Les grands moments d'émotion sportive de mon enfance ont la forme ovale. Je tapais dans du rond mais c'est l'ovalie qui a marqué ma vie de téléspectateur juvénile. Ma famille avait le foot dans le sang mais aussi le rugby dans les veines. Mon " Tonton " était rugbyman. Au RFC Liégeois évidement. Et tous les ans, il y avait la grand-messe. Le tournoi des cinq nations. Et ses fameux hymnes nationaux d'avant match. J'en ai encore la chair de poussin sur les pattes en vous écrivant ça. Paraît qu'à cinq ans à peine, je me levais et chantais avec les 68.000 amoureux de Murrayfield ou les 82.000 de Twickenham.
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Les grands moments d'émotion sportive de mon enfance ont la forme ovale. Je tapais dans du rond mais c'est l'ovalie qui a marqué ma vie de téléspectateur juvénile. Ma famille avait le foot dans le sang mais aussi le rugby dans les veines. Mon " Tonton " était rugbyman. Au RFC Liégeois évidement. Et tous les ans, il y avait la grand-messe. Le tournoi des cinq nations. Et ses fameux hymnes nationaux d'avant match. J'en ai encore la chair de poussin sur les pattes en vous écrivant ça. Paraît qu'à cinq ans à peine, je me levais et chantais avec les 68.000 amoureux de Murrayfield ou les 82.000 de Twickenham. Paraît qu'à bientôt 50, je me réécoute encore ces hymnes à l'amour et que c'est le " Flower of Scotland " qui fait, le plus, swinguer mes valves. Les mecs se bombent le torse à s'en faire péter la cage thoracique. Le coeur et les tripes triplent de volume. C'est vrai qu'à ce moment, ils sont exactement là où leurs rêves les plus fous n'ont jamais osé imaginer les emmener. Ils sont l'Ecosse, ils sont 15 à porter l'orgueil de cinq millions de frères et soeurs. De tout un peuple qui, dans Murrayfield ou dans leur salon, verse la larme qui les ramène à l'essentiel. L'amour. L'amour d'un pays, le sien, l'amour sans la haine de l'autre. Car l'autre, quel qu'il soit dans le stade, applaudit à la fin de l'hymne. Je pense à ça parce que j'étais à Old Trafford pour le derby de Manchester. Et j'y ai ressenti beaucoup d'émotions. Positives. Pas d'hymnes nationaux mais des chants d'amour aussi. Pour porter puis remercier les siens. Et puis des chants plein d'humour et de dérision pour chambrer les autres. 73.000 voix se faisant plus entendre que 2.000, j'ai surtout retenu ceux de United. Comme ce délicieux : " Blue Moon you started to sing to soon. " Blue Moon est LA chanson des fans de City. Après le 0-1, elle résonne dans la tribune visiteuse. Après le 3-1 la réplique précitée détonne dans le stade. " Blue Moon, tu as chanté trop tôt ". C'est moins beau en français, sans la rime. Moins joli aussi fut le " You will be sacked tomorrow morning " à l'adresse de ManuelPellegrini. Il ne sera pas viré. Tant mieux. Et puis, il y a toutes les autres émotions que les obligations du direct nous empêchent de savourer. Heureusement la dernière de cette magnifique après-midi, on l'a vécue de près et pleinement. LouisvanGaal décide de faire un cadeau à MarouaneFellaini. Il le sort pour la standingovation. Il l'aura. Moment fort, très fort. Lui, le moqué, le raillé, fait enfin l'unanimité. Tout Old Trafford se lève. Moi aussi, par bonheur et pour continuer à voir la pelouse. Je suis heureux parce que Marouane est un p'tit gars de chez nous mais aussi parce qu'il revient de tellement loin. Comme un an plus tôt dans ce même derby où, à 0-3, son ex-mentor DavidMoyes le sort et là aussi tout Old Trafford réagit. Par des... sifflets. A cette époque toute la frustration du peuple United se portait sur le " grand ". L'homme du nouveau coach. L'homme qui a couté 32 M€. L'homme dont le maillot rouge avait toujours l'air trop petit. Un maillot qui, en fait, l'étouffait. Et puis Louis est arrivé et l'a replacé là où il peut briller. Là-haut, tout là-haut. Et on balance vers lui. Et Marouane gagne plein de duels de la tête et les " p'tits " gagnent les 2es ballons et Man United gagne les matchs. Van Gaal, maître tacticien, en revient à la ligne droite. Simple, simpliste mais gagnante. Même DavidDeGea s'est fait bloquer le pied direction Fellaini. Un peu comme en rugby, on cherche la touche pour s'installer dans le camp adverse. Ah oui, le rugby, merci à Fellaini de m'avoir ramené vers lui. Et vous aussi, allez vers lui. Allez sur le net pour en avoir le coeur net. Les choeurs de l'ovalie sont les plus beaux. Comme l'était l'âme du rugby qui, hélas, à force de trop vouloir ressembler au foot va la perdre. Celle-là même qu'a retrouvée Marouane. Celle d'un enfant né pour jouer et être aimé. FREDERIC WASEIGEStanding ovation pour Marouane Fellaini. Moment fort, très fort. Lui, le moqué, le raillé, fait enfin l'unanimité.