17.675 soit le nombre de jours depuis la dernière rencontre de championnat entre l'Union Saint-Gilloise et le Club Bruges. Ce 11 mars 1973, les Brugeois l'avaient emporté 0-2. Quelques semaines plus tard, les Blauw en Zwart, coachés par le Néerlandais Leo Canjels et emmenés par son compatriote Ruud Geels, fêtaient le deuxième titre de leur histoire. L'Union, de son côté, terminait la saison à la quinzième place, ne devançant que le Crossing de Schaerbeek, et basculait en deuxième division.
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17.675 soit le nombre de jours depuis la dernière rencontre de championnat entre l'Union Saint-Gilloise et le Club Bruges. Ce 11 mars 1973, les Brugeois l'avaient emporté 0-2. Quelques semaines plus tard, les Blauw en Zwart, coachés par le Néerlandais Leo Canjels et emmenés par son compatriote Ruud Geels, fêtaient le deuxième titre de leur histoire. L'Union, de son côté, terminait la saison à la quinzième place, ne devançant que le Crossing de Schaerbeek, et basculait en deuxième division. 48 ans plus tard, l'heure est donc aux retrouvailles. Celles avec le Club Bruges et l'élite du football belge bien sûr, mais aussi et surtout celles entre le Stade Joseph Marien et ses supporters, privés de rencontres officielles depuis près de dix mois, situation sanitaire oblige. C'est sous un ciel plombé que Forest s'éveille en ce dimanche matin. Aux abords du Parc Duden, la quiétude habituelle de ce quartier résidentiel n'est encore perturbée que par la présence de la police et l'arrivée des stewards prévus pour encadrer la rencontre qui doit débuter quelques heures plus tard. À un peu moins de deux kilomètres de là, au Parvis de Saint-Gilles, le traditionnel marché dominical fait le plein comme de coutume. Seules quelques discrètes écharpes jaune et bleu pendues au cou de certains clients des terrasses trahissent le fait que la journée n'a rien d'ordinaire. À mesure que l'on s'approche du stade et de l'heure du coup d'envoi, celles-ci se multiplient. Arrivés à deux rues de l'objectif, le ciel fait une première fois des siennes, ce ne sera pas la dernière, et une giboulée nous oblige à nous abriter quelques minutes sous un porche. L'occasion d'admirer la foulée de quelques Unionistes pressés de se mettre au sec. Une fois l'accalmie venue, nous accédons enfin à la chaussée de Bruxelles, déjà jaune de monde à une heure du début des hostilités. Devant "Chez Katy" ou "L'Union's Tavern", les files pour tenter de s'abreuver sont déjà longues, tandis que le "Club House", dont la gestion a récemment été reprise par l'Union, ne semble pas trouver grâce aux yeux des supporters. Devant la mythique façade du Marien, Christophe, accompagné de sa fille, affiche un large sourire. Supporter unioniste de longue date, il attendait avec impatience ce retour au plus haut niveau dans SON stade et se montre optimiste malgré la qualité de l'adversaire du jour: "J'étais encore en vacances pour le match de la semaine dernière contre Anderlecht et j'ai dû regarder ça sur un streaming de mauvaise qualité, mais ce que j'ai vu m'a enthousiasmé. Bien sûr, c'est Bruges en face, mais je pense qu'il y a moyen de faire quelque chose, je le sens bien." À peine le temps d'avaler une première bière qu'il faut déjà se diriger vers l'entrée numéro 2 devant laquelle la file paraît déjà interminable. De fait, ça n'avance pas et quelques-uns commencent à bougonner quand un supporter déjà bien éméché vient haranguer les siens: "Allez les gars, come on, on chante! C'est la Ligue des Champions aujourd'hui! Le champion de D1A contre le champion de D1B!" Rapidement, ce qui était d'abord un petit crachin se transforme en une belle averse qui vient rincer tout le monde. Un classique "Il pleut, il mouille et on s'en bat les c..." est scandé derrière nous. De fait, la pluie ne décourage pas des Saint-Gillois habitués à subir les intempéries, la tribune est qui abrite le gros des troupes unionistes étant dépourvue de toit. Robert, figure historique des supporters bruxellois, ne porte d'ailleurs qu'un simple t-shirt qui sera probablement bientôt détrempé. "Tu vas être malade, Robert!", lui lance un barbu. "Mais non, j'ai l'habitude. C'est comme ça, ici. S'il pleut sur les joueurs sur le terrain, il nous pleut dessus aussi en tribune. S'il leur neige dessus, il nous neige dessus aussi!" On est quand même bien content de profiter du parapluie d'un voisin prévoyant. Dans les travées du stade, les joueurs, encore au sec pour quelques secondes, s'apprêtent à pénétrer sur la pelouse pour la première fois en tant que pensionnaires de D1A. C'est ce que l'on suppose du moins, car on est toujours coincé dans la file quand résonne au loin le coup de sifflet de Wim Smet qui donne le coup d'envoi de la rencontre. Une fois les palpations d'usage effectuées, le marquoir affiche déjà la quatrième minute de jeu lorsque nous arrivons enfin dans l'enceinte du stade qui accueille un peu plus de 3.000 personnes. Un timing idéal puisque nous n'avons pas encore rallié la tribune est que Deniz Undav récupère un ballon dans les pieds de Clinton Mata avant de lancer Dante Vanzeir en profondeur. Plus rapide que Stanley Nsoki, tout juste débarqué de Nice et aligné pour la première fois par Philippe Clement, le meilleur buteur de D1B 2021-2021 se retrouve seul face à Simon Mignolet, de retour de blessure, mais sa frappe croisée du droit passe un rien à côté du poteau. Alors que la pluie redouble d'intensité, les parapluies s'ouvrent en tribune, ce qui ne manque pas de faire râler certains dont la vue s'en retrouve masquée. Sur la pelouse, les hommes de Felice Mazzù, pas impressionnés pour un sou, jouent crânement leur chance et les occasions se multiplient. À la 22e, Undav, déjà double buteur face à Anderlecht lors de la première journée, manque de peu l'occasion d'ouvrir le score. À la réception d'un centre de Vanzeir, il contrôle avant de frapper du droit, mais voit sa frappe déviée par le gardien brugeois. Un Simon Mignolet bien concentré malgré les" Thibaut Courtois, Thibaut Courtois", scandés par quelques Unionistes chambreurs. Trois minutes plus tard, Undav, encore lui, dépossède Nsoki du ballon avant de servir le capitaine Teddy Teuma, dont la frappe du gauche termine de peu hors cadre. L'Union domine, mais ne parvient pas à concrétiser. Perché sur son promontoire, Dylan, le kapo saint-gillois, en profite pour chauffer un peu plus ses Union Bhoys déjà bien en voix et un premier "Bruxelles, ma ville, je t'aime..." est repris à pleins poumons. S'il pleut un peu moins fort, il fait toujours soif et nous tentons une expédition jusqu'à la buvette située en haut de la tribune. Nous ne sommes évidemment pas les seuls déshydratés et la file, d'où l'on n'aperçoit qu'une petite partie du terrain, s'étend sur quelques dizaines de mètres. C'est donc grâce aux commentaires bien sentis de Robert, dont le t-shirt a désormais pris l'eau, que nous vivons les dernières minutes de la première période. À la 35e, bien servi par Teuma, Deniz Undav se joue de Brandon Mechele d'un crochet de l'intérieur du pied gauche, avant d'armer une frappe enroulée en pleine lucarne. La joie est toutefois de courte durée puisque l'assistant lève immédiatement son drapeau pour signaler une position de hors-jeu du numéro 9 allemand. Les fans jaune et bleu protestent, tout comme Felipe Avenatti, qui écope d'une carte jaune depuis le banc, mais le VAR donne finalement raison au juge de touche. Nous nous rapprochons doucement de la buvette tant convoitée quand Casper Nielsen rate une énième occasion pour l'Union, et c'est finalement une bière à la main que l'on assiste au bel arrêt d' Anthony Moris sur la frappe de Ruud Vormer qui vient clore le premier acte. Alors que l'habituel " Born in the USA" de Bruce Springsteen résonne dans le stade Marien, on aperçoit Ignazio Cocchiere, ancienne coqueluche italienne de l'Union, venu encourager ses anciennes couleurs. Inspiré par nos voisins, nous profitons de l'intermède pour nous mettre en quête d'un des ponchos vendus par le club pour se protéger des intempéries, qui pullulent désormais en tribune. On terminera donc le match transformé en une sorte de gros sac poubelle jaune. Au retour des vestiaires, Charles De Ketelaere se crée immédiatement une possibilité et donne le ton d'une seconde période dominée par les Brugeois. À l'heure de jeu, Noa Lang s'infiltre dans la défense bruxelloise, sert Vormer qui écarte sur la droite pour De Ketelaere qui trouve le petit filet. L'Union tente de rester en place, mais les occasions blauw en zwart se multiplient et Moris doit se déployer. Cela ne tempère pas l'enthousiasme des supporters locaux, qui continuent de croire à la victoire et redoublent de chants. À dix minutes du terme, Vanzeir et Avenatti manquent à nouveau de faire trembler les filets sur une occasion confuse, mais il était écrit que Bruges devait s'imposer. Sur l'action suivante, un corner repoussé de la tête par Loïc Lapoussin arrive dans les parages d' Eduard Sobol, monté au jeu à la mi-temps à la place de Bas Dost. L'Ukrainien ne se pose pas de question et reprend violemment le cuir de volée du gauche. Moris tente bien de s'interposer, mais il ne parvient qu'à repousser la balle dans ses filets: c'est 0-1! L'Union tentera bien de recoller au score durant les quelques minutes restantes, mais en vain. Au coup de sifflet final, ce n'est pas la déception qui domine dans les travées saint-gilloise, mais plutôt la fierté d'avoir vu les siens faire jeu égal avec le champion en titre. "Face à cette équipe, ils ne seront pas nombreux à venir gagner ici", lance un supporter optimiste avant d'aller féliciter bruyamment les joueurs. Une fois sorti du stade, le ciel nous gratifie même d'un rayon de soleil et personne ne semble pressé de partir. Une heure après le match, les supporters, heureux de ces retrouvailles, s'agglutinent toujours aux terrasses et la police doit venir mettre de l'ordre pour permettre à la circulation de reprendre dans la chaussée de Bruxelles. Elle redeviendra piétonne dans dix jours pour la réception du Courtrai de Mathias Fixelles, Faïz Selemani et de l'ancien coach Luka Elsner. Encore des retrouvailles attendues avec impatience par les Saint-Gillois!