La période de préparation venait à peine de débuter que, déjà, Gordan Vidovic se blessait. Une petite contracture au mollet s'est déclarée et l'a obligé à interrompre les entraînements. Quelques jours de repos n'y ont pas suffi. Lors du stage à Delden, les mêmes symptômes sont réapparus. Hugo Broos a pris la décision qui s'imposait: il a obligé son défenseur à se soigner, puis à peaufiner sa condition individuellement, avant de le réintroduire dans le groupe.
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La période de préparation venait à peine de débuter que, déjà, Gordan Vidovic se blessait. Une petite contracture au mollet s'est déclarée et l'a obligé à interrompre les entraînements. Quelques jours de repos n'y ont pas suffi. Lors du stage à Delden, les mêmes symptômes sont réapparus. Hugo Broos a pris la décision qui s'imposait: il a obligé son défenseur à se soigner, puis à peaufiner sa condition individuellement, avant de le réintroduire dans le groupe. Les petites blessures ont malheureusement été fréquentes chez l'ancien international ces derniers temps et son entraîneur ne veut plus commettre l'erreur de le remettre trop tôt dans le grand bain. Le retour de Gordan Vidovic suscite bien des interrogations. En voici quelques-unes auxquelles nous avons tenté d'apporter une réponse.Pourquoi est-il aussi souvent blessé?Selon le kiné de l'Excelsior, Christophe Soyez, tous les petits pépins physiques qui ont miné la saison 2000-2001 de Gordan Vidovic (fracture de fatigue, fracture du cinquième métatarse, différentes petites blessures musculaires) sont une conséquence de l'opération au genou qu'il a subie voici un an et demi. "Il a été opéré du genou droit et il a compensé de la jambe gauche", explique-t-il. "Il avait déjà souffert de la même petite contracture la saison dernière. Cette petite contracture s'était transformée en déchirure ou élongation. A la longue, c'était élongation sur élongation: elle n'avait pas le temps de cicatriser. Il est revenu trop vite, avec un déficit d'entraînement. Or, il a une masse musculaire fort importante. En fin de saison dernière, il accusait une surcharge pondérale, et lors de la période de préparation, il a surchargé son mollet. D'où les problèmes qu'il connaît actuellement". Où en est Vidovic dans sa préparation?Actuellement, Gordan se prépare individuellement sous la direction de Gil Vandenbrouck. "Il s'entraîne deux fois par jour sans aucune gêne", témoigne le préparateur physique de l'Excel. "Il court, il fait de la musculation. Il revient progressivement à un bon niveau. Il est à peu près arrivé au point où les autres joueurs étaient à Delden. Il a perdu un peu de poids, ce qui n'est pas négligeable. Maintenant, on va voir comment il va se comporter avec le ballon". Quand rejouera-t-il?"Aucune date n'a été fixée pour son retour", assure Hugo Broos. "Gordan ne sera plus réintroduit dans l'équipe aussi longtemps qu'il n'est pas physiquement prêt. Cela peut être en septembre, en octobre: peu importe. Il prendra le temps qu'il faudra. Sinon, le risque serait trop grand d'encourir une nouvelle rechute. La saison dernière, j'ai toujours commis la même erreur, parce qu'il est important pour l'équipe, de le réintroduire trop tôt. Il a toujours accepté de jouer lorsque je le lui ai demandé, mais physiquement, il n'était pas prêt. Il revenait de blessure, et après deux entraînements, il rejouait. Une fois, cela va, mais plusieurs fois: bonjour les dégâts! La fatigue s'accumule et le risque de blessures s'accroît. Je ne recommettrai plus la même erreur. J'aurais peut-être déjà pu l'aligner, dimanche à Alost. Si je le lui avais demandé, je suis certain qu'il aurait accepté. Mais le risque qu'il ressente une nouvelle douleur après soixante minutes et se reblesse pour plusieurs semaines aurait été trop grand".Le staff médical aurait-il dû intervenir?Si Broos fait volontiers son mea culpa, le staff médical n'aurait-il pas dû mettre son veto à un retour précipité? Christophe Soyez se défend. "On se fie à ce que le joueur dit. S'il affirme que ça va, on lui fait confiance. On n'est pas dans son corps, on ne sait pas le sentir. On ne peut se fier qu'à des signes extérieurs. Gordan voulait sans doute jouer, montrer qu'il était là. Il voyait qu'on avait besoin de lui, parce qu'il y avait beaucoup de blessés dans l'équipe. Il a trop souvent brûlé les étapes. On lui prescrivait une semaine complète de repos, mais après quatre ou cinq jours, il se déclarait prêt à reprendre du service. Maintenant, cela ne se passera plus ainsi. L'entraîneur a décidé de prendre son temps. Il aurait déjà fallu le faire l'an passé, mais les nécessités de l'équipe l'ont incité à faire jouer son capitaine. Dans d'autres clubs aussi, cela se passe comme ça: on fait jouer des joueurs sous infiltration, parce qu'il y a des matches importants. Désormais, on a décidé que Vido ne rejouera pas avant d'être fin prêt".Acceptera-t-il de prendre place sur le banc?Le fait que Gordan Vidovic retrouvait d'emblée sa place de titulaire, alors qu'il n'avait que quelques entraînements dans les jambes et qu'il n'était pas à 100% de ses moyens, a parfois irrité le joueur évincé, qui estimait ne pas avoir démérité et n'était pas loin de penser qu'il devait faire face à une concurrence déloyale. Etant donné le statut de l'ancien international, Broos pourra-t-il se résoudre à faire patienter Vido sur le banc, le temps qu'il faudra? Et le joueur, lui-même, l'acceptera-t-il? "La question n'est pas de savoir si Gordan acceptera ou non de prendre place sur le banc", affirme l'entraîneur. "Il doit réagir en professionnel et se plier à la décision du coach. De mon côté, je suis résolu à ne pas précipiter les événements. Lorsque Gordan sera prêt et qu'une position sera libre dans l'axe central, il sera réintroduit dans le onze de base. Pas avant".Pourquoi Vidovic est-il un joueur important pour Mouscron?Si Broos a réintroduit Vidovic trop tôt, c'est parce qu'il le considère comme un joueur important. Pour quelles raisons? "C'est un joueur qui a beaucoup de présence sur le terrain. C'est un gabarit. Il dégage une grande puissance. Il est très bon de la tête. En un-contre-un, on ne le passe pas facilement. Assez de qualités pour un bon défenseur. Il n'a pas un bon démarrage, mais lorsqu'il est lancé, il est rapide. En outre, parmi tous les défenseurs dont je dispose, il est le plus précis à la relance. Quand on a un Vido à 100%, on ne doit pas hésiter à le faire jouer".Et un Vido à 50%?Malgré toutes les petites blessures dont il a été victime, Gordan Vidovic a tout de même disputé, la saison dernière, 24 des 34 rencontres de championnat. Quel fut son rendement? "Je n'ai jamais eu à me plaindre des matches qu'il a disputés", affirme Broos. "Même si ce n'était pas le Vido d'avant, c'est un joueur qui a une excellente mentalité et qui sait mordre sur sa chique lorsque c'est nécessaire. Lorsqu'il a joué, il s'est toujours rendu utile. Le vrai problème, c'est qu'en s'alignant à 50% de ses moyens, il se reblessait trop facilement. Depuis deux saisons, Vidovic est allé d'une blessure à l'autre.Retrouvera-t-il son niveau d'antan?L'époque où Vidovic plaidait sa cause en équipe nationale et suscitait la convoitise de clubs anglais semble appartenir au passé. Le joueur s'en rend compte lui-même. Les chiffres en attestent. Voici deux ans, en tant que défenseur, il était encore le deuxième buteur de l'Excelsior. La saison dernière, il n'a trouvé le chemin des filets qu'à une seule reprise. A 33 ans, Vido retrouvera-t-il un jour le niveau qui était le sien autrefois? "Pour autant qu'il puisse jouer une saison complète, qui ne soit pas sans cesse interrompue par des petites blessures, je suis persuadé qu'il peut revenir", pense Hugo Broos. "Mais je n'ai pas de boule de cristal et je ne peux pas présager de l'avenir". Christophe Soyez partage l'avis de son entraîneur : "S'il est épargné par les blessures, et tout en sachant qu'il a tout de même déjà 33 ans, il n'y a pas de raison qu'il ne revienne pas à un bon niveau. Mais, si ces petits pépins subsistent, il faudra se poser d'autres questions".Peut-on lui reprocher de ne pas s'entraîner assez?"Gordan n'a jamais été un fanatique de l'entraînement", constate Hugo Broos. "Il a toujours su se mettre en évidence par d'autres qualités. Mais, à un moment donné, on reçoit le contrecoup. Surtout lorsqu'on est victime d'une blessure grave. Vido a eu la malchance que cette blessure survienne. Quand on s'est entraîné pendant des années au rythme où il l'a fait, on a toujours des problèmes pour revenir. Retrouver un niveau correct est plus difficile pour un joueur dont le corps n'a pas été bien entraîné". "Vido n'est pas un courageux", confirme Christophe Soyez. "C'est le gars qui va s'entraîner juste ce qu'il faut. La saison dernière, il jouait le week-end, il loupait les entraînements du lundi et du mardi, c'était congé le mercredi, et il reprenait les entraînements le jeudi et le vendredi, pour jouer le samedi. Là, dans le match, cela allait bien une mi-temps, mais en deuxième mi-temps il était dans le rouge. Et, lorsqu'on est dans le rouge, on s'expose plus facilement à des contractures ou à des blessures de ce genre. Il évitait peut-être aussi de s'entraîner pour ne pas se faire mal". "Je suis content qu'il ait retrouvé le chemin de la salle de musculation", enchaîne Gil Vandenbrouck. "C'est le genre de joueur qui ne s'y rendra pas de son plein gré lorsque ce n'est pas obligatoire. A Mouscron, on oblige les jeunes à y aller parce qu'ils doivent encore développer leur corps. Mais à 28 ans le corps est en principe formé lorsqu'on s'est bien entraîné les années précédentes. En dehors de la séance hebdomadaire à laquelle le groupe est astreint, on n'oblige personne à faire des exercices individuels. Gordan en aurait pourtant eu besoin et il semble aujourd'hui un peu plus motivé à le faire".Daniel Devos