Dimanche s'était mal terminé, au retour de la buvette. Marcel, qui forçait sur la bibine quel que soit le score, avait forcé comme d'hab, ...mais pour une fois Georgette aussi ! Et Noiseux avait perdu 0-3, hat-trick d'un grand costaud qui ressemblait à Wilmots. Pour le moins débridé, le papotage conjugal avait ainsi roulé sur Willie en pénétrant dans le hall, de là sur les élections de mai prochain en transitant par la cuisine, de là sur la représentation féminine des listes électorales en se glissant pompettes sous la couette. Marcel avait estimé que les listes comportaient trop peu de vrais mecs comme Wilmots, et trop de bonnes femmes pour la galerie. Georgette avait estimé l'inverse, en ramenant sauvagement la couette vers elle seule. ...

Dimanche s'était mal terminé, au retour de la buvette. Marcel, qui forçait sur la bibine quel que soit le score, avait forcé comme d'hab, ...mais pour une fois Georgette aussi ! Et Noiseux avait perdu 0-3, hat-trick d'un grand costaud qui ressemblait à Wilmots. Pour le moins débridé, le papotage conjugal avait ainsi roulé sur Willie en pénétrant dans le hall, de là sur les élections de mai prochain en transitant par la cuisine, de là sur la représentation féminine des listes électorales en se glissant pompettes sous la couette. Marcel avait estimé que les listes comportaient trop peu de vrais mecs comme Wilmots, et trop de bonnes femmes pour la galerie. Georgette avait estimé l'inverse, en ramenant sauvagement la couette vers elle seule. "Tout ça à cause de cette biesse de loi Toschack, qui impose un tiers de gonzesses sur les listes" avait maugréé Marcel en tirant la couette à lui. "La loi Tobback, pauvre obsédé!", avait rectifié Georgette en tirant à son tour. "Obsédé, moi? C'est bien votre lutte de femelles pour l'égalité des sexes qui est obsessionnelle!", avait alors hurlé Marcel, au point que Georgette s'était un instant cachée sous la couette. "Mais nom de Dieu, vous arrêterez-vous un jour? Jusqu'à quand allez-vous bêler derrière Isabelle Alonso ? Celle-là, je ne donne pas deux ans pour qu'elle revendique LA PARITE DES SEXES DANS LES EQUIPES DE FOOT!! MOI VIVANT, CA, JAMAIS!", avait écumé Marcel 100% bourré. "Dussé-je me rendre à la FIFA à Zurich pour plaider la cause du football mâle: j'en parlerai avec Beckenbauer, que ce danger soit écarté pour le Mondial 2006 en Allemagne!" Georgette avait eu peur, car elle avait lu dans Flair d'aujourd'hui que la moitié des femmes assassinées chaque année en Europe l'étaient par leur conjoint. Elle avait concédé la couette, et même la chambre si peu conjugale. "Fais gaffe de me perdre, vieux fou-furieux! J'ai 65 ans, pile l'âge de Nana Mouskouri, et Nana vient de se remarier!", avait-elle alors menacé, oreiller sous le bras, en partant rejoindre le divan du salon. Mardi, surlendemain de l'hystérie maritale, Georgette vaquait tranquille dans sa cuisine lorsqu'elle remarqua, sous l'horloge de la cheminée, un petit papier griffonné. C'était l'écriture de l'hystérique, et elle lut ceci: " Dimanche 16/2 (si R.G.). FIFA. Franz avec Georgette. Départ SNCB, 7h48." Effarée, elle réalisa que Marcel était un malade grave, pas un fêlé ordinaire: ainsi donc, il avait décidé de se rendre à Zurich au siège de la FIFA, il s'imaginait pouvoir rencontrer Beckenbauer, il s'imaginait qu'elle allait l'accompagner! Elle attendit son retour, triste et bouleversée, cherchant en vain dans le bottin l'adresse d'un psychiatre spécialisé en vieux hommes. Marcel revint de bonne humeur, elle lui mit le bout de papier sous le nez."Je n'irai pas à Zurich voir Beckenbauer! Et toi non plus!", fondit-elle en larmes juste avant qu'il relise le papier, puis la prenne dans ses bras en riant sans méchanceté."Il ne s'agit pas de la FIFA", consola-t-il. "A Mons, durant la semaine de Saint-Valentin, il y a le FIFA: le Festival International du Film d'Amour! Et dimanche, on y redonne le Franz de Brel, avec Barbara, un de tes films fétiches: je voulais te faire la surprise de t'y emmener, mais j'ai laissé traîner le papier!" "Pardon, mon gros chéri", minauda Georgette, soudain amoureuse autant qu'en 1960. "Et le si R.G. entre parenthèses, ça voulait dire quoi?" "Oh Eeeuh... Un détail!" bafouilla Marcel. "Je... Je me demandais si Roger pourrait nous conduire à la Gare! ", finit-il par mentir. Marcel fut lui-même épaté par sa faculté d'improvisation. En vérité, " si R.G." voulait dire " si Remise Générale": parce qu'en cas de non-remise, il avait bien escompté aller au foot comme chaque dimanche, sans même alors révéler à sa femme l'existence du FIFA ! Tout en cajolant Georgette, Marcel songea qu'à présent, si les conditions climatiques permettaient le foot dimanche prochain, c'allait être compliqué de se débiner de l'excursion à Mons. "La parité des sexes en foot!! Moi vivant, ça jamais!"