Les fins stratèges de la Maison de verre ont probablement sous-estimé les facultés de résistance des Namurois. En consultant les manuels d'histoire, ils auraient appris que leur ville, convoitée pour sa situation stratégique et qui a vécu sous la domination espagnole, française ou hollandaise, est protégée par une majestueuse citadelle perfectionnée au 17e siècle par Vauban.
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Les fins stratèges de la Maison de verre ont probablement sous-estimé les facultés de résistance des Namurois. En consultant les manuels d'histoire, ils auraient appris que leur ville, convoitée pour sa situation stratégique et qui a vécu sous la domination espagnole, française ou hollandaise, est protégée par une majestueuse citadelle perfectionnée au 17e siècle par Vauban. Quand on emprunte la Route Merveilleuse menant à l'Esplanade, la beauté de la Meuse saute aux yeux. Cette place forte a permis aux habitants de Namur de faire le gros dos en cas de coups durs. Comme Vauban, Jean-Claude Baudart (47 ans), le président de l'Union Namur, a construit une forteresse inexpugnable autour de son club. L'Union Belge s'est cassé les dents sur les défenses d'un bonhomme épris de justice. Geel a tenté de le berner. Il ne l'a pas supporté et le dit sans hésiter : " Namur méritait sa place en D2. Et, un jour, on visera l'élite. "Le football a été le fil rouge de sa jeunesse. Il est revenu vers ses premières amours après avoir gagné quelques matches dans le monde des affaires. Sous les boules de l'Atomium, on a oublié que les colères du sud sont parfois très puissantes. Dans les années 60, une ancienne star du Standard, Jean Capelle, buteur de légende et grand avocat, a réalisé une première : attaquer la fédération pour défendre Léon Van Rymenam, à qui on avait refusé une demande de transfert à Tilleur. Et en 1995, le Liégeois Jean-Marc Bosman a obtenu la liberté du footballeur professionnel en fin de contrat après un long combat mené avec l'aide de ses avocats, Maîtres Luc Misson et Jean-Louis Dupont. Têtu, Jean-Claude Baudart l'est tout autant qu'eux tous. Jean-Claude Baudart : C'est probable. Je suis né à Dinant, j'ai habité à Beauraing mais j'ai passé ma jeunesse à Ciney. J'ai été marqué par les valeurs du Condroz. Les gens y sont généreux et respectueux. Ils n'ont pas besoin de contrat : ils se tapent dans la main. A 18 ans, je voulais devenir pilote de ligne mais j'étais nul en anglais. Cela s'est arrangé par la suite. J'ai songé à devenir professeur de gymnastique mais je ne savais pas nager. Le football me passionnait. Je n'étais pas grand mais cela ne m'a pas empêché de devenir gardien de but. Christian Piot était mon idole. Au Standard, j'appréciais aussi Asgeir Sigurvinsson et Josip Bukal. J'ai joué dans les petits clubs de ma région : Anseremme, Achêne, Focant, Leignon. J'ai été arbitre et j'étais bien parti dans cette voie comme deux célébrités namuroises : Amand Ancion et Eric Blareau. Sans le sport, j'aurais mal tourné. Le football m'a appris les vertus de l'esprit d'équipe. Dans un vestiaire et sur une pelouse, on apprend à se battre pour atteindre un objectif, à réagir, à encourager ses équipiers. Cela m'a beaucoup aidé dans ma vie professionnelle. Quand je jouais à Leignon, j'ai eu un grave accident de la circulation. Un automobiliste saoul a voulu se suicider et m'a percuté frontalement. J'ai été sévèrement touché à la colonne vertébrale. Le football et l'arbitrage, c'était fini. A cette époque, j'étais professeur à l'école hôtelière de Namur et mon affaire de catering tournait très bien. Quand je l'ai remise, je donnais du travail à plus de 200 personnes. C'était un groupe formidable qui a atteint le top dans son secteur. Je me suis notamment occupé de la préparation des repas au Sporting de Charleroi et à l'Union Namur. Je ne peux pas rester sans rien faire. Il y a deux mois, j'ai lancé un magasin de cuisines équipées à Namur. Mais ces derniers temps, je n'y étais pas souvent... Bien sûr. Je voulais sauver le club d'abord pour ses centaines de jeunes. J'ai découvert des ardoises dont on ne m'avait jamais parlé : au moins 300.000 euros en tout, l'ONSS, les fournisseurs, etc. C'était cela... la merde, le mensonge, mais quand je m'engage, je fais tout pour gagner. Les dégâts étaient énormes mais cette page a été tournée. Contrairement à tout ce qui se dit à propos des habitudes bourgeoises de Namur, cette ville adore le sport (basket féminin, volley, tennis de table, athlétisme, etc.) et peut vibrer pour le football. Je voulais que ce club redevienne un porte-drapeau de sa région. La vie de ce club doit intéresser tout le monde. Je suis le seul investisseur pour le moment. Après avoir remis ma société BD Food, j'ai eu du temps devant moi. Je me suis totalement donné au club durant trois ans. J'aurai besoin d'aide à l'avenir. Je suis un homme d'affaires et ce n'est pas la présidence du club qui m'intéresse le plus. Ce club est géré au quotidien et cela prend du temps mais c'est ce qui me passionne. L'Union Namur a le devoir de préparer son futur. Le club est installé pour le moment dans l'ancien stade du Wallonia. Un jour, il faudra bâtir des installations modernes. En attendant, l'Union devra peut-être jouer provisoirement à Jambes et doit gagner son stade. On n'offre pas un stade à un club sans perspectives. Les autorités politiques et les forces vives de la région ont compris que nous sommes inscrits dans le sérieux et le travail : la D1 ne sera pas éternellement une utopie. Geel a tenté de nous rouler. Au match aller, il y avait un mode fou. Namur avait affrété 12 autocars. Il y avait au moins 6.000 spectateurs. La recette devait être partagée. A la fin de la rencontre, un dirigeant nous a dit avec un sourire narquois que l'argent était déjà à la banque. Geel tramait quelque chose. J'ai immédiatement téléphoné à la fédération. Geel a paniqué et a subitement retrouvé du liquide. Notre adversaire nous a proposé 10.000 euros. Et il fallait signer pour accord définitif. En réalité, la recette devait s'élever à 60.000 euros (6.000 billets à 10 euros en moyenne) et Namur avait droit à 30.000 euros. Nous avons refusé. Je ne suis pas idiot : Geel avait une double comptabilité. Des gens de la région l'ont confirmée. Geel avait vendu un sérieux paquet d'invitations. Ni vu, ni connu ? C'est ce que ce club espérait. D'autres éléments ont révélé plus tard une gestion chaotique. Mais si Geel n'avait pas tenté de nous berner lors de la première manche, je me serais probablement incliné. Mais, là, c'était impossible : je me suis battu pour que justice soit faite pas contre la fédération. J'ai confié notre défense à Maître Misson, cela voulait dire quelque chose. Je ne pouvais pas supporter ce qui s'était passé. Oui. Je n'y comprenais rien. Il y a eu des man£uvres de ralentissements même s'il y avait un club clean et l'autre pas. On peut dire ce qu'on veut mais tout est plus dur pour un club du sud. En D2, il y a désormais beaucoup de clubs francophones. Leur influence augmente et ils auront plus d'impact dans les diverses commissions. Même si le sud n'aime pas la réunionite, c'est important. Après la D2, il y a la D1 et le football wallon pourrait y envoyer plus de clubs. Il y a un renouveau qui est une conséquence lointaine de l'arrêt Bosman. Les clubs ne doivent plus consacrer de grosses sommes aux transferts de joueurs en fin de contrat. Aussi bien payés chez eux qu'ailleurs, les footballeurs restent plus facilement dans leur région. La formation est meilleure qu'avant en Wallonie. Le sérieux paye. Ce changement de donne peut inquiéter des comitards qui risquent de perdre leur influence. Il y a des personnalités extraordinaires à la fédération. C'est le cas du président François De Keersmaeker. La solitude de ce brave homme m'a touché. Il était au four et au moulin. Il a travaillé alors que d'autres n'étaient pas là. Certains se seraient probablement frotté les mains s'il s'était planté. C'est ce qu'on voulait, il me semble. Le règlement de la fédération n'est pas mal fait mais on ne l'applique pas. A côté des dirigeants de qualité, il y a ceux qui s'adonnent au copinage et qui rendent service à ceux qui leur ont permis d'obtenir un strapontin. Il y a des microbes qui ont propagé le mal. Namur a dérangé les amis des amis dans leurs petites combines. J'ai travaillé pour le football et les clubs, pas pour moi. Ceux qui ne partagent pas cet avis n'ont rien compris à toute cette affaire. Mais j'ai reçu de nombreux messages de sympathie émanant de la fédération, de clubs de tout le pays et évidemment des habitants de Namur. Je viens de me rendre au Colruyt et j'ai serré des tas de mains. J'adore discuter avec des personnes que je ne connais pas. Leurs propos viennent du c£ur. Ces gens ne calculent pas. Namur en D2, cela leur fait chaud au c£ur. par pierre bilic - photos: reporters/guerdin