Dépossédée, il y a deux ans, du titre de Champion du Monde qu'elle avait glané sur ses terres en 1998, la France ne sera pas parvenue non plus à renouveler son bail européen. Alors que l'EURO au Portugal était censé remettre les Bleus en selle après un Mondial catastrophique en Asie, l'épreuve n'aura fait que confirmer le déclin d'un onze qui régnait encore en maître à la fin du siècle passé.
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Dépossédée, il y a deux ans, du titre de Champion du Monde qu'elle avait glané sur ses terres en 1998, la France ne sera pas parvenue non plus à renouveler son bail européen. Alors que l'EURO au Portugal était censé remettre les Bleus en selle après un Mondial catastrophique en Asie, l'épreuve n'aura fait que confirmer le déclin d'un onze qui régnait encore en maître à la fin du siècle passé. A Lisbonne, où elle s'est inclinée le 25 juin en quarts de finale face à une surprenante équipe grecque, la France a mis un point final à un opus dont elle avait écrit les premières pages en 1998. Pour la toute première fois de son histoire quasi séculaire, la France est championne du monde. Son onze de base s'articule autour de : Fabien Barthez ; Lilian Thuram, Marcel Desailly, Laurent Blanc et Bixente Lizarazu ; Christian Karembeu, Didier Deschamps, Emmanuel Petit ; Zinédine Zidane ; Youri Djorkaeff et Stéphane Guivarc'h. En poule, les Tricolores prennent successivement le meilleur sur l'Afrique du Sud (3-0), l'Arabie Saoudite (4-0), le Danemark (2-1). En huitièmes de finale, ils battent le Paraguay (1-0 après prolongations), en quarts l'Italie (0-0, 4-3 aux tirs au but), en demis la Croatie (2-1) et en finale le Brésil (3-0). " Le problème auquel se trouvait confronté le football français, à la fin des années 90, c'était l'absence d'un véritable buteur patenté ", se souvient Patrick Dessault, de France Football. " Jean-Pierre Papin accusait 35 ans bien sonnés, à ce moment-là, et avait tiré sa révérence aux Coqs, tandis que les Thierry Henry et David Trezeguet constituaient encore la classe biberon. Au plus haut niveau, les Bleus devaient dès lors composer avec l'un ou l'autre attaquants de bon niveau, sans plus, comme Christophe Dugarry, Stéphane Guivarc'h voire Youri Djorkaeff, qui nageait entre deux eaux dans son rôle de neuf et demi. Conscient de cette absence relative de percussion, le sélectionneur, Aimé Jacquet, s'était attaché prioritairement à assurer ses arrières. C'est la raison pour laquelle derrière Zidane, l'homme-orchestre, la France opérait avec trois milieux récupérateurs : Deschamps, Karembeu et Petit. L'équipe n'avait pas une inclination attentiste, pour autant, dans la mesure où les arrières latéraux apportaient résolument leur contribution à l'ébauche des mouvements offensifs. Quand bien même, ils ne les concluaient pas eux-mêmes. La preuve par les deux buts inscrits par Thuram lors de la demi-finale contre la Croatie. Quant aux trois demis censés veiller au grain, il leur était loisible aussi, en temps opportun, de progresser d'un cran afin de créer le surnombre dans une position plus avancée. Et c'est sur une de ces phases-là, précisément, que Petit avait inscrit le troisième et dernier but contre les Brésiliens en finale. D'aucuns ont dit que la France ne se serait jamais imposée dans cette compétition si elle n'avait pas organisé le Mondial. Ce n'est qu'une demi-vérité, d'après moi. Car les exemples foisonnent, tant à l'échelon universel qu'européen, de pays hôtes qui ne sont jamais arrivés à leurs fins dans les mêmes circonstances. A mes yeux, la France avait tout simplement le potentiel pour assumer son étiquette de favori jusqu'au bout. Sans oublier qu'elle a pu compter d'un bout à l'autre de cet événement sur le soutien de Dame Fortune : en huitièmes de finale d'abord, on se préparait à la séance de tirs au but quand Blanc û encore un défenseur û signa in extremis le but de la victoire contre le Paraguay, puis en quarts quand l'équipe se qualifia après l'épreuve des tirs au but (4-3) face à l'Italie. Mais ne dit-on pas que tous les grands champions ont de la chance ?" Après avoir remporté le Mondial, la France fait la passe de deux en gagnant dans la foulée l'EURO 2000. Les Tricolores présentent une phalange composée essentiellement des joueurs suivants : Barthez ; Thuram, Desailly, Blanc et Lizarazu ; Patrick Vieira et Deschamps ; Djorkaeff et Zidane ; Henry et Dugarry. Dans ses matches de groupe, elle s'impose d'abord contre le Danemark (3-0), puis la Tchéquie (2-1) avant de s'incliner contre les Pays-Bas (3-2). En quarts de finale, elle bat l'Espagne (2-1), en demis le Portugal (2-1 après prolongations) et en finale l'Italie (2-1, au goal en or). " Pour moi, il s'agit là de la meilleure équipe de France de ces dix dernières années ", dit Dessault. " A l'arrière, elle s'appuyait toujours sur le même quatuor qui avait fait ses preuves deux ans plus tôt, ainsi que sur un ultime rempart de très grande classe. Dans l'entrejeu, deux éléments, Deschamps et Vieira pour ne pas les citer, suffisaient à faire office de pare-chocs, dans la mesure où l'équipe était plus orientée vers l'offensive que précédemment grâce à l'épanouissement de Henry et de Trezeguet mais aussi au talent d'un Robert Pirès ou d'un Sylvain Wiltord. Sans oublier qu'à 28 ans fraîchement sonnés, Zidane était alors, lui aussi, au sommet de son art. On sentait chez bon nombre de joueurs une volonté de marquer l'histoire d'une empreinte indélébile, en ce sens que jusqu'alors, aucune équipe n'était encore parvenue à réaliser le doublé Coupe du Monde/Championnat d'Europe. C'était flagrant, surtout, dans le chef du Président Blanc et de Deschamps, deux hommes-clés, qui avaient décidé de tirer leur révérence après le tournoi. Ici aussi, la baraka fut française puisque dans le dernier carré, Barthez réussit un sauvetage démentiel face au Portugais Abel Xavier et qu'en finale, Wiltord, monté au jeu en cours de partie, arracha l'égalisation dans les dernières secondes de la partie avant que Trezeguet n'assène le coup de grâce " Incroyable mais vrai : la France, championne du monde en titre, est boutée hors de l'épreuve dès le premier tour. Pire encore : elle délaisse l'Asie sans avoir réussi à inscrire le moindre goal puisqu'elle est tour à tour défaite par le Sénégal (1-0) et le Danemark (2-0), tout en ayant concédé un partage vierge, entre-temps, face à l'Uruguay. Privée de Zidane, qui s'était blessé avant le tournoi, elle était formée de Barthez ; Thuram, Desailly, Frank Leboeuf et Lizarazu ; Wiltord, Vieira, Petit et Djorkaeff ; Henry et Trezeguet." La France a évidemment payé un lourd tribut au forfait de son meneur de jeu puisqu'elle était déjà virtuellement éliminée au moment où Zizou, toujours diminué, refit son apparition contre le Danemark ", se souvient le spécialiste de France Football. " Son absence, conjuguée aux départs de deux leaders aussi charismatiques et fédérateurs que Blanc et Deschamps, lui aura joué un tour pendable. Personne n'a été en mesure de prendre la relève et d'assumer le rôle de locomotive. Le plus incroyable, ce fut toutefois la discrétion totale des attaquants car la France comptait quand même trois joueurs qui s'étaient érigés en meilleur buteur de leur formation : Henry à Arsenal, Trezeguet à la Juventus et Djibril Cissé à Auxerre. Pourtant, aucun d'entre eux ne réussit à faire trembler les filets adverses. C'est sûr que le concours de Zidane aura cruellement manqué pour mettre ces garçons sur orbite. Il est manifeste que Johan Micoud, essayé dans son rôle, n'avait pas la même dimension et aura que lui ". Le parcours de la France s'arrête au stade des quarts de finale. Après Deschamps et Blanc, d'autres anciennes gloires avaient quitté l'effectif : Leb£uf, Djorkaeff et Dugarry, entre autres. Les Tricolores proposaient au Portugal une phalange regroupant : Barthez ; William Gallas, Thuram, Mikaël Silvestre et Lizarazu ; Claude Makelele, Vieira et Pires ; Zidane ; Henry et Trezeguet." Le sélectionneur, Jacques Santini, n'est jamais parvenu à trouver l'équilibre sur le terrain. Son 4-4-2 au départ, avec Zidane dans le couloir gauche et Pires sur l'autre aile, s'est toujours mué très rapidement en un 4-3-1-2 avec Zizou en soutien des deux attaquants. Le hic, ce sont les deux trous immenses qui étaient alors perceptibles sur les flancs. Pires, qui évolue à gauche à Arsenal, avait constamment tendance à rentrer dans le jeu, tandis qu'à gauche, il faut bien l'avouer, le travail de piston de Lizarazu n'était nullement comparable à celui auquel Zizou est habitué au Real Madrid avec Roberto Carlos dans son dos. En réalité, le gros problème de cette équipe de France aura été le manque de percussion venu de l'arrière. A 34 ans, Lizarazu n'est évidemment plus le feu follet qu'il était en 1998 et, sur l'autre versant, William Gallas n'a pas su faire oublier Thuram, aligné dans un rôle central. Honnêtement, je crois qu'il aurait mieux valu laisser Tutu à sa place de prédilection comme arrière latéral avec Silvestre comme vis-à-vis à droite. Le coach s'y serait probablement résolu si, au côté de Jean-Alain Boumsong, excellent avec Auxerre cette saison, il avait pu compter sur un autre défenseur central fiable. Hélas, on ne peut pas être et avoir été. Et Marcel Desailly l'a vérifié à ses dépens. La manière dont il a essayé de se dédouaner après sa gaffe contre la Croatie était pathétique. Pour lui, comme pour Liza, l'heure des adieux a sonné. Et peut-être pour Zizou également. Il y avait cinq joueurs de 31 ans ou plus dans le onze de base de l'équipe de France cette année. C'est énorme à ce niveau. Désormais, il faudra reconstruire. Ce qui ne se fera pas sans mal car on ne vivra plus de sitôt un âge d'or comparable à celui que nous avons connu au terme du siècle passé. Mais toutes les belles histoires ont une fin. Même celle de l'équipe de France "... Bruno Govers" 5 JOUEURS DE 31 ANS ET PLUS dans le 11 de base, c'est énorme à ce niveau "