Weserstadion, 14 août 1981. On joue depuis 20 minutes dans le match opposant le Werder Brême à Arminia Bielefeld lorsque le médian visiteur Ewald Lienen file sur le flanc gauche et se fait impitoyablement descendre par Norbert Siegmann. Lienen roule sur le sol, regarde sa jambe droite et se prend la tête. La plaie fait 25 cm de long et 5 cm de profondeur. On voit les muscles et les os. Siegmann est averti, Lienen se relève et retombe aussitôt.
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Weserstadion, 14 août 1981. On joue depuis 20 minutes dans le match opposant le Werder Brême à Arminia Bielefeld lorsque le médian visiteur Ewald Lienen file sur le flanc gauche et se fait impitoyablement descendre par Norbert Siegmann. Lienen roule sur le sol, regarde sa jambe droite et se prend la tête. La plaie fait 25 cm de long et 5 cm de profondeur. On voit les muscles et les os. Siegmann est averti, Lienen se relève et retombe aussitôt. " Dans les années '80, le foot, en Bundesliga, c'était la guerre ", écrivait Lienen l'an dernier dans son autobiographie. " Les défenseurs n'étaient pas seulement durs, ils étaient brutaux. Et les arbitres laissaient pratiquement tout passer. " Lienen est allé au tribunal mais Siegmann a été acquitté. Selon le juge, les fautes sont inhérentes au football. Le défenseur a toujours prétendu que des fautes comme celle-là, on en commet des centaines chaque jour. Reste que Siegmann a été menacé de mort et a bénéficié d'une protection policière. Dix-sept jours après ce tacle horrible, Lienen reprenait l'entraînement. Avec 23 points de suture. " En allant au tribunal, j'ai lancé un signal : de telles fautes sont intolérables ", dit Lienen. " Il a été repris par les médias, les entraîneurs et les joueurs. C'est surtout sous le maillot du Borussia Mönchengladbach que Lienen a brillé. Au cours de son premier passage (1977-1981), les Fohlen ont remporté la Coupe de l'UEFA (1979). La saison suivante, ils ont disputé la finale. Après un passage mitigé par Bielefeld, il a encore disputé deux finales de Coupe d'Allemagne avec le Borussia (1983 et 1987). Lienen se sentait comme un poisson dans l'eau à Mönchengladbach, une petite ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie qui aimait les aventuriers. Dans les années '60, Günter Netzer était un personnage culte au Bökelberg et Lienen était pratiquement aussi mythique que lui. Avec son look Woodstock (longs cheveux noirs, grosse moustache et poils au menton), il n'hésitait pas à prendre position sur le plan politique. Pour lui, les membres de la Rote Armee Fraktion auraient dû être mieux traités en prison à Stammheim. Lienen prenait part à des manifestations contre l'énergie nucléaire et s'est présenté aux élections du land en tant que membre indépendant du Deutsche Kommunistische Partei.Il était aussi à la base de la fondation de la Vereinigung der Vertragsfussballspieler, le groupement d'intérêt des joueurs pros allemands. " On ne peut pas séparer football et politique. Les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants de club ont une responsabilité sociétale énorme ", disait encore Lienen voici peu. Après un parcours d'entraîneur chaotique qui l'a mené aux quatre coins d'Europe, il est " rentré à la maison " en 2014 lorsqu'il a repris le FC Sankt Pauli, terre de rebelles. Trois ans plus tard, il en est devenu le directeur technique. Le club végète au milieu du classement mais ce n'est pas l'essentiel pour lui. " Nous nous intéressons au changement climatique ", dit-il. Sankt Pauli a un accord avec la Deutsche Bahn, la société allemande des chemins de fer, qui s'occupe des longs déplacements en D2. Il a également pris des initiatives favorisant l'environnement. " J'ai honte car ma génération a méprisé le monde. Je le regrette ", dit Lienen.