Ça balance pas mal à Kharkiv... Dans la zone d'interview, juste après la défaite face au Danemark, on règle quelques comptes. Rien d'étonnant. Les Néerlandais sont habitués à salir l'ambiance dès que leur mécanique s'enraye.
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Ça balance pas mal à Kharkiv... Dans la zone d'interview, juste après la défaite face au Danemark, on règle quelques comptes. Rien d'étonnant. Les Néerlandais sont habitués à salir l'ambiance dès que leur mécanique s'enraye. Wesley Sneijder : " Je ne vise personne, mais quand on arrive à se créer autant d'occasions, il faudrait en mettre quelques-unes au fond. " Le médian de l'Inter a provoqué dix occases, plus personne n'avait fait aussi bien dans un match de l'EURO depuis 1980 ! Mark van Bommel : " C'est incroyable d'avoir autant de chances de but à ce niveau. Il y quatre ou cinq joueurs qui auraient pu marquer. " Rafael van der Vaart : " Nous avons de très bons attaquants, normalement ils transforment des occasions pareilles. Le problème n'est pas un manque de qualités. L'explication, c'est la méforme. " Les oreilles de plusieurs joueurs sifflent. Robin van Persie et Klaas-Jan Huntelaar (essentiellement) sont visés pour leur manque de concrétisation. Arjen Robben est pointé du doigt pour sa forme chancelante : mentalement, il n'a toujours pas digéré la défaite du Bayern en finale de la CL. Le coach Bart van Marwijk s'y met aussi, il désigne sa victime et est peu agréable : " Oui, nous avons eu des occasions. L'arbitre aussi, d'ailleurs : il a eu l'occasion de siffler un penalty valable pour nous et il l'a ratée. " Pendant que les milliers de supporters oranges, groggys et qui ont arrêté de faire les marionnettes, s'entassent dans des bus, la presse hollandaise passe à l'offensive : " Schandalig ", " Wat een ramp ", " Woensdag al buiten ", etc. Scandaleux, quelle catastrophe, on se fait déjà éliminer mercredi (contre l'Allemagne). Directement, des médias allemands embrayent, en remettent une couche, se moquent de l'autre favori du groupe. Les Hollandais sont mal mais il y avait des signes annonciateurs. L'extra-sportif a alimenté leur quotidien lors des jours précédant le match. Les cris racistes entendus au cours d'un entraînement à leur camp de base polonais ont déclenché un tollé médiatique. Ruud Gullit a conseillé au capitaine Van Bommel d'aller trouver l'arbitre s'il y avait le moindre incident pendant le match face au Danemark. Il a ajouté : " Quand j'étais joueur, les insultes racistes ne me déstabilisaient pas. Au contraire, ça me motivait, je me disais qu'on me considérait comme une menace et je trouvais ça positif. Mais tous les footballeurs ne sont pas aussi costauds dans la tête. " La veille du match, c'est l'état de la pelouse du stade de Kharkiv qui a énervé les Hollandais. Ils trouvaient le gazon trop haut, trop sec, trop synthétique,... En quittant le stade, Van Marwijk a dit sa façon de penser à un jardinier ! Tout cela n'est pas le signe d'hommes bien dans leurs baskets. Depuis la finale de la Coupe du Monde 2010, la pression est énorme sur cette équipe. Cela se ressent et tout le monde ne la gère pas facilement. Pendant ce temps, Morten Olsen était on ne peut plus zen : " Je préfère notre place à la leur. Ils doivent justifier des espoirs énormes alors que nous n'avons rien à perdre. " C'était déjà 1-0 pour le Danemark... Le foot, le jeu, c'est un autre sujet qui irrite l'équipe nationale et son entourage. Parce que tout le monde a encore en tête le style défensif et parfois violent appliqué en Afrique du Sud. Depuis deux ans, Van Marwijk se fait régulièrement démolir, même sur ses terres, malgré l'excellent résultat au Mondial et le parcours éliminatoire très bien négocié. Johan Cruijff est à la tête de la révolte, il fustige " l'anti-football d'un pays qui mérite autre chose ". Frankde Boer, à l'époque adjoint de Van Marwijk et aujourd'hui champion avec l'Ajax, prend le contrepied : " Nous avions mis dans la tête des joueurs qu'ils avaient une seule mission, aller le plus loin possible. Nous ne leur avions pas demandé de bien jouer ou d'amuser les gens. Offrir du beau football, je l'ai fait avec les Pays-Bas à la Coupe du Monde 98 et nous ne sommes pas allés en finale. Avec plus de réalisme, nous aurions peut-être pu devenir champions du monde en France. " Le coach n'est toutefois pas borné. Lors des rendez-vous éliminatoires, il a abandonné le style prudent de 2010 et proposé un foot fort porté vers l'avant. Puis, il a fait une nouvelle marche arrière lors de certains amicaux d'avant-EURO. Parfois avec les mêmes conséquences qu'en Afsud : lors de l'amical en Angleterre, il a de nouveau posté deux vrais médians défensifs et ça a marché, avec une victoire de prestige à Wembley. Van Marwijk a donné l'impression de ne plus trop savoir lui-même ce qui était le mieux pour son équipe, il a continué à alterner deux styles. Contre le Danemark, il a titularisé deux médians défensifs, Nigel de Jong et Van Bommel. Mais les Pays-Bas ont énormément joué vers l'avant. Sans marquer, et donc l'entraîneur s'en est plaint après le match : " Quand on pousse, si on voit que ça ne va pas, il faut savoir reculer. Il y avait trop de distances entre la défense et l'attaque, mes joueurs continuaient à se fatiguer pour rien. " Changement en vue pour les prochains rendez-vous, alors ? Le lendemain de la défaite, il affirmait que l'équipe tenterait de poursuivre sur la même lancée contre l'Allemagne : " Il n'y a pas de raisons pour devenir subitement plus défensif. "A l'approche de l'entrée en lice contre les Danois, la forme hésitante des derniers mois (trois victoires en sept matches, des défaites contre la Suède et la Bulgarie, une correction en Allemagne) et l'état physique du défenseur Joris Mathijsen polluaient aussi un peu l'ambiance. Mathijsen, c'est une pierre angulaire de Bert van Marwijk : il l'a aligné 45 fois lors des 49 matches qu'il a coachés. Et Mathijsen n'a pas été rétabli à temps pour affronter les Nordiques. Mais surtout, il y avait la question de l'attaquant de pointe (unique à partir du moment où la Hollande aligne deux médians défensifs) qui provoquait énormément de discussions et de tensions. Van Marwijk est depuis un bon moment face à un gros dilemme : Klaas-Jan Huntelaar ou Robin van Persie ? Le premier a terminé meilleur buteur des éliminatoires (12 goals en 8 matches), tous groupes confondus, et il sort d'une saison de feu avec Schalke 04. Le second est une coqueluche et un des meilleurs attaquants du championnat d'Angleterre avec Arsenal. Mais il cale régulièrement en équipe nationale. Il n'avait par exemple marqué qu'une fois en sept matches lors du Mondial 2010, où Huntelaar avait aussi mis un but (en n'ayant été que 48 minutes sur les pelouses !). Aux Pays-Bas, il y a les pro-Huntelaar et les pro-Van Persie. Ce serait un des meilleurs duos offensifs du monde mais il ne peut pas être aligné dans le 4-2-3-1 de Van Marwijk. Sentant qu'il allait se faire avoir, Huntelaar s'est épanché à l'approche de l'EURO : " Pourquoi ne pas me titulariser et mettre Van Persie sur un flanc ? Il a déjà joué dans ce rôle-là. " L'attaquant de Schalke a ajouté qu'il ne ferait pas de vagues s'il devait commencer sur le banc mais il vit mal la situation et ceux qui suivent de près la sélection affirment qu'il pourrait exploser à tout moment. Son entrée au jeu ratée, samedi dernier, n'a pas arrangé les choses. Autre déçu qui l'a jouée soft dans la presse avant le début du tournoi : Dirk Kuyt. Encore un pilier de Van Marwijk (46 matches sur 49). Lui aussi était réserviste face au Danemark. Dans son cas, c'est plus facilement compréhensible car il sort d'une triste saison avec Liverpool. Mais ça fait un deuxième cador mécontent. Il a lancé, en fin de semaine dernière : " Tous les footballeurs ont un ego, il faut simplement essayer de le mettre de côté. " Pas simple chez nos voisins. PAR PIERRE DANVOYE, EN UKRAINE