R ichard Depoorter a remporté Liège-Bastogne-Liège de manière impressionnante en 1947. Ses cinq poursuivants, dont Raymond Impanis et Stan Ockers, ont eu beau combiner leurs efforts lorsqu'ils l'ont vu partir, ils ne sont pas parvenus à combler l'écart. Quatre ans plus tôt, la Doyenne des classiques s'était déroulée selon le même scénario. Depoorter l'avait également remportée avec une avance minime.
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R ichard Depoorter a remporté Liège-Bastogne-Liège de manière impressionnante en 1947. Ses cinq poursuivants, dont Raymond Impanis et Stan Ockers, ont eu beau combiner leurs efforts lorsqu'ils l'ont vu partir, ils ne sont pas parvenus à combler l'écart. Quatre ans plus tôt, la Doyenne des classiques s'était déroulée selon le même scénario. Depoorter l'avait également remportée avec une avance minime. Originaire d'Ichtegem en Flandre occidentale, Depoorter n'a pas toujours ressenti le besoin de démontrer sa classe. Même si, enfant, il a vu son concitoyen Jules Van Hevel gagner le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, ce modeste pâtissier ne courait que pour le plaisir. Ce n'est que lorsqu'on le provoquait qu'il se montrait sous son meilleur jour. Pourquoi Richard aurait-il tout laissé tomber pour le cyclisme? Après son mariage, une fabrique de vélos lui a été confiée et il a gagné beaucoup d'argent. La vie lui a souri. Jusqu'à ce que la Seconde Guerre mondiale éclate et qu'il soit appelé sous les drapeaux. Depoorter a été capturé et assigné aux transports. En 1942, il est revenu en Belgique, après avoir survécu à un accident de train. L'occupant autorisait les courses en Belgique et c'est ainsi qu'il a décroché avec panache son premier bouquet en 1943: Liège-Bastogne-Liège. Avec sept secondes d'avance. Mais il y a surtout eu ce Tour de Suisse fatal en 1948. Une course qui devait servir de préparation à son premier Tour de France, mais qui s'est terminée par un drame. Le Flandrien était en deuxième position après trois étapes et a voulu attaquer le leader Ferdi Kübler dans l'étape qui passait par le col du Susten. Le Suisse est rapidement passé à l'attaque et comptait trois minutes d'avance au sommet. Depoorter n'était toutefois pas inquiet à ce sujet: il était persuadé de pouvoir combler l'écart dans la descente et s'est lancé à sa poursuite. C'est alors que le drame est survenu. Richard Depoorter roulait à 90 km/h en descente dans un tunnel non éclairé et n'en est jamais sorti vivant. A-t-il heurté un mur de neige sur le bord de la route? Cela a-t-il endommagé les freins de son vélo? Toujours est-il que des poursuivants ont trouvé son corps et l'ont transporté à l'extérieur, les larmes aux yeux. Plus tard, une enquête démontrera qu'il a été heurté par sa propre voiture suiveuse. Sur son maillot, on retrouva des traces de pneu de voiture et l'enfoncement de sa cage thoracique semble être la cause de sa mort. Son frère Willy a parlé d'une véritable tentative de meurtre. On a dit que Ferdi Kübler devait absolument gagner ce Tour de Suisse. Plus tard, il est également apparu que les tubes de Depoorter n'étaient pas collés sur la jante. L'accident restera à jamais un mystère. Les funérailles de Richard Depoorter ont attiré la grande foule à Ichtegem. Après dix ans de procédure, le conducteur de la voiture, Louis Hanssens, a été condamné à six mois de prison. Il a gardé le silence pendant des années, tout comme le directeur sportif Lomme Driessens qui a déclaré qu'il faisait la sieste sur la banquette arrière de la voiture à ce moment-là. Hanssens est décédé avant d'avoir pu purger sa peine, tandis que Driessens s'est tu durant le procès et n'a pas été inquiété. Le fait qu'il soit en train de dormir pendant une étape de montagne cruciale a néanmoins été considéré comme très étrange. À Ichtegem, le souvenir de Depoorter est toujours vivant: au centre du village se dresse la statue d'un Flandrien, en souvenir du coureur mort bien trop tôt. Et cinquante ans après son décès, une plaque commémorative en marbre a été inaugurée en son honneur dans le tunnel du col du Susten.