La scène se passe en début de saison, dans la salle de presse du RC Genk, où Porto vient de s'imposer sans forcer 0-3 à l'aller du 3e tour des qualifications d'Europa League. Un journaliste portugais interroge André Villas Boas sur la probabilité qu'un joueur, également convoité par Benfica, rejoigne l' Estádio do Dragão : " Je ne suis pas habilité à parler de ça, mais l'histoire a prouvé que, lorsque le FC Porto veut vraiment un joueur, il l'obtient. "
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La scène se passe en début de saison, dans la salle de presse du RC Genk, où Porto vient de s'imposer sans forcer 0-3 à l'aller du 3e tour des qualifications d'Europa League. Un journaliste portugais interroge André Villas Boas sur la probabilité qu'un joueur, également convoité par Benfica, rejoigne l' Estádio do Dragão : " Je ne suis pas habilité à parler de ça, mais l'histoire a prouvé que, lorsque le FC Porto veut vraiment un joueur, il l'obtient. " Villas Boas fait référence à Radamel Falcão Garcioa Zarate que Porto a soufflé au nez et à la barbe de son rival lisboète un an plus tôt, alors qu'il quittait River Plate. Porto n'a payé que 3,9 millions d'euros pour obtenir 60 % des droits sur le joueur et lui offrir un contrat de quatre ans. Et on ne saura jamais très bien s'il ne s'est intéressé à Falcão qu'une fois qu'il sut que Benfica le voulait, ou si ses scouts, très performants en Argentine, l'avaient déjà mis sur la piste. " Ce qui est certain, c'est que River Plate m'a d'abord parlé d'un intérêt de Benfica ", dit Falcão. " Mais quand j'ai appris que Porto me voulait aussi, mon choix fut vite fait. " Pour mettre toutes les chances de son côté, il n'hésite d'ailleurs pas à rétrocéder à River Plate une partie de sa prime à la signature. A Genk, Falcão a inscrit un but mais personne ne soupçonnait à l'époque qu'il terminerait meilleur buteur de la compétition, peu importe le résultat de la finale de Dublin. En marquant à 16 reprises jusqu'ici, dont cinq en 180 minutes face à Villarreal, le Colombien est même devenu le recordman de toute l'histoire de la C2, effaçant des tablettes Jurgen Klinsmann (15 buts avec le Bayern Munich en 1995-1996). Mais Falcão est aussi, avec 20 buts, le meilleur buteur de l'histoire européenne du FC Porto, devant des noms aussi prestigieux que Fernando Gomes ou Mario Jardel (19). Falcão est né le 10 février 1985 à Santa Marta, en Colombie. Dès l'âge de 7 ans, il part pour Medellin, où il s'affilie à Los Millonarios, l'un des clubs les plus titrés du pays. A 11 ans, il veut rejoindre l'Ajax Amsterdam mais ses parents s'y opposent. Il passe alors à l'Atletico Nacional, où il est aligné en équipe première dès l'âge de 17 ans et inscrit quelques buts qui lui valent d'être sélectionné en équipe nationale U17. C'est là que River Plate le repère. Il dispute son premier match en équipe première en 2004, alors qu'il n'a pas encore 19 ans et inscrit deux buts. Il en marquera encore cinq au cours des six matches suivants. Les supporters ne tardent pas à le surnommer El Tigre, tant il est rapide, habile et agile. Malgré une taille moyenne (1,78 m pour 72 kg), il saute également très haut. Mais Falcão est fragile. D'abord victime d'une grave blessure au genou, il accumule ensuite les ennuis musculaires. On lui reproche aussi son manque de sang-froid en un contre un. Ce qui ne l'empêchera pas d'inscrire 45 buts en 109 rencontres, soit près d'un tous les deux matches. S'il ne trouve pas grâce aux yeux des spécialistes, le public l'adore parce que ses goals sont souvent décisifs. En 2007, alors que son équipe est menée 3-2 par Argentinos Junior en demi-finales de la Coupe, il traverse un demi-terrain pour arracher le droit aux prolongations. River Plate remportera la partie et Falcão sera sélectionné pour la première fois en équipe nationale. Depuis, il compte 24 sélections (5 b). Falcão est aussi un clubman. En 2008, lorsque Diego Simeone prend les commandes, River Plate transfère Sebastian Abreu et Falcão doit ainsi reculer d'un cran, ce qu'il fait sans rechigner. Sa vitesse et ses dribbles font même encore plus de ravages et il suscite l'intérêt de quelques clubs européens. C'est donc Porto qui enlève le morceau. Pour sa première saison au Portugal, il termine deuxième buteur du championnat, à une unité d' Oscar Cardozo (Benfica). Il inscrit également quatre buts en Ligue des Champions, dont une talonnade à la Madjer face à l'Atletico Madrid. Mais il n'est pas toujours titulaire. Et à Porto, on attribue surtout la perte du titre à la longue absence, pour cause de suspension, du Brésilien Hulk. Falcão ne soutient la comparaison avec aucun autre ex-attaquant de Porto. Ni avec Lisandro Lopez, ni avec Jardel, qui détient le record de buts inscrits sur un championnat portugais (42). Mais il possède des qualités différentes, marque des deux pieds, participe énormément au jeu et se montre plus altruiste puisqu'il a offert à Hulk une bonne partie de ses 23 roses. Ensemble, ils en sont ainsi à 72 buts sur 136 en matches officiels cette saison : c'est la paire la plus productive de l'histoire du club. Falcão est pour beaucoup dans le fait que Porto soit, avec 36 buts, l'équipe la plus efficace de cette édition de l'Europa League. Cela a attiré l'attention d'Arsenal, Tottenham et l'Inter Milan. La clause de rupture du contrat qui le lie à Porto est fixée à 30 millions d'euros mais Falcão affirme qu'il est prêt à passer une saison de plus à Porto, où il se sent très bien et où, contrairement à la plupart des Sud-Américains hispanophones, il a fait l'effort d'apprendre la langue ! Parce qu'il sait très bien que, l'an prochain, la Ligue des Champions constituera une plus belle vitrine encore. PAR PATRICE SINTZEN - PHOTO: REUTERS Il bat le record de buts de Klinsmann en C2 mais sait aussi passer, participer et réfléchir pour les autres.