La Meuse court plus joyeuse que jamais sous le pont de Fragnée, longe la Batte avec confiance, prend petit à petit la direction de Visé et des Pays-Bas avec une vague de bonnes nouvelles : en D3B, le bon vieux Royal Football Club de Liège a retrouvé la force de ses ambitions d'autrefois.
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La Meuse court plus joyeuse que jamais sous le pont de Fragnée, longe la Batte avec confiance, prend petit à petit la direction de Visé et des Pays-Bas avec une vague de bonnes nouvelles : en D3B, le bon vieux Royal Football Club de Liège a retrouvé la force de ses ambitions d'autrefois. Il fallait être aussi courageux que le Père Dominique Pire pour croire à ce miracle il y a quelques années. Hutois comme le célèbre Dominicain, amateur de football depuis la nuit des temps, Jules Dethier (58 ans) a connu le Prix Nobel de la Paix de 1958 : " Je dois pouvoir retrouver une photo où, enfant, je suis à ses côtés ". Un jour, on finira bien par sanctifier le sauveur des Sang et Marine. Les tristes et autres pisse-vinaigre ne résistent pas longtemps à l'optimisme contagieux de celui qui fut longtemps le président de feu l'Union Hutoise. Le flot de paroles de ce chef blanc est plus puissant que les chutes du Niagara. Celui qui affronte ce courant risque la noyade mais le Royal Football Club de Liège avait besoin de cette eau vive pour que la meule se remette à tourner. Et du grain à moudre, ce n'est pas ce qui a fait défaut chez l'amoureux du Matricule 4. Homme d'affaires dans le secteur des cuisines, Dethier s'était offert une année sabbatique dans son business, moment idéal pour mettre les mains dans la farine liégeoise. Le patrimoine des Sang et Marine ne pouvait pas disparaître du jour au lendemain. Or, le risque d'assister à une fin tragique était évident. " Liège errait, n'avait plus de domicile fixe et une tonne de dettes fédérales et autres plombaient tous les projets ", avoue- t-il. " En 2004, il y avait un passif de 1,5 million d'euros et des tas d'autres cadavres dans les armoires. Chaque fois qu'on ouvrait une porte ou un tiroir, c'était la catastrophe. A Seraing, c'était fini : le Pairay était trop étroit pour trois clubs : Seraing, la Débrouille et Liège. Il fallait déménager, retrouver un stade, un endroit pour se reposer et repartir du bon pied ". Dethier n'a pas hésité longtemps avant de relever le défi. Hyperactif, on l'a toujours beaucoup vu partout : à Huy, à Rocourt, à Sclessin, dans les bureaux du pouvoir à l'Union Belge, etc. Il peut compter sur de solides amitiés et de puissants relais dans la grande Maison de verre. Son carnet d'adresses lui est certainement très utile même s'il reste avant tout un homme de la base : " C'est une passion, je ne peux pas me passer de football. Je ne bois jamais une goutte d'alcool ou de café mais j'adore pourtant les troisièmes mi-temps. Le football m'a tout apporté et je ne pouvais pas rester les bras croisés en constatant l'agonie d'un club mythique ". Au fil des années, ce monument avait été l'otage d'affairistes dépassés, de requins de tous poils et de tous bords. A Bureaufosse, on a même vécu le temps du gang des Siciliens, des chapeaux mous, de la mafia, des revolvers apparents sous les costumes à lignes. Des joueurs professionnels ne mangeaient pas à leur faim car les salaires n'étaient pas versés à heure et à temps. " Ce n'était pas un secret : tout le monde le savait ", insiste Dethier. " Je ne faisais pas partie du club. Daniel Renard était le manager du club. S'il était resté, la suite n'aurait pas été très drôle pour lui ". Entre les lignes, on devine ce que cela signifie : Renard n'aurait jamais retrouvé ses activités de journaliste ( La Gazette des Sports) et l'une ou l'autre mafia se serait fait un plaisir de lui régler son compte. C'est dire si le déficit d'images était aussi important que les ardoises. A Seraing, heureusement, Liège prend ses distances par rapport à cet épisode. " Je ne pouvais pas reprendre Liège sans l'aide de Gaspard Navez, un avocat connaissant les règlements de l'Union Belge sur le bout des doigts ", certifie Dethier. " Il était la pierre angulaire de mon action. J'ai été direct avec lui : -Tu dois te décider tout de suite, maintenant ! Quand il m'a dit que c'était bon pour lui, j'ai foncé ". En 2004, c'est le temps du stress, des réunions sans fin, des spaghettis mangés sur le pouce à des heures avancées de la nuit avant des décisions importantes. Fatigues, énervements, dépressions : c'était le prix à payer afin de sauver les Sang et Marine. Michel Daerden et le bourgmestre d'Ans faisant fonction , Stéphane Moreau, le reçoivent et le comprennent tout de suite. Liège s'installe rue Gilles Magnée et gomme progressivement ses dettes. Dans deux ans, si tout va bien, Liège aura un nouveau stade de 12.000 places à Ans et ses jeunes y disposeront de toutes les facilités pour s'y entraîner. Pour le moment, ils £uvrent à Wihogne. " Les jeunes ont toujours été au centre de nos projets ", rappelle Dethier. " Liège et la Hesbaye sont d'inépuisables réserves de talent. Un club de notre taille ne peut plus tourner sans les jeunes du cru. A Seraing, la source s'est tarie. En revenant dans sa zone naturelle, Liège a retrouvé sa vocation de véritable club formateur. C'est la tradition, notre chance, notre fortune. Certains agents en ont profité et ont pillé nos équipes de jeunes. Ils ont gagné des fortunes sans rien faire alors que nous réorganisons le club : j'ai retenu la leçon. Jean-Christophe Lovinfosse, directeur de l'école des jeunes, a du boulot avec 480 jeunes. Certains ont cru que nous n'y arriverions pas : ils se sont trompés. Raphaël Quaranta est évidemment une des locomotives du club. Il a pris la succession de Didier Quain à la tête de l'équipe fanion. Lui aussi s'était occupé des jeunes avant de gérer la première. Quand Raphaël est revenu de Wiltz, au grand-duché de Luxembourg, tout était à refaire. Il s'est retroussé les manches et sa mentalité fait la différence. Il incarne parfaitement l'esprit de notre club. Nous n'avions plus rien à un moment, tout le monde le sait. Nous avons bossé... " Toujours aussi dynamique, Quaranta (50 ans) sait que Liège est la chance de sa vie pour devenir un coach en vue. " Il y a 30 ans, en 1978, je faisais mes débuts en D1 ", se souvient Quaranta. " Je débarquais de Visé et, à cette époque, les clubs de D1 pêchaient dans les étangs régionaux. Les coaches surveillaient attentivement leurs propres jeunes. L'import-export n'était pas encore un credo. A Liège, j'ai côtoyé des jeunes de toute la région dans l'effectif de l'équipe fanion. Cela forgeait un climat bien à nous formidable. Le FC Liégeois, c'était un des vrais terroirs du football belge. Jean-François de Sart,Benoît Thans ou Moreno Giusto avaient été formés à Rocourt mais les autres débarquaient des petits clubs de la région. Cette politique m'a tout apporté comme joueur. Liège m'a fait confiance. Les clubs retrouvent enfin les vertus de la formation régionale, regardent autour d'eux. Le Standard a pris dix ans d'avance. J'entraîne aussi les Espoirs de Liège car c'est l'équipe première de demain. Il faut être attentif et patient. Certains jeunes ont besoin d'un peu plus de temps que d'autres pour arriver à maturité. J'ai une dizaine de jeunes dans mon effectif. Je suis persuadé que beaucoup d'entre eux se révéleront encore. Il y aura d'autres Guillaume Gillet, Luigi Pieroni, François Sterchele, etc. " Quaranta reste serein face au succès actuel de Liège en D3 : " Nous mesurons parfaitement ce qu'il y a en jeu. La D2, on peut la décrocher. Il n'y a cependant aucune pression, pas d'obligation. Chaque étape doit être gagnée. Je ne m'occupe pas du reste. C'est pour plus tard, en fin de saison. L'effectif gère bien cette façon de voir les choses. Si on arrive, c'est qu'on le mérite. Il n'y a pas d'autres secrets à une réussite. Liège n'est pas riche mais est attendu partout le couteau entre les dents, je vous prie de le croire. Chaque adversaire veut se payer le scalp du leader. Nous grandissons ensemble : après une saison de transition, Liège a trouvé son rythme de croisière dans cette série. L'objectif de départ était de nous glisser dans le top 5 et de gagner une tranche. Avant les trois coups du début de championnat, nous avons soudé le groupe pendant le stage de préparation. Chaque poste peut être pris en charge par deux joueurs. La concurrence est réelle. On ne lâche rien. Robert Waseige insistait beaucoup sur ces valeurs à la grande époque de Liège. Cela avait permis à notre groupe de sortir du lot. Personne ne se frottait de gaieté de c£ur à Liège. Le déplacement à Rocourt n'était pas une mince affaire. Notre état d'esprit a souvent fait la différence en Belgique et même en Coupes d'Europe. Liège a éliminé des géants européens. On doit encore parler de Liège à Benfica. Le public s'identifie de la même façon qu'autrefois à son équipe : rien n'a changé. Le Liégeois veut une équipe qui va au charbon. Nous avons eu trois fois la meilleure défense de notre série. Ce n'est pas l'effet du hasard ". Dethier conclut en martelant la fierté du club : le blé en herbe : " La province de Liège doit exploiter ce filon et garder ses jeunes. Gillet ne cesse de dire qu'il terminera sa carrière chez nous : cela fait plaisir à entendre ".lpar pierre bilic - photos : reporters