A vant le 1er mars 2008 : Benjamin Nicaise (27 ans) porte une étiquette de médian rugueux et qui ne lâche rien. On lui colle aussi une réputation toute parisienne en dehors des terrains : l'homme est très fort en gueule. Pour les médias à la recherche de la déclaration qui tue, il est l'un des meilleurs clients dans le vestiaire de Mons.
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A vant le 1er mars 2008 : Benjamin Nicaise (27 ans) porte une étiquette de médian rugueux et qui ne lâche rien. On lui colle aussi une réputation toute parisienne en dehors des terrains : l'homme est très fort en gueule. Pour les médias à la recherche de la déclaration qui tue, il est l'un des meilleurs clients dans le vestiaire de Mons. 1er mars : un incident éclate dans les catacombes du stade après le match nul à domicile contre Dender. Nicaise se frotte au quatrième arbitre. 25 mars : coup de tonnerre. L'Union Belge punit durement Nicaise : 4 matches effectifs mais aussi et surtout 3 ans avec sursis - courant jusqu'à la fin de cette année. Il est accusé d'avoir donné des coups de poing au quatrième arbitre. 28 mars : une page étonnante dans Le Soir : Nicaise y livre son dégoût face à la sanction mais y publie aussi une lettre ouverte aux jeunes de Mons et promet de leur accorder prochainement du temps (voir encadré). 4 avril : le Français tient parole : il consacre une bonne partie de sa journée à des gamins en stage. 7 avril : Nicaise est l'un des invités de Michel Lecomte dans Studio 1. Il étonne par son look hyper classe (costume sombre et cravate discrète) et livre un discours très posé, sans aucune agressivité. Aujourd'hui : prenez n'importe quel footballeur qui commet beaucoup de fautes, tire régulièrement sur tout ce qui bouge dans ses interviews, est accusé d'agression sur un arbitre et condamné à jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête durant plusieurs mois. C'est sûr, il se fera démolir par (presque) tous les médias et (presque) toute l'opinion publique. Ce n'est pourtant pas le cas de Nicaise. Pourquoi ? Parce qu'il a organisé sa défense en attachant un soin tout particulier à sa pub et sa communication. Frédéric Larsimont ( Le Soir) est le journaliste qui a réceptionné la lettre ouverte de Nicaise. Il revient sur sa surprise et les interrogations qui ont suivi : " Je connaissais assez bien ce joueur pour l'avoir interviewé plus d'une fois. Après notre toute première rencontre, je m'étais fait cette réflexion : -Ce type est un écorché vif. Et c'est le genre de personnage qui me séduit, le client rêvé. Quelque chose me dit que Nicaise vient d'une bonne famille mais on sent qu'il a besoin d'être reconnu et qu'il souffre. Il est souvent un peu ronchon et a du mal à contrôler ses relations avec les gens : ses coéquipiers, les arbitres,... Je le prends pour un misanthrope. Et certainement pas pour un imbécile. Le jour où on a appris sa suspension, j'ai cherché à l'atteindre, comme beaucoup d'autres journalistes. Il m'a lui-même rappelé le lendemain et m'a dit qu'il tenait à faire passer un message. Nous nous sommes rencontrés devant une assiette de pâtes. Directement, il m'a tendu un bout de papier sur lequel il y avait un texte d'une vingtaine de lignes. C'était sa lettre ouverte. Il m'a dit qu'il tenait à ce qu'elle soit publiée, d'abord pour les jeunes du club. Je lui ai répondu que je n'étais pas venu le voir pour qu'il me donne une lettre, mais une interview. Il m'a répliqué : - Pas de problème, pose-moi toutes les questions que tu veux, mais je voudrais vraiment que cette lettre passe dans Le Soir. Ma première réflexion a été : -C'est cohérent et bien écrit. Je pense qu'il l'a rédigée lui-même. Et il m'a dit que la direction n'était au courant de rien, qu'il en avait seulement parlé à Albert Cartier. J'ai vite compris qu'il souffrait énormément de ne pas être cru. Et moi, j'ai tendance à ne pas croire à la version officielle des arbitres ! J'étais présent à Mons-Dender et je suis descendu dans le couloir des vestiaires quelques secondes après la fin du match. Un dirigeant m'a lancé : -Il vient d'y avoir un problème avec Nicaise. Sans plus. Cela n'avait pas l'air d'être grave. Quand j'ai aperçu Nicaise, Frédéric Herpoel le tenait par l'épaule et le reconduisait vers leur vestiaire. Mais il faisait relativement calme dans ce couloir. Je suis sûr d'une chose : si Nicaise avait frappé le quatrième arbitre, cela aurait été la foire quand je suis arrivé, il y aurait eu un attroupement et les stewards auraient été au boulot. Par contre, je ne suis pas étonné qu'il ait dit sa façon de penser aux arbitres. Lors de la cérémonie des v£ux de Nouvel An organisée par la direction de Mons, il m'avait déjà bien expliqué que cette équipe se sauverait car les joueurs étaient bien conscients qu'ils ne pourraient compter sur aucune aide extérieure, surtout pas celle des arbitres ". Frédéric Larsimont s'est posé une question après avoir quitté Nicaise, le jour où celui-ci lui a remis la fameuse lettre ouverte : " ... s'il n'était pas occupé à me manipuler. Dans ce métier, le risque zéro en matière de manipulation n'existe pas. J'avais d'ailleurs pris directement mes précautions en discutant avec Nicaise, je lui avais dit que je devais d'abord en parler à ma hiérarchie et que je ne pouvais rien lui promettre. Là, on m'a dit que cette lettre pouvait être publiée. C'est une démarche inhabituelle dans Le Soir. Il s'est adressé à moi sans doute parce qu'il avait été sensible aussi à une interview très forte qu'Herpoel m'avait accordée quelques semaines plus tôt. Une entrevue dans laquelle il attaquait la direction de front. C'était au moment où Mons ne décollait pas de la dernière place. Herpoel était passé par Le Soir pour hurler son ras-le-bol à une direction qui refusait de l'écouter. Nicaise s'en est souvenu au moment de choisir un canal pour faire passer son message aux jeunes de Mons ". Michel Lecomte ne regrette pas d'avoir invité Nicaise sur le plateau de Studio 1, la semaine dernière : " Sa lettre ouverte aux enfants du club m'avait vraiment sensibilisé. En la lisant, je m'étais dit qu'il y avait, chez ce joueur, quelque chose de spécial, différent. C'est clair qu'il a parfois des excès condamnables dans son comportement sur le terrain, mais la presse en a aussi : quand on le qualifie de tueur, quand on parle de ses tackles assassins, je trouve qu'on va trop loin, qu'on utilise des mots qui ne conviennent pas. En accueillant Benjamin Nicaise, j'ai découvert un profil atypique. Il a été sincère dès le début en avouant qu'il ne connaissait pas Studio 1 et qu'il ne regardait pratiquement jamais les émissions de foot à la télé. Je le comprends, il faut savoir scinder le boulot et le reste. Un boulanger ne mange pas du pain quand il rentre à la maison... Moi-même, je ne visionne pas mes émissions quand elles sont terminées. Nicaise a expliqué qu'il avait accepté de venir chez nous parce qu'il s'était bien passé quelque chose après Mons-Dender. Maintenant, ce n'est pas à moi de juger les faits. Il dit qu'il a touché le quatrième arbitre avec le plat de la main, j'ai des témoins qui m'affirment qu'il l'a touché avec le plat... du poing ". On voit rarement un footballeur sapé comme un prince sur le plateau de Studio 1. C'est beaucoup plus souvent Bikkembergs qui a la cote dans l'émission de la RTBF. " Il était effectivement très élégant ", reconnaît Lecomte. " La cravate bien assortie au costume, de belles pompes bien brillantes... Mais le plus intéressant, c'était sa façon de s'exprimer. Pas de langue de bois, pas une succession de réponses formatées du style : -Ce n'est pas moi qu'il faut mettre en avant mais l'équipe. Il a bien sorti l'un ou l'autre cliché au début de l'interview, puis il a expliqué ses problèmes de façon très cohérente. Il a notamment dit que, dans le football, il fallait tracer sa voie et qu'il le ferait avec la force de son caractère. Par un heureux hasard, nous avions un reportage sur Eric Gerets dans la même émission. L'entraîneur de l'OM a notamment signalé qu'il manquait surtout, dans notre foot, des gars qui vont au charbon et se font respecter. Nicaise a confirmé ! " Quand on invite dans une émission en direct un gars capable d'avoir des mots très durs, il y a toujours un petit risque de dérapage. Un risque qui peut être corrigé quand c'est enregistré, via une coupure au montage. En live, rien de tout cela. " Nous en sommes évidemment conscients ", explique Lecomte. " Mais dans ce cas-là, c'est la responsabilité de l'invité, pas des animateurs. Mais je ne m'inquiétais pas quand Nicaise s'est installé sur le plateau. Dès que je l'ai rencontré, j'ai compris que c'était un homme sincère, même dans ses excès ". Gilles Barbera est le responsable de la communication du RAEC Mons. Il réceptionne notamment les demandes d'interviews et les transmet aux joueurs. " Benjamin n'est pas le plus sollicité en temps normal. Il est régulièrement demandé, mais guère plus qu'un Hocine Ragued, un Wilfried Dalmat ou un Alessandro Cordaro. Pour des joueurs pareils, la demande est souvent liée à l'actualité. Idem pour un François Zoko, qui a été fort sollicité après avoir joué plusieurs gros matches et marqué des buts importants. A Mons, les champions toutes catégories sont Herpoel et Mohamed Dahmane. Herpoel parce qu'il est capitaine et parce qu'il ne fait jamais dans la demi-mesure lorsqu'il donne une interview. Et Dahmane parce qu'il tient aussi des discours forts et parce que son retour est vraiment un gros événement pour ce club ". Le club a bien réagi à la lettre ouverte publiée dans Le Soir : " C'est normal car le message était positif. Pour le club, son initiative de consacrer du temps aux jeunes était quelque part du pain bénit car nous menons une campagne baptisée RESPECT qui a pour objectif de favoriser les bonnes habitudes autour des terrains. Si cette campagne n'était jamais relayée par nos joueurs pros, elle n'aurait pas énormément d'impact. Ici, Nicaise y a participé activement, et le fait qu'il en ait pris lui-même l'initiative était encore un plus. Il a étonné tout le monde lorsqu'il est allé voir des jeunes lors du stage organisé pendant les vacances de Pâques. Il aurait pu se contenter du service minimum, passer pour dire un petit bonjour puis repartir. Mais non, il a fait beaucoup plus que cela. Le matin, il est resté une heure sur le terrain. Après cela, il a consacré trois quarts d'heure à répondre aux questions des gamins. Et l'après-midi, il s'est occupé d'un autre groupe ". Barbera explique aussi que le Français n'avait fait l'objet d'aucun briefing particulier avant de se rendre sur le plateau de la RTBF. " Il avait probablement parlé de l'émission avec Albert Cartier avant d'y aller, mais ce n'est pas la direction qui lui a demandé de s'y présenter en costume cravate ". Et Lecomte en a profité pour le questionner sur un éventuel transfert au Standard. " Quand il a dit qu'il était proche du Standard, c'était de l'ironie ", tranche Barbera. " Tout le monde sait qu'il a encore deux ans de contrat à Mons, et si le Standard a envie de le transférer, c'est d'abord avec le club qu'il devra traiter ". par pierre danvoye - photos: belga