Depuis son rachat par Roman Abramovich en 2003, on savait que Chelsea s'apparentait à un colosse aux pieds d'argile. Un club dont la survie ne tient qu'à un fil, celui qui le lie au portefeuille de l'oligarque russe, ancien gouverneur de la lointaine province russe de la Tchoukotka. La lassitude allait bien guetter un jour ou l'autre l'ancien actionnaire de Gazprom. En attendant, le club londonien profitait allègrement de la générosité de son propriétaire, accumulant les dettes toujours épongées par Abramovich.
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Depuis son rachat par Roman Abramovich en 2003, on savait que Chelsea s'apparentait à un colosse aux pieds d'argile. Un club dont la survie ne tient qu'à un fil, celui qui le lie au portefeuille de l'oligarque russe, ancien gouverneur de la lointaine province russe de la Tchoukotka. La lassitude allait bien guetter un jour ou l'autre l'ancien actionnaire de Gazprom. En attendant, le club londonien profitait allègrement de la générosité de son propriétaire, accumulant les dettes toujours épongées par Abramovich. L'argent coulait à flots, le directeur exécutif, Peter Kenyon, débauché à Manchester United, jurant ses grands dieux qu'il fallait investir massivement avant de tendre à l'équilibre à l'horizon 2011, et de récolter des bénéfices à partir de cette date. Finalement, ce n'est pas la lassitude qui a obligé Abramovich à faire un pas en arrière mais la crise financière qui a eu raison de près de deux tiers de sa fortune. En mars 2007, le Russe apparaissait encore à la seizième place des plus grandes fortunes selon le magazine Forbes. Ses propriétés à Londres et dans le West Sussex en faisaient même la deuxième personnalité la plus riche de Grande-Bretagne. Il a suffi d'un divorce coûteux, d'une transaction risquée (la reprise d' Evraz, groupe sidérurgique russe, qui a reçu récemment une aide de l'Etat) et d'une crise financière mondiale pour voir ses avoirs passer de 21 à 8 milliards d'euros, d'après le magazine économique Challenges. Comme tout citoyen lambda (enfin, n'exagérons rien...), Abramovich se voit donc contraint de se serrer la ceinture, laissant le titre de flambeur de la Premier League au propriétaire de Manchester City, le cheikh Mansour bin Zayed Al Nayan. Et, humiliation suprême, au classement des hommes les plus riches du football anglais, Abramovich a dégringolé à la troisième place derrière Mansour et l'Indien Lakshmi Mittal, propriétaire des Queen's Park Rangers, lui aussi pourtant fortement touché par la crise. Les rumeurs vont donc bon train. Le Sunday Times a même évoqué le rachat du club après avoir appris que des émissaires russes, proches d'Abramovich, se seraient rendus à Dubaï et en Arabie Saoudite afin de discuter avec la famille royale saoudienne et " sonder l'intérêt qu'il pourrait y avoir dans le rachat du club ". Oui mais voilà, Chelsea a un prix. Si Abramovich a repris le club en déboursant 66,5 millions d'euros en 2003, les succès sportifs (deux titres de champion et une finale de Ligue des Champions) ont porté le prix de l'acquisition à 890 millions de livres. Vous ajoutez une dette colossale, 940 millions d'euros, dont les deux tiers dus à Abramovich lui-même (il pourrait d'ailleurs, s'il le voulait, exiger dans un délai de dix-huit mois le remboursement du prêt consenti à Chelsea), et vous ne voyez plus grand monde se presser au portillon des acheteurs potentiels. A moins d'un cheikh un peu mégalomane... Des rumeurs, certes, mais amplifiées par l'absence, le 17 janvier, d'Abramovich contre Stoke City. Chelsea a même dû se fendre d'un communiqué de son directeur exécutif, Kenyon : " Chelsea n'est pas à vendre. Le propriétaire n'a pas et ne va pas chercher à vendre ses parts dans un club avec lequel il est plus engagé que jamais. " Dont acte. Les bruits courent mais des mesures concrètes sont prises afin de réduire les frais de fonctionnement. Les joueurs, qui recevaient huit places pour chaque rencontre, ont vu le nombre réduit à quatre. Ils peuvent cependant acquérir dix tickets à bas prix, le montant étant déduit directement de leur salaire. Autre mesure impopulaire, digne d'un club de D4 et prônée par un audit commandé par le club en octobre : les joueurs doivent désormais payer le remplacement des équipements du club. Tous les courriers du club ne sont plus imprimés mais envoyés en format électronique et... on étudie la proposition de facturer aux joueurs les repas pris au centre d'entraînement de Cobham. Cela ne touche pas uniquement l'intendance. La cellule sportive est directement concernée. Le nombre de recruteurs londoniens est descendu de 22 à 10 et alors que l'équilibre devait être atteint en 2011, Abramovich a insisté auprès de Kenyon pour que le bilan d'exploitation soit, dès la fin de saison, en équilibre, alors que le dernier bilan publié (2006-2007) enregistrait un déficit de 98 millions d'euros. " Nous devons nous préparer à faire fonctionner le club sans faire appel à notre propriétaire ", a d'ailleurs reconnu Kenyon. Pour la première fois depuis la prise de pouvoir de l'oligarque, Chelsea se fera donc discret lors de ce mercato hivernal. Seul l'argent dépensé pourra être réinvesti. C'est-à-dire pour le moment les 12,5 millions que Chelsea a touchés du transfert de l'arrière gauche, Wayne Bridge, parti à Manchester City. Or, Joe Cole vient de se blesser et sera absent pour le reste de la saison. Ainsi, malgré l'appel du pied de Robinho, qui ne s'entend pas avec le manager de City, Mark Hughes, Chelsea ne pourra se permettre d'attirer le Brésilien, pourtant encore une cible en été. " Nous ne sommes généralement pas fort présents sur le marché hivernal car les meilleurs éléments sont rarement disponibles en janvier et, de plus, les joueurs qui arrivent à cette période prennent plus de temps à s'adapter ", dixit Kenyon. Pas mal dans le genre excuse bidon... Car en été, pour la première fois de l'ère Abramovich, les ventes avaient déjà compensé les arrivées. Deco et Bosingwa avaient certes été acquis pour un montant global de 33,5 millions d'euros mais Claude Makelele (PSG), Andriy Shevchenko (AC Milan), Shaun Wright-Phillips et Tal Ben Haïm (Manchester City), Steve Sidwell (Aston Villa), Khalid Boulahrouz (Stuttgart) et Claudio Pizarro (Brême) étaient partis : Toute cette agitation se répercute sur le terrain. Chelsea est un club qui s'est construit à coup de millions et ne possède pas une culture et une âme qui pourraient permettre au noyau de rester impassible aux rumeurs financières. Il suffit de voir la baisse de forme de certains joueurs depuis le début de la crise financière. En septembre, toute la presse s'enthousiasmait sur le " nouveau Chelsea ", dérivé de la patte Luiz Felipe Scolari. " Actuellement, Chelsea est la meilleure équipe d'Angleterre et peut-être d'Europe ", n'hésitait pas à affirmer Hugues. Scolari avait été embauché pour produire du football champagne (ou samba, c'est selon) et il semblait bien parti. Conservation du ballon, jeu au sol, recherche d'espaces, de décalages et de profondeur. Deco s'érigeait en meneur, Obi Mikel agissait en brise-lames, Nicolas Anelka marquait comme il respirait et Frank Lampard faisait du... Lampard (jaillissements de la deuxième ligne souvent fatals à l'adversaire). Bref, les victoires s'enchaînaient et les gros scores affluaient (4-0 deux fois contre Portsmouth, 4-0 contre Bordeaux, 0-5 à Middlesbrough, 0-3 à Hull, 5-0 contre Sunderland). Scolari, dont la bonhomie était saluée par la presse anglaise, plaisait. Sur et en dehors des terrains. Mais la machine a commencé à méchamment s'enrayer. Notamment lors des sommets. Dans les matches du Big Four, les Blues ont été battus par Liverpool (0-1), par Arsenal (1-2). Ecrasés à Old Trafford (3-0). " Du beau jeu face à Middlesbrough, c'est bien, mais gagner contre Liverpool, c'est mieux ", titrait d'ailleurs un quotidien londonien le lendemain du premier coup d'arrêt. La forteresse de Stamford Bridge se lézardait complètement. Autrefois imprenable jusqu'à cette fameuse victoire de Liverpool, le 26 octobre dernier, l'antre des Blues devenait un lieu de balade. 14 points de perdus en championnat et deux défaites (soit deux fois plus qu'en deux ans et demi). Scolari présentait donc un bilan à domicile inférieur à celui de ses prédécesseurs. Pour José Mourinho, on pouvait s'en douter mais même le pâlot Avram Grant et le fade Claudio Ranieri avaient fait mieux ! Mais personne ne paniquait, le bilan à domicile étant largement compensé par le record historique en déplacement : 11 victoires d'affilée, record de Tottenham (datant de 1960) battu ! Chelsea avait pourtant du mal à faire le jeu. " Nous avons plus d'espace à l'extérieur. A Stamford Bridge, c'est différent. Je ne comprends pas ", répétait Scolari, dont le football champagne tournait en kidibull. Il ne manquait plus que la claque, le signe extérieur de crise. Et elle advint le 11 janvier : 3-0 à Old Trafford. Ce jour-là, ce n'est pas tant la domination mancunienne qui frappa les observateurs mais la faiblesse, le manque de caractère, la tactique défaillante, bref la noyade collective de Chelsea. Pas un tir un tant soit peu dangereux en 90 minutes. Un milieu pourtant réputé plus solide physiquement, plus technique et plus dense que celui de Manchester, laminé par le pressing des Red Devils. Quelques jours plus tôt, Chelsea avait déjà peiné à donner la réplique à Southend United (1-1), un pensionnaire de League One, l'équivalent de notre D3, en Cup. Confronté au retour de blessure de Didier Drogba, Scolari ne savait plus quoi faire : aligner l'Ivoirien et Anelka ensemble ? Revenir à l'ancien schéma avec Drogba seul en pointe ? Faire patienter Drogba sur le banc ? A défaut de trancher, Scolari a décidé de tout essayer. Un 4-4-2 avec les deux joueurs : peu convaincant. Drogba seul en pointe : le couac à Manchester. Scolari demanda même au Français d'évoluer en décalage sur la gauche, mais Anelka, fort de ses 14 buts en championnat, refusa sèchement. Finalement, c'est quand même Anelka sur le terrain et Drogba en tribune. C'est alors que John Terry et Frank Lampard, qui n'apprécient que modérément que les " historiques " soient renvoyés en tribune, montèrent au créneau pour défendre le buteur ivoirien Et à Scolari de se fâcher d'abord avec Anelka, ensuite avec Drogba. " On fait plus parler de nous en dehors du terrain que par nos performances ", dit Florent Malouda. " Dans le noyau, il y a des joueurs de caractère, et Scolari est un entraîneur de caractère. Il y a donc parfois quelques petites étincelles. Moi, ce qui m'inquiète, c'est plus notre niveau de jeu. " La défense, marque de fabrique de l'ère Mourinho, prend l'eau également. Terry, en bon capitaine, demande à ses coéquipiers de s'impliquer davantage mais lui n'y arrive pas. Moins protégé dans le dispositif de jeu offensif de Scolari, il doit faire face à davantage de pression adverse et accumule les prestations en demi-teinte et les gestes défensifs brutaux. " On se sentait plus en sécurité voilà quelques saisons sur le plan défensif ", reconnaissait d'ailleurs le gardien tchèque Peter Cech dans L'Equipe Magazine. " Il était alors si difficile pour l'adversaire de se créer une occasion ! Aujourd'hui, on pense avant tout à bien jouer et on laisse des espaces pour les contre-attaques. " Après un début de championnat tonitruant, Deco ne cesse de décliner. Lampard sait marquer mais n'est pas un chef d'orchestre. Il peut juste sonner la charge et tirer la sonnette d'alarme comme face à Stoke, où Chelsea, mené 0-1 à la 88e, est parvenu à renverser la vapeur (2-1). Michael Ballack n'est pas non plus un régisseur (et il ne marque plus). A Old Trafford, Mourinho, présent dans la tribune, n'a certainement pas reconnu ses Blues. Lui à qui on reprochait le football trop calculé mais qui décrochait des trophées. Alors, l'héritage de Mourinho déjà galvaudé ? Non, pas tout à fait. Chelsea ne pointe qu'à deux points de la tête et contre Stoke, Lampard a montré que son équipe possédait encore cette capacité de révolte, marque de fabrique du Chelsea conquérant des années 2005-2006. par stéphane vande velde