Il y a des stades, des exploits, des drames et des hommes qu'on pourrait glisser entre les tableaux des plus grands peintres flamands. Certaines ambiances folles, à Bruges, à Anvers ou à Genk, et des destinées exceptionnelles n'inspireraient-elles pas Pierre-Paul Rubens ou Jan Van Eyck ? Ces grands moments du football d'hier et d'aujourd'hui ne manqueront jamais de couleurs...
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Il y a des stades, des exploits, des drames et des hommes qu'on pourrait glisser entre les tableaux des plus grands peintres flamands. Certaines ambiances folles, à Bruges, à Anvers ou à Genk, et des destinées exceptionnelles n'inspireraient-elles pas Pierre-Paul Rubens ou Jan Van Eyck ? Ces grands moments du football d'hier et d'aujourd'hui ne manqueront jamais de couleurs... Ils ne s'entendent pas mais partagent les mêmes installations du stade Jan Breydel. Le Club Bruges et le Cercle y sont arrivés en 1975, l'idée de cette enceinte commune ayant été lancée par l'ancien bourgmestre de la Venise du Nord, Michel Van Maele. Avant, le Cercle (fondé en 1899, premier club flamand sacré champion en 1911, puis en 27 et en 30, vainqueur de 2 Coupes de Belgique : 1927, 1985) était installé au Stade Edgard Desmet, du nom d'un fondateur. Né en 1894, le Club Bruges collectionne 13 titres (les derniers en 2003 et 2005) et 10 Coupes de Belgique. Ce club a longtemps vécu au Klokke, l'appellation de ce stade étant due à la proximité d'un bistrot. Avant l'Euro 2000, l'Olympiapark devient le Stade Jan Breydel, en signe d'hommage à ce héros de la Bataille des Eperons d'Or. A l'étroit dans un stade de 29.000 places, le Club Bruges envisage de déménager et de construire une nouvelle arène, ce qui n'est pas le cas du Cercle. Au c£ur des seventies, le Club détient une équipe de taille européenne. Cette formation atteint la finale de la C3 en 1975-1976 mais est vaincue par Liverpool (3-2 chez les Reds, 1-1 au retour). Deux ans plus tard, le 10 mai 1978, c'est la cerise sur le gâteau : les Blauw en Zwart de l'emblématique coach autrichien Ernst Happel rencontrent Liverpool en finale de la Coupe des Champions à Wembley. Kenny Dalglish marque le seul de cette rencontre face à des Brugeois privés pour blessure de leur attaquant vedette, Raoul Lambert. Les finalistes brugeois : Jensen ; Bastijns, Krieger, Leekens, Maes ( Volders) ; Cools, De Cubber, Vandereycken ; Kü (Sanders), Simoen, Sorensen. Le stade Jan Breydel se transforme souvent en véritable fournaise à l'anglaise. Le Club Bruges y a régulièrement signé des retournements de situation sidérants sur les scènes européennes. Parmi ces rétablissements obtenus dans une frénésie et un bonheur collectifs incroyables comme lors de ce 5-0 en C3 après prolongations contre Dortmund en 1987-1988. Pourtant, les Allemands avaient largement dominé les troupes d' HenkHouwaart à l'aller (3-0). L'entraîneur néerlandais avait l'art de motiver ses joueurs. Né le 22 octobre 1944, Raoul Lambert est le joueur brugeois du siècle. Ce club a connu de nombreux et grands attaquants mais aucun n'a jamais joui de la popularité de cette flèche surnommée Lotte. Ultra-rapide et doté d'une puissance de feu phénoménale, Lambert avait une musculature fragile qui l'écarta souvent des terrains. Malgré cela, il fut 33 fois international (18 buts, présent au Mondial 70 et à l'Euro 72), cinq fois champion sans oublier ses trois Coupes de Belgique et une finale malheureuse de C3 contre Liverpool. Jan Ceulemans (55 ans) : Sterke Jan. Sterke, cela signifie fort en néerlandais. De 1978 à 1992, celui qu'on appelle aussi Caje (comme son papa) a tout vécu à Bruges où son jusqu'au-boutisme, ses raids et sa puissance ont été à la base de trois titres. Il a décroché 96 caps avec les Diables et prit part à toutes les grandes campagnes internationales dont l'Euro 80 et l'inoubliable Mundial 86. Courtisé par de grands clubs, il resta fidèle au Club. En 2005-2006, son règne de coach des Brugeois ne dura, hélas, que quelques mois. Ce divorce toucha profondément cette légende. Le Baron Michel D'Hooghe (66 ans) est un des plus grands dirigeants de l'histoire du football belge. Ex-médecin du Club Bruges à l'époque d' Ernst Happel, président de son club de 2003 à 2009, il a réussi un grand parcours à Bruxelles : président de la Ligue pro de football, président de l'Union belge (1986-2001) qu'il dynamise, modernise, installe avenue Houba de Strooper. De 1986 à 2002, il vit de près l'âge d'or des Diables Rouges et travaille pour que les Pays-Bas et la Belgique puissent organiser l'Euro 2000. Le Brugeois fait partie du Comité exécutif de la FIFA et est président de la commission médicale de cet organisme mondial. C'est le 22 août 1920 que les Buffalos ont inauguré leur stade actuel. Le surnom a été choisi à titre d'hommage rendu à Buffalo Bill qui planta un jour le chapiteau de son cirque dans leur ville. Ce n'est pas le roi de la prairie mais bien le Prince Léopold qui inaugura le stade Jules Otten (un des fondateurs du club en 1898). Cette enceinte d'une capacité de 13.000 places n'est plus à la page et, sous l'impulsion du président Ivan De Witte, Gand construit pour le moment un outil moderne de 20.000 places. Le stade Artevelde devrait être inauguré en 2013. Construit en 1927 sur un terrain appartenant à une sucrerie, le Stayenveld a été détruit par un bombardement aérien en 1944 et reconstruit en 1948. Au milieu des années 60, Raymond Goethals y casse la baraque avec des gars du cru (dirigé par un grand milieu de terrain, Odilon Polleunis) qui misent sur le hors-jeu et un engagement total apprécié par toute la Hesbaye. C'est dans la folie que ce club fondé en 1924 fut vice-champion de Belgique, en 1965-1966, derrière Anderlecht. Les grands s'enlisent alors régulièrement dans ces terres limoneuses où Marc Wilmots a entamé sa carrière. L'ancien président, Roland Duchâtelet (désormais big boss du Standard) a entamé de vastes travaux de modernisation du Stayenveld (10.400 places) désormais surveillés par sa compagne. A 57 ans, Eric Gerets a un palmarès de joueur long comme un jour sans soleil : Soulier d'Or 82, champion de Belgique avec le Standard (1982, 1983 + Coupe de Belgique 1981) et avec le PSV Eindhoven (1986, 87, 88, 89, 91, 92 + Coupe des Pays-Bas 1988, 89, 90). Gerets gagne la C1 en 1988 avec le PSV. Il entame sa carrière de coach à Liège en 1992 puis est champion avec le Lierse en 1997 et le Club Bruges en 1998 avant de voler de succès en succès à l'étranger : PSV, Kaiserslautern, Wolfsburg, Galatasaray, Marseille, Al Hilal Riyad, équipe nationale du Maroc. 86 fois international, Gerets est le meilleur coach belge actuel. Héros du Mondial mexicain en 1986, Jean-Marie Pfaff (58 ans) a vécu les belles heures de gloire de Beveren (champion en 1979, vainqueur de la Coupe de Belgique en 1978) avant de s'imposer au Bayern Munich de 1982 à 88 : trois titres (1985, 86, 87) et deux Coupes en Allemagne (1984, 1986). Soulier d'Or 1978 et 64 fois Diable Rouge, ce personnage fantasque et sympathique a ensuite été, avec toute sa famille, le centre d'une télé-réalité qui a connu un énorme succès durant des années. Qui en 2012 peut imaginer que le Bosuil de Deurne fut le théâtre de la finale de la C2 en 1964 entre le Sporting Portugal de Lisbonne et le MTK Budapest (1-0, après le 3-3 du Heysel) ? Personne. Qui sait encore qu'on y joua un Belgique-Allemagne durant l'Euro 72 ? Presque personne. Ce stade a été construit en 1923 pour abriter les matches entre les Diables Rouges et les Pays-Bas mais fut inauguré contre... l'Angleterre. Le Great Old, Matricule 1, y fêta quatre titres et deux Coupes de Belgique et vécu de belles heures de gloire sur les terrains belges avec Guy Thys (vice-champion en 1974 avec de joueurs comme KarlKodat, Flemming Lund, OveEklund, etc.), Dimitri Davidovic et Walter Meeuws. Mais c'est loin tout cela, Le Bosuil ne compte plus que 14.500 places, n'a pas été choisi pour recevoir des matches de l'Euro 2000 et est dépassé, sans avenir. L'Antwerp végète en D2 et Eddy Wauters, son président mythique, a récemment été déboulonné. Champion en 1957, l'Antwerp est normalement sorti en C1 par le Real Madrid. Les Anversois sont fiers de deux moments de gloire européenne. En 1989-1990, au premier tour de la C3, Vitocha vient à Anvers après le nul blanc de l'aller en Bulgarie. A la 89e, c'est 1-3 et l'Antwerp est réduit à 10 (tous les changements permis ont été effectués et Francky Dekenne s'est retiré sur blessure). Malgré cela, en six minutes de temps additionnel, l'Antwerp fait 2-2 et 3-3 par Nico Claesen avant l'incroyable but qualificatif (4-3) de Raphaël Quaranta. Le 12 mai 1993, après avoir éliminé Glenovan, Admira Wacker, Steaua Bucarest et le Spartak Moscou, l'Antwerp est battu 1-3 par Parme en finale de la C2 à Wembley. Les finalistes anversois : Stojanovic ; Kiekens, Broeckaert, Taeymans, Smidts ; Jakovljevic ( Van Veirdeghem), Van Rethy, Segers ( Moukrim) ; Severeyns, Czerniatynski et Lehnhoff. Fusionnés en 1988, Waterschei et Winterslag ont donné naissance au Racing Genk. Son stade (qui fut celui de Waterschei, stade André Dumont) en est à son troisième nom : stade Thyl Gheyselinck - qui travailla aussi à la fermeture des mines, ce qui ne le rendit pas populaire -, Fenixstadion et Cristal Arena depuis 2007 suite à un accord publicitaire avec le brasseur. Aimé Anthuenis,Sef Vergoossen et Frankie Vercauteren y ont gagné trois titres (1999, 2002, 2011) et trois Coupes de Belgique (1998, 2000, 2009). La Cristal Arena (25.000 places) accueille régulièrement la Ligue des Champions mais les Limbourgeois se souviennent aussi de ce soir européen de 1982-1983 quand Waterschei élimina un PSG trop prétentieux. Un an plus tôt, Winterslag avait sorti Arsenal en C3 (1-0 au Nordlaanstadium et 2-1 en Angleterre) : c'est fou, non ? Le stade de Berchem Sport date de 1906 et le Rooi (le nom d'un parc) a été le théâtre de matches de D1 durant 41 ans avant la chute de régime du Matricule 28. Berchem a offert 17 joueurs à l'équipe nationale dont Marcel Dries, Mais à côté des Dick Advocaat, Philippe Clément, Dick Jol, Stan Van Den Buys ou Eric Van Meir, le plus doué ne fut autre que Ludo Coeck (ex-Anderlecht, Inter Milan) qui fut formé au Rooi avant de passer au Parc Astrid en 1973. Cet élégant milieu de terrain gaucher a presque tout gagné (46 caps, deux fois champion, trois Coupes de Belgique, deux C2 en 1976 et 1978). Il a perdu la vie dans un accident de la route à Rumst, le 9 octobre 1985, à 30 ans. Le stade de sa jeunesse porte son nom. La s£ur de Ludo, Suzy, fut présidente de Berchem Sport. Bâti pour les Jeux olympiques de 1920, ce stade vibra quand les Diables Rouges y obtinrent la médaille d'or contre la Tchécoslovaquie (3-1 mais notre adversaire fut disqualifié pour avoir quitté le terrain avant la fin du temps réglementaire). Le Kiel a célébré 7 titres du Beerschot (de 1922 à 1939) et deux Coupes de Belgique. Les Rats du Kiel ont souvent compté des artistes comme Rik Coppens et Juan Lozano. Après un mariage avec Ekeren, ils ont retrouvé leur vrai nom : Beerschot, fondé en 1899. L'Inter Milan en 1978-1979 ou l'Athletic Bilbao en 1986-1987 ont courbé l'échine lors d'une soirée européenne au Freethiel, le terrain du SK Beveren, fondé en 1934. Le petit Anderlecht a fait rêver avec ses dockers qui jouaient comme des dieux. Les Pfaff,Jean Janssens (Soulier d'Or 1979), Albert Cluytens,Erwin Albert ou Heinz Schönberger et consorts ont multiplié les succès (2 titres : 1979 et 84) avant le temps des vaches maigres, l'éclaircie ivoirienne et la fusion avec Waasland en 2010. Waasland-Beveren évolue en D2 dans un stade qui a subi des travaux et que Frederik Thielemans (d'où le nom du stade : Freethiel), propriétaire du terrain au début des années 30, ne reconnaîtrait évidemment pas. On l'appelle le stade du Lisp (15.500 places, du nom de la chaussée où il se situe) mais il porte bien le nom d'un ancien ministre : Herman Vanderpoorten. Fondé en 1906, le Lierse compte quatre titres (1932, 1942, 1960, 1997), deux Coupes de Belgique (1969, 1999) et une histoire riche de grands joueurs : Bernard Voorhoof, Jan Ceulemans, E rwin Vandenbergh, etc. Deux curiosités : Lucien Olieslagers, Soulier d'Or 1959, n'a jamais été international. En 1971-72, le Lierse a sorti Leeds en C3 : 0-2 au Lisp et 0-4 en Angleterre. C'est un exploit inimaginable pour l'actuel président, l'homme d'affaires égyptien Maged Samy. Fondé en 1904, le YRKV Malines peut compter sur un public formidable qui a exprimé sa foi et sa jeunesse quand, perclus de soucis, ce club quitta la D1 en 2003 pour y revenir en 2007. Et ce fut la fête derrière les casernes où, en 1906, le chanoine Francis Dessain (ex-Léopold, capitaine de l'équipe nationale, ancien président de l'Union belge) acheta l'endroit pour le FC Malinois. " Derrière les casernes " (13.200 places) est un lieu mythique du football belge auquel est venu s'ajouter le nom d'un sponsor : Argos. L'autre club de Malines, le Racing, évolue en D3 et joue au stade Oscar Van Kesbeeck. Malines a obtenu quatre titres (1943, 1946, 1948, 1989) et une Coupe de Belgique (1987) mais c'est la campagne européenne de 1987-1988 qui a le plus marqué les esprits. L'équipe parfaitement mise au point par Aad de Mos se joue du Dinamo Bucarest, de Saint-Mirren, du Dinamo Minsk et de l'Atalanta Bergame avant de se mesurer à l'Ajax d'Amsterdam en finale à Strasbourg : 1-0, but de Den Boer. Les vainqueurs : Preud'homme ; Sanders, Rutjes, Clijsters ; Deferm, Hofkens ( Theunis), Koeman, Emmers, De Wilde ( De Mesmaeker) ; Den Boer, Ohana. Le regretté président John Cordier tient son sacre européen. Après le KSV Waregem (radié) en 2001, Zulte Waregem s'est installé au Gaverbeek dont le vrai nom est Stade Arc-en-ciel. Il a été inauguré en 1957 à l'occasion du Mondial de cyclisme sur route remporté par Rik Van Steenbergen. Rik I a reçu un maillot arc-en-ciel et le stade son surnom. En 1985-1986, le grand AC Milan se noya dans le Gaverbeek (un ruisseau) en C3 (1-1) avant de boire la tasse en Lombardie (1-2). PAR PIERRE BILIC