mer du football. Negouai s'est extrait de ces difficultés avant de réussir un beau parcours de joueur. De Vaulx-en-Velain à Charleroi, Manchester City et le Standard en passant par l'Union Namur, le chemin est long. Negouai a probablement expliqué 100 fois à son jeune prodige qu'on n'a rien sans rien. En octobre de cette année, c'est la rupture entre Michy et son agent. Là, on est très loin de l'intérêt pour lui des scouts de Barcelone, de Chelsea et d'autres grands clubs anglais. On chuchota même qu'Anderlecht songea à un retour sous les frondaisons du Parc Astrid. En été, la vedette en herbe revient à l'Académie Robert Louis-Dreyfus avec quelques kilos en trop et des maux de dos. Mais il bosse et attire le regard du nouveau coach, Ron Jans. Les techniciens néerlandais adorent bosser avec les jeunes. Il tend la perche à Michy, le qualifie même de " meilleur attaquant du Standard ". La perle noire ne capte pas bien le message, surtout quand le T1 ne le retient pas pour le premier match de la saison contre Zulte Waregem. Pourtant, il a été excellent durant les matches amicaux. Le métier doit aussi entrer par l'humilité, l'acceptation des décisions d'un coach. Si Balette est son gentil Père Noël, Jans a revêtu le costume du Père Fouettard qui se charge de lui rappeler les règles de la compétitivité et de la concurrence. Batshuayi se retrouve à nouveau indiqué du doigt, au pied du mur où les surdoués se cassent souvent le nez. C'est le moment de choisir entre la volonté et le renoncement. Il encaisse difficilement le départ d'un de ses amis, Mujangi Bia, vers l'Angleterre. La chance ne choisit pas son camp à Mouscron Peruwelz en Coupe de Belgique. Un coup de coude se perd : Michy affirme qu'il n'a pas touché volontairement BenjaminDelacourt mais hérite d'un bristol rouge. Il est exclu alors que son équipe n'en mène pas large. Dynamisé par un impressionnant Van Damme, le Standard arrache les prolongations et se qualifie à l'huile de bras, sans Michy, plongé dans le découragement. Il vit les moments les plus durs de sa jeune carrière. Il reste sur le quai de la gare, comme à Genk en 2011-12. La relève de la garde au c£ur du staff technique constitue une nouvelle opportunité. Cette fois, il ne faut pas la manquer comme ce fut le cas avec Riga et Jans. Rednic ne cache pas que son talent l'intéresse au plus grand point et ne comprend pas " qu'un attaquant de ce niveau ne joue pas ". La balle est dans le camp de Batshuayi qui signe un retour retentissant à Genk. Là, il permet à son équipe de retrouver le 4-4-2 et une présence constante et dynamique dans le camp adverse. Rapide, tonique, Michy occupe les arrières centraux adverses et récupère un tir dévié de Van Damme pour ouvrir la marque. Cette fois, il est à l'heure au rendez-vous et confirme quelques jours plus tard contre OHL. Malgré la défaite à Lokeren, le jeune homme a retrouvé le sourire de l'ambition. Et s'il est attentif, ce qui le sépare d' Hamdi Harbaoui, le buteur tunisien, doit l'intéresser au plus haut point. Le puissant finisseur du Daknam a £uvré dans la réalisation des deux buts de ses couleurs. Harbaoui a roulé Kanu dans la farine pour ouvrir la marque. Puis, il plongea dans son sac à malices pour servir Ayanda Patosi : boum, reprise de volée en un temps et but de classe mondiale. Peter Maes a eu raison de souligner les progrès de son attaquant de pointe. Harbaoui a longtemps été obsédé par le dernier geste en zone de finition. Il a élargi son champ d'action et prête main forte à ses équipiers. Sa courbe de progrès s'explique par son parcours. Le Tunisien a rodé sa volonté à Mouscron, à Visé et à OHL avant d'émigrer à Lokeren : à 27 ans, il a donc voyagé, acquis de la roublardise et du métier. Du haut de ses 19 ans, Michy ne possède pas ce capital. Dans les autres clubs du top belge, les jeunes éléments offensifs sont protégés par des pirates qui sont partis à l'abordage sur toutes les mers. Si Massimo Bruno et Dennis Praet brillent à ce point à Anderlecht, ils le doivent aussi aux équilibres de leur équipe et à la présence de footballeurs de métier comme Lucas Biglia, DieumerciMbokani et Milan Jovanovic. Michy et Ezekiel n'ont pas cette chance : leur tâche serait infiniment plus aisée avec la présence à leurs côtés de joueurs aussi expérimentés que Jova et Dieu. Ces responsabilités devaient être confiées à Marvin Ogunjimi et Dudu Biton. Mais tous deux passent, pour l'heure, à côté de leur sujet. L'Israélien n'en touche pas une et Ogunjimi se remet de ses problèmes de santé et de ses blessures. Ezekiel a caché seul la forêt de problèmes offensifs. Il ne pouvait pas le faire durant toute la saison : c'est d'autant plus impossible à 19 ans qu'il était aligné seul en pointe. C'est ainsi qu'on peut griller un jeune, aussi brillant soit-il. Jans n'avait pas de cartouches de réserve. Rednic a résolu le problème à sa façon, en optant pour le 4-4-2 et le retour aux affaires de Michy. A deux, Ezekiel et Michy représentent l'avenir. Pour en profiter, tout en ne soumettant pas ce duo à une trop grosse charge de travail, le Standard devra chercher des attaquants expérimentés sur les étals du mercato d'hiver. Après 15 matches, le Standard compte six unités de moins qu'en 2011-12 à pareille époque. Il lui manque trois points pour se glisser dans le Top 6. C'est peu et beaucoup à la fois. Il reste encore sept matches, dont le prochain à Zulte Waregem qui n'est jamais une sinécure, avant la trêve des confiseurs et la venue des indispensables renforts offensifs. En attendant, il faudra que les jeunes s'accrochent en pointe. Michy le sait probablement. C'est le moment ou jamais de justifier son talent. A distance, parfaitement au courant de tout le travail accompli par les éducateurs, les formateurs et staff de la première, Walem sait que cette saison de hauts et de bas est probablement la plus importante de la carrière de Michy. " Il serait dommage qu'un tel talent s'évapore ", relève-t-il. " Or, cela arrive souvent. C'est à lui de jouer : tout dépend de sa volonté et de son travail. Michy doit aussi s'inspirer de la réussite de joueurs d'origine africaine. Je peux en citer beaucoup comme, par exemple, les frères Mpenza,Romelu Lukaku ou Christian Benteke. Rien n'est tombé du ciel pour eux : ces réussites devraient l'encourager. " PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : IMAGEGLOBE " Il serait dommage qu'un tel talent s'évapore. " (Johan Walem) Bruno et Praet peuvent compter sur des footballeurs de métier comme Biglia, Dieu et Jova. Michy et Ezekiel n'ont pas cette chance.