Un café, un morceau de chocolat et un thé vert, glacé. Marc Grosjean profite des derniers instants de l'été, en terrasse. À l'entrée de la gare des Guillemins, dans sa ville, son fief. " C'est plus facile pour moi, à Liège. Parce que je m'y sens bien ", démarre le désormais T1 du RFCL, peu avant la défaite inaugurale de son équipe, qui évolue au troisième échelon depuis l'an dernier. L'ancien adjoint de Michel Preud'homme en Arabie Saoudite, un ami côtoyé longtemps chez le rival du Standard, ne boude pas son plaisir. Après des expériences aux quatre coins du pays, quelques piges à l'étranger, il revient enfin " chez [lui] ". Pour retrouver un club liégeois complètement changé depuis qu'il l'a quitté, en 2002.

Je ne sais pas si c'est le fait de vieillir, mais je sens que la fin se rapproche. " Marc Grosjean

" Ce qu'ils ont fait, c'est un miracle ", lance-t-il à propos de ses nouveaux dirigeants, qui ont reconstruit l'historique matricule 4, petit à petit. De retour à Rocourt, Marc Grosjean doit porter progressivement le FC Liège vers le professionnalisme, tout en polissant les joyaux du cru. Déjà éliminé en Coupe par son prédécesseur, Dante Brogno, il ne regarde pas dans le rétro, confiant dans le métier, animé plus que jamais par la passion, à 61 printemps. " Quand j'étais à l'Antwerp, le Président Eddy Wauters, un homme fantastique, adorait me demander de passer dans son bureau après l'entraînement. Ce n'était jamais pour me parler de l'équipe, du moins très rarement. Il me disait : " Quand tu arrives à Deurne, tu sens le foot. Quand tu es à Rocourt, même si le stade est nouveau, tu sens le foot. Mais il faut aimer le foot. Sinon, tu ne saurais rien sentir. "

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

Lors de la présentation de la nouvelle équipe, à l'Hôtel de ville de Liège, vous avez parlé d'un retour à la " maison ". Détail important : on vous associe plutôt au Standard.

MARC GROSJEAN : C'est clair qu'au départ, je suis fort sensibilisé par le Standard, mais mon papa est un supporter de Liège. Quand j'étais gamin, c'était régulier d'aller voir un match au Standard un week-end, et le suivant à Rocourt. À l'origine, je suis Sprimontois, mais j'ai passé toute ma jeunesse au Standard, de dix à dix-neuf ans. J'ai été jusqu'en réserve, puis je suis parti à Seraing. Je pensais alors que le foot pro, c'était terminé pour moi. Par bonheur, j'ai vécu une ascension exceptionnelle avec quelques copains et on était six à participer à cette aventure, de la D4 à la D1. Finalement, je suis le joueur de Seraing qui a joué le plus de matches en D1. À l'époque, il y avait trois clubs liégeois en D1.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

C'était comment, ce bouillonnement ?

GROSJEAN : C'était formidable parce qu'il y avait six derbies par saison. On se rencontrait beaucoup, on était copains. Comme on était beaucoup de joueurs locaux, ça avait un impact sur les gens. À Seraing, on jouait souvent le samedi donc le dimanche, soit on allait à Rocourt, soit au Standard. Sinon, on sortait assez souvent. Mais bon, la vie a changé (il sourit).

" Ici, il y a un respect, une reconnaissance "

Il n'y a pas un peu de nostalgie ?

GROSJEAN : Non, je ne suis pas quelqu'un de nostalgique. On ne saurait plus festoyer comme on le faisait, mais c'est comme ça. Chaque période a son charme et ses particularités. Aujourd'hui, c'est autre chose et il faut savoir apprécier ce qu'on a.

Liège reste quand même un club de nostalgiques. Qu'est-ce qui vous anime dans ce retour aux sources ?

GROSJEAN : La tradition. Il y a beaucoup de bénévoles, beaucoup d'anciens qui sont toujours présents et qui seront là jusqu'au bout. Aujourd'hui, je revois des visages que je n'avais plus vus depuis un certain temps, parce que la vie nous avait séparés. Cela vaut aussi pour les supporters, avec qui j'ai du plaisir à revenir sur l'actualité ou des anecdotes d'époque. Il y a un respect, une reconnaissance et ce sont des gens du foot, avec qui je peux avoir des discussions très riches. Quand j'ai discuté pour revenir, je l'ai fait avec qui ? Jean-François De Sart (membre du directoire, ndlr) et Gaëtan Englebert (directeur sportif, ndlr). C'est une richesse, un réel bonheur, parce qu'on a eu des vraies discussions de fond. Malheureusement, c'est quelque chose qu'on n'a pas la chance d'avoir dans tous les clubs. Le pouvoir revient parfois à des financiers qui veulent parler de ce sport sans beaucoup de respect et d'humilité.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

Vous vous êtes engagé sur combien de temps ?

GROSJEAN : J'ai signé un contrat à durée indéterminée.

Un CDI, c'est assez rare dans le milieu...

GROSJEAN : Cela se fait de plus en plus. La mode évolue. Clement a signé la même chose, à Bruges et à Genk. Pareil pour Mazzù à Genk, cet été. Maintenant, on met tout ce qu'on veut dans les contrats. Signer un ou deux ans, c'est la même chose. Pour mon cas personnel, il y a une volonté commune de vivre une belle aventure. J'avais surtout besoin de revenir ici. Durant toute ma carrière, j'ai fait des kilomètres et des kilomètres. Je n'ai jamais habité sur place et j'étais un petit peu lassé de cette vie. Je suis âgé maintenant, j'ai ma famille, des petits-enfants... Et puis, j'ai toujours bien aimé ce club.

" Aujourd'hui, il y a une ligne de conduite "

C'est quoi pour vous, le RFC Liège ?

GROSJEAN : C'est la passion. Les supporters de Liège, qui pour certains sont ensuite devenus des dirigeants, sont de véritables passionnés. Si le club est toujours là aujourd'hui, c'est grâce à eux. Des exemples parallèles : Malines ou le Beerschot. Grâce à des fidèles, des amoureux de leurs couleurs, ces clubs ont survécu. N'oublions pas que ce club s'est retrouvé sans stade pendant des années. C'était un club sans-abri, un club nomade qui a dû trouver des solutions à gauche, à droite, à Tilleur, à Ans... Personnellement, je l'ai connu à Seraing. La façon dont ce club a réussi à tenir debout, c'est incroyable.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

Vous avez établi un " plan sur le long terme " avec vos dirigeants. De quoi s'agit-il ?

GROSJEAN : Le Président (Jean-Paul Lacomble, ndlr) a clairement établi une stratégie de gestion et de travail sur cinq ans, à partir de cette saison-ci. Sur cette période, il veut amener le club, au niveau des infrastructures et de l'organisation, à un niveau professionnel. C'est-à-dire que si le club se retrouve en D1B, on doit déjà être prêt de ce côté-là.

Et sur le court terme ?

GROSJEAN : Il s'agit de vivre une saison sans problème. La saison dernière, le début de championnat était compliqué donc pendant très longtemps, il a fallu regarder dans le rétroviseur avant de connaître une fin heureuse. Il faut également que les joueurs qui constituent actuellement le noyau évoluent individuellement et collectivement. Je ne parlerais pas d'un projet à la Kompany, mais il faut que les jeunes progressent pour qu'on puisse compter sur eux dans un futur proche, qui se construira selon une philosophie de jeu. À eux de montrer qu'ils méritent une place. Sinon, nous irons chercher ailleurs ce que nous n'avons pas.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

Qu'est-ce qui a changé depuis votre premier passage, en 2001 ?

GROSJEAN : Aujourd'hui, il y a une direction qui a remis la main sur le club, avec une ligne de conduite. Il y a un projet pour le nouveau stade qui est en cours et le Président espère que la mise en route sera pour cette année. À l'époque, la direction, c'était une zone de turbulences permanente. Je crois que j'étais le cinquième entraîneur sur la saison et le club vivait au Pairay, où la cohabitation était compliquée avec Seraing. Le quotidien était compliqué, rien n'était simple. J'avais repris l'équipe à cinq matches de la fin du championnat de D2. On s'est sauvé lors du dernier match. Puis, il y a eu cette collaboration avec le PSG, amenée par Roger Henrotay. On a récupéré quelques bons joueurs, j'ai été voir leur réserve jouer au Camp des Loges, avec Antoine Kombouaré comme coach et Luis Fernandez au-dessus... C'était chouette. J'avais notamment été voir Lorik Cana (ancien capitaine de l'OM et de l'Albanie, ndlr), qui nous avait été proposé. Mais ça ne l'intéressait pas, il était proche du noyau A. On a fait une belle saison, sportivement (ils terminent dixièmes, ndlr), puis je suis parti à Mons.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

" Il y a eu Beveren, Malines, Saint-Trond... Mais ça ne s'est pas fait "

On a plusieurs fois parlé de vous en D1, même au Standard, avant Sa Pinto. Vous n'aviez pas peur de revenir encore en D1 Amateur ?

GROSJEAN : J'ai eu des contacts avec des clubs de D1A, mais ça ne s'est jamais arrangé. J'ai ma petite idée, c'est le monde du foot (sourire). C'était un véritable objectif et j'avais suffisamment de possibilités pour y retourner. Il y a eu Waasland-Beveren, Malines, Saint-Trond... Mais ça ne s'est pas fait. La D1 Amateur, ce n'est pas un souci pour moi, parce qu'il faut aussi être lucide. Et j'avais envie d'être à Liège. Quand je suis retourné voir des matches durant la saison dernière, j'ai revu la vie dans ce club. On sent que ce club est bien reparti. Maintenant que je suis dedans, je ne peux que confirmer cette impression.

Vous n'êtes pas fatigué par le milieu ?

GROSJEAN : Non, parce que j'aime ce que je fais. Je le disais encore à ma femme : je ne sais pas si c'est le fait de le vieillir, mais je sens que la fin se rapproche. Je ne pense pas à la fin, mais il faut quand même être lucide, je suis plus proche de la fin que du début. Pourtant, j'aime de plus en plus être sur le terrain et j'adore entraîner. Je suis un passionné de l'entraînement. Je suis au stade deux heures avant tout le monde, je m'installe dans mon bureau, je suis heureux. Je n'ai pas besoin d'avoir des paillettes autour de moi, cette atmosphère de foot me suffit. C'est vraiment la passion qui m'anime. Et ça ne passe pas.

Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist., BELGAIMAGE
Rocourt était bien garni pour le premier match de la saison, face à Heist. © BELGAIMAGE

Revenir à Liège, c'était alors un moyen de boucler la boucle ?

GROSJEAN : Aujourd'hui, je ne sais pas si la boucle sera bouclée pour moi en tant qu'entraîneur à Liège. C'est difficile à dire, on ne sait jamais. Tout peut arriver et malgré mon âge, je reste quelqu'un de très ambitieux. Je n'ai pas encore l'intention de mourir (rires). En tout cas, je m'y verrais bien. Ma vie me convient et il faut aussi que cela convienne à Liège. Si je pouvais programmer une fin, je ferais en sorte d'entraîner encore deux ou trois ans et, c'est ce que j'ai dit au Président, de faire monter Liège en D1B dans son nouveau stade. Alors là, ce serait magnifique. Ce serait le nec plus ultra. Mais bon, il y a encore beaucoup d'eau qui doit couler dans la Meuse d'ici là...

Marc Grosjean : " Si le club a survécu, c'est grâce aux fidèles, aux amoureux de leurs couleurs. ", BELGAIMAGE
Marc Grosjean : " Si le club a survécu, c'est grâce aux fidèles, aux amoureux de leurs couleurs. " © BELGAIMAGE

Veines bleues et sang rouge

À Virton, la saison dernière, vous avez été congédié après huit journées seulement. On vous reprochait notamment de trop vouloir " bien jouer "...

GROSJEAN : C'est faux. À la base, j'avais signé pour deux ans, avec un en option, et dès que je décidais de ne plus entraîner, je devenais automatiquement directeur sportif. Mais dès le départ, j'ai compris que ça n'allait pas aller. C'est un problème de personnes, point à la ligne. Il ne faut pas chercher plus loin, ni tourner autour du pot. Ça ne me convenait plus de travailler avec certaines personnes qui sont clairement incompétentes.

À l'Union, puis à Virton, vous avez connu - à vos dépens - deux repreneurs étrangers. Quelle est leur différence avec les dirigeants liégeois ?

GROSJEAN : La différence avec Liège, c'est qu'il y a une vraie identité et une vraie envie de la garder. Le club a tellement connu de difficultés que je crois que les dirigeants seront toujours d'une méfiance et d'une vigilance décuplées. Ce sont de vrais amoureux du club. Ce sont des rouge et bleu jusqu'au fond de leur âme. Ils ont du sang bleu dans le rouge. Et les veines sont bleues d'ailleurs, donc c'est vraiment un bel alliage (il rit).

Vous avez passé trois saisons à l'Union. Comment ça s'est terminé ?

GROSJEAN : C'étaient trois saisons merveilleuses. Les repreneurs anglais souhaitaient me garder. J'ai discuté avec eux mais la manière dont le projet m'était présenté me rendait sceptique, dans la mesure où ils voulaient se séparer de pratiquement tous les joueurs. J'étais mal à l'aise vis-à-vis de certains d'entre eux, qui ne méritaient pas d'être écartés. Et puis, j'ai eu une proposition tip-top de Virton, avec un réel projet et une projection pour mon futur, que j'aurais difficilement pu laisser passer. J'ai fait un choix. Si j'étais rentré dans les rails, je restais. S'ils sont là aujourd'hui, c'est grâce à l'excellent travail effectué avec mon staff. Ils ont peu d'humilité et peu de respect en ne le disant pas. Dans l'équipe actuelle, il y a quatre ou cinq joueurs qui j'ai été chercher, comme Perdichizzi, que personne ne voulait.

© BELGAIMAGE
Un café, un morceau de chocolat et un thé vert, glacé. Marc Grosjean profite des derniers instants de l'été, en terrasse. À l'entrée de la gare des Guillemins, dans sa ville, son fief. " C'est plus facile pour moi, à Liège. Parce que je m'y sens bien ", démarre le désormais T1 du RFCL, peu avant la défaite inaugurale de son équipe, qui évolue au troisième échelon depuis l'an dernier. L'ancien adjoint de Michel Preud'homme en Arabie Saoudite, un ami côtoyé longtemps chez le rival du Standard, ne boude pas son plaisir. Après des expériences aux quatre coins du pays, quelques piges à l'étranger, il revient enfin " chez [lui] ". Pour retrouver un club liégeois complètement changé depuis qu'il l'a quitté, en 2002. " Ce qu'ils ont fait, c'est un miracle ", lance-t-il à propos de ses nouveaux dirigeants, qui ont reconstruit l'historique matricule 4, petit à petit. De retour à Rocourt, Marc Grosjean doit porter progressivement le FC Liège vers le professionnalisme, tout en polissant les joyaux du cru. Déjà éliminé en Coupe par son prédécesseur, Dante Brogno, il ne regarde pas dans le rétro, confiant dans le métier, animé plus que jamais par la passion, à 61 printemps. " Quand j'étais à l'Antwerp, le Président Eddy Wauters, un homme fantastique, adorait me demander de passer dans son bureau après l'entraînement. Ce n'était jamais pour me parler de l'équipe, du moins très rarement. Il me disait : " Quand tu arrives à Deurne, tu sens le foot. Quand tu es à Rocourt, même si le stade est nouveau, tu sens le foot. Mais il faut aimer le foot. Sinon, tu ne saurais rien sentir. " Lors de la présentation de la nouvelle équipe, à l'Hôtel de ville de Liège, vous avez parlé d'un retour à la " maison ". Détail important : on vous associe plutôt au Standard. MARC GROSJEAN : C'est clair qu'au départ, je suis fort sensibilisé par le Standard, mais mon papa est un supporter de Liège. Quand j'étais gamin, c'était régulier d'aller voir un match au Standard un week-end, et le suivant à Rocourt. À l'origine, je suis Sprimontois, mais j'ai passé toute ma jeunesse au Standard, de dix à dix-neuf ans. J'ai été jusqu'en réserve, puis je suis parti à Seraing. Je pensais alors que le foot pro, c'était terminé pour moi. Par bonheur, j'ai vécu une ascension exceptionnelle avec quelques copains et on était six à participer à cette aventure, de la D4 à la D1. Finalement, je suis le joueur de Seraing qui a joué le plus de matches en D1. À l'époque, il y avait trois clubs liégeois en D1. C'était comment, ce bouillonnement ? GROSJEAN : C'était formidable parce qu'il y avait six derbies par saison. On se rencontrait beaucoup, on était copains. Comme on était beaucoup de joueurs locaux, ça avait un impact sur les gens. À Seraing, on jouait souvent le samedi donc le dimanche, soit on allait à Rocourt, soit au Standard. Sinon, on sortait assez souvent. Mais bon, la vie a changé (il sourit). Il n'y a pas un peu de nostalgie ? GROSJEAN : Non, je ne suis pas quelqu'un de nostalgique. On ne saurait plus festoyer comme on le faisait, mais c'est comme ça. Chaque période a son charme et ses particularités. Aujourd'hui, c'est autre chose et il faut savoir apprécier ce qu'on a. Liège reste quand même un club de nostalgiques. Qu'est-ce qui vous anime dans ce retour aux sources ? GROSJEAN : La tradition. Il y a beaucoup de bénévoles, beaucoup d'anciens qui sont toujours présents et qui seront là jusqu'au bout. Aujourd'hui, je revois des visages que je n'avais plus vus depuis un certain temps, parce que la vie nous avait séparés. Cela vaut aussi pour les supporters, avec qui j'ai du plaisir à revenir sur l'actualité ou des anecdotes d'époque. Il y a un respect, une reconnaissance et ce sont des gens du foot, avec qui je peux avoir des discussions très riches. Quand j'ai discuté pour revenir, je l'ai fait avec qui ? Jean-François De Sart (membre du directoire, ndlr) et Gaëtan Englebert (directeur sportif, ndlr). C'est une richesse, un réel bonheur, parce qu'on a eu des vraies discussions de fond. Malheureusement, c'est quelque chose qu'on n'a pas la chance d'avoir dans tous les clubs. Le pouvoir revient parfois à des financiers qui veulent parler de ce sport sans beaucoup de respect et d'humilité. Vous vous êtes engagé sur combien de temps ? GROSJEAN : J'ai signé un contrat à durée indéterminée. Un CDI, c'est assez rare dans le milieu... GROSJEAN : Cela se fait de plus en plus. La mode évolue. Clement a signé la même chose, à Bruges et à Genk. Pareil pour Mazzù à Genk, cet été. Maintenant, on met tout ce qu'on veut dans les contrats. Signer un ou deux ans, c'est la même chose. Pour mon cas personnel, il y a une volonté commune de vivre une belle aventure. J'avais surtout besoin de revenir ici. Durant toute ma carrière, j'ai fait des kilomètres et des kilomètres. Je n'ai jamais habité sur place et j'étais un petit peu lassé de cette vie. Je suis âgé maintenant, j'ai ma famille, des petits-enfants... Et puis, j'ai toujours bien aimé ce club. C'est quoi pour vous, le RFC Liège ? GROSJEAN : C'est la passion. Les supporters de Liège, qui pour certains sont ensuite devenus des dirigeants, sont de véritables passionnés. Si le club est toujours là aujourd'hui, c'est grâce à eux. Des exemples parallèles : Malines ou le Beerschot. Grâce à des fidèles, des amoureux de leurs couleurs, ces clubs ont survécu. N'oublions pas que ce club s'est retrouvé sans stade pendant des années. C'était un club sans-abri, un club nomade qui a dû trouver des solutions à gauche, à droite, à Tilleur, à Ans... Personnellement, je l'ai connu à Seraing. La façon dont ce club a réussi à tenir debout, c'est incroyable. Vous avez établi un " plan sur le long terme " avec vos dirigeants. De quoi s'agit-il ? GROSJEAN : Le Président (Jean-Paul Lacomble, ndlr) a clairement établi une stratégie de gestion et de travail sur cinq ans, à partir de cette saison-ci. Sur cette période, il veut amener le club, au niveau des infrastructures et de l'organisation, à un niveau professionnel. C'est-à-dire que si le club se retrouve en D1B, on doit déjà être prêt de ce côté-là. Et sur le court terme ? GROSJEAN : Il s'agit de vivre une saison sans problème. La saison dernière, le début de championnat était compliqué donc pendant très longtemps, il a fallu regarder dans le rétroviseur avant de connaître une fin heureuse. Il faut également que les joueurs qui constituent actuellement le noyau évoluent individuellement et collectivement. Je ne parlerais pas d'un projet à la Kompany, mais il faut que les jeunes progressent pour qu'on puisse compter sur eux dans un futur proche, qui se construira selon une philosophie de jeu. À eux de montrer qu'ils méritent une place. Sinon, nous irons chercher ailleurs ce que nous n'avons pas. Qu'est-ce qui a changé depuis votre premier passage, en 2001 ? GROSJEAN : Aujourd'hui, il y a une direction qui a remis la main sur le club, avec une ligne de conduite. Il y a un projet pour le nouveau stade qui est en cours et le Président espère que la mise en route sera pour cette année. À l'époque, la direction, c'était une zone de turbulences permanente. Je crois que j'étais le cinquième entraîneur sur la saison et le club vivait au Pairay, où la cohabitation était compliquée avec Seraing. Le quotidien était compliqué, rien n'était simple. J'avais repris l'équipe à cinq matches de la fin du championnat de D2. On s'est sauvé lors du dernier match. Puis, il y a eu cette collaboration avec le PSG, amenée par Roger Henrotay. On a récupéré quelques bons joueurs, j'ai été voir leur réserve jouer au Camp des Loges, avec Antoine Kombouaré comme coach et Luis Fernandez au-dessus... C'était chouette. J'avais notamment été voir Lorik Cana (ancien capitaine de l'OM et de l'Albanie, ndlr), qui nous avait été proposé. Mais ça ne l'intéressait pas, il était proche du noyau A. On a fait une belle saison, sportivement (ils terminent dixièmes, ndlr), puis je suis parti à Mons. On a plusieurs fois parlé de vous en D1, même au Standard, avant Sa Pinto. Vous n'aviez pas peur de revenir encore en D1 Amateur ? GROSJEAN : J'ai eu des contacts avec des clubs de D1A, mais ça ne s'est jamais arrangé. J'ai ma petite idée, c'est le monde du foot (sourire). C'était un véritable objectif et j'avais suffisamment de possibilités pour y retourner. Il y a eu Waasland-Beveren, Malines, Saint-Trond... Mais ça ne s'est pas fait. La D1 Amateur, ce n'est pas un souci pour moi, parce qu'il faut aussi être lucide. Et j'avais envie d'être à Liège. Quand je suis retourné voir des matches durant la saison dernière, j'ai revu la vie dans ce club. On sent que ce club est bien reparti. Maintenant que je suis dedans, je ne peux que confirmer cette impression. Vous n'êtes pas fatigué par le milieu ? GROSJEAN : Non, parce que j'aime ce que je fais. Je le disais encore à ma femme : je ne sais pas si c'est le fait de le vieillir, mais je sens que la fin se rapproche. Je ne pense pas à la fin, mais il faut quand même être lucide, je suis plus proche de la fin que du début. Pourtant, j'aime de plus en plus être sur le terrain et j'adore entraîner. Je suis un passionné de l'entraînement. Je suis au stade deux heures avant tout le monde, je m'installe dans mon bureau, je suis heureux. Je n'ai pas besoin d'avoir des paillettes autour de moi, cette atmosphère de foot me suffit. C'est vraiment la passion qui m'anime. Et ça ne passe pas. Revenir à Liège, c'était alors un moyen de boucler la boucle ? GROSJEAN : Aujourd'hui, je ne sais pas si la boucle sera bouclée pour moi en tant qu'entraîneur à Liège. C'est difficile à dire, on ne sait jamais. Tout peut arriver et malgré mon âge, je reste quelqu'un de très ambitieux. Je n'ai pas encore l'intention de mourir (rires). En tout cas, je m'y verrais bien. Ma vie me convient et il faut aussi que cela convienne à Liège. Si je pouvais programmer une fin, je ferais en sorte d'entraîner encore deux ou trois ans et, c'est ce que j'ai dit au Président, de faire monter Liège en D1B dans son nouveau stade. Alors là, ce serait magnifique. Ce serait le nec plus ultra. Mais bon, il y a encore beaucoup d'eau qui doit couler dans la Meuse d'ici là...