Cher Magazine, Torino va bientôt déménager au Stadio Comunale, pratiquement rénové en vue de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques d'hiver de Turin.
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Cher Magazine, Torino va bientôt déménager au Stadio Comunale, pratiquement rénové en vue de la cérémonie d'ouverture des prochains Jeux Olympiques d'hiver de Turin. Au grand dam de ses supporters, lesquels ont manifesté à maintes reprises leur opposition à ce projet. Car même si le club au maillot grenat y a évolué de 1960 à 1990, à l'époque des Sala,Claudio et Patrizio qui n'avaient aucun lien de parenté, (un titre en 1976), cette enceinte est trop assimilée à la Juventus pour des fans qui rêvaient d'un nouvel édifice sur le site où évolua jadis la toute grande équipe du Toro : le StadioFiladefia. Si les Granata y conquirent leur premier titre en 1928, c'est surtout le team légendaire des années quarante, emmené par Valentino Mazzola (le père de Sandro, ex-star de l'Inter et de l'Italie des années 60/70), qui rendit cette arène mythique : cinq titres (malgré l'interruption due à la guerre), un stade surchargé lors de chaque rencontre (125 buts marqués en 1947-1948 et 39 points sur 40 à domicile !) et dix joueurs du Torino, à l'exception du gardien, alignés avec Squadra Azzurra contre la Hongrie en 1947 ! Hélas, le 4 mai 1949, un destin tragique brisa le succès fulgurant de cette équipe de rêve, dont la totalité du noyau périt lors de la catastrophe aérienne de Superga. Le mythe était né mais la formation turinoise ne s'est jamais vraiment relevée de cette tragédie. Et le Fila, vétuste et usé jusqu'à la corde par les années fastes, fût abandonné en 1960. Depuis, ses restes dorment à un bon kilomètre du Comunale. Avant sa totale disparition au profit d'un centre commercial, nous avons voulu retrouver le cadre de cette épopée hors du commun. " Ville de Turin : projet pour la destruction de l'histoire du grand Torino. Honte à vous ! " Voilà, en résumé, ce qu'annonce un panneau qui, à l'image de ceux généralement installés par les autorités publiques pour renseigner la population, a été placé par les opposants au chantier devant le berceau de la légende. Les manifestations n'y ont rien fait et les grues ont entamé leur funeste travail en 2004. Il ne subsiste, pour l'heure, que deux virages et trois petits morceaux de ce qu'était l'unique tribune assise couverte. Une magnifique colonne garnie de l'écusson du club en bas-relief et un double portail métallique orné de deux taureaux en fer forgé ont, eux aussi, momentanément échappé aux pelles hydrauliques. Et si les gamins du quartier ont aujourd'hui remplacé les Bacigalupo, Castiglione, Ferraris II, Rigamonti ou les quatre frères Martin sur le terrain de jeu, l'attachement des tifosi au dernier symbole du grand Torino reste très perceptible. Témoin, l'étonnante présence, sous les travées, d'un taureau postiche grandeur nature, abandonné comme un épouvantail. Le bovin factice n'arrêtera malheureusement pas plus les entrepreneurs que les protestations populaires : la légende va bel et bien perdre son théâtre...