Le football selon Felice Mazzu, c'est d'abord une question d'organisation. Deux lignes de quatre en perte de balle, un style qui ne s'embarrasse pas de la possession du ballon et un don pour rendre aphones les talents offensifs les plus prolixes du camp d'en face. Des qualités qui ont fait passer Charleroi du statut d'éternel relégable potentiel à celui d'équipe " du ventre mou ".
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Le football selon Felice Mazzu, c'est d'abord une question d'organisation. Deux lignes de quatre en perte de balle, un style qui ne s'embarrasse pas de la possession du ballon et un don pour rendre aphones les talents offensifs les plus prolixes du camp d'en face. Des qualités qui ont fait passer Charleroi du statut d'éternel relégable potentiel à celui d'équipe " du ventre mou ". Pour franchir une étape supplémentaire, celle qui a mené les Zèbres aux play-offs 1 la saison dernière, il fallait encore mettre les mains dans le cambouis pour clarifier les idées offensives des Carolos. Devant, Felice Mazzu a un principe simple, mais terriblement efficace : son système sera toujours construit pour sublimer son talent offensif majeur. Le système modulable de sa première pige zébrée permettait toujours à Onur Kaya et DanijelMilicevic de se promener entre les lignes, et le 4-4-1-1 de l'an dernier était bâti pour donner un maximum de liberté aux courses et aux idées de Neeskens Kebano. Privé de son ciment offensif au bout du mercato, l'architecte du Mambourg a donc dû repenser une nouvelle fois la construction. Les retours de Jérémy Perbet et de David Pollet ont offert à Mazzu deux attaquants capables d'inscrire plus de dix buts en une saison de Pro League. Il ne fallait pas chercher beaucoup plus loin la nouvelle " valeur ajoutée " offensive des Zèbres. Après avoir tenté le " Perbet PUIS Pollet ", Felice est rapidement passé au " Perbet ET Pollet ". L'histoire du 4-4-2 carolo pouvait commencer. Pour surprendre un Anderlecht dans le doute, le coach carolo consacre trois jours à travailler la complémentarité de son duo. Les premiers automatismes naissent, et avec eux apparaît l'espoir d'une association prometteuse. Perbet marque à tous les matches, avant de sombrer dans le mutisme face à Zulte Waregem. C'est justement le moment choisi par Pollet pour sortir d'une disette interminable de onze mois sans le moindre but. L'avantage d'un duo d'attaquants est qu'avant même d'être rodé, il repose beaucoup moins sur la bonne période d'un seul homme. Charleroi profite de cette émulation entre Pollet et Perbet, actuellement plus concurrents qu'équipiers, pour alimenter le marquoir et sortir de son mauvais début de saison. Par leurs profils naturels, les deux buteurs carolos sèment déjà le doute au sein de la défense adverse. Avec une question : faut-il défendre haut ou défendre bas ? Loin du but, l'arrière-garde s'expose aux longs raids d'un David Pollet qui se régale dans la profondeur. La présence d'EnesSaglik dans le duo de l'entrejeu lui permet d'avoir une réponse précise à ses appels incessants. Pour gêner Pollet, il faut donc défendre bas. Mais le problème, c'est que laisser le ballon traîner aux alentours des seize mètres est la meilleure façon d'éveiller l'instinct de prédateur de Perbet. Attiré par le but comme un squale par l'odeur du sang, le Français est à l'affût du moindre rebond inattendu dans la surface. Ses principaux pourvoyeurs sont donc les flancs, rapides et verticaux dès leur prise de balle, capables de délivrer un centre tendu pour que Perbut en coupe la trajectoire. Avant même d'être travaillé, le système bénéficie d'une complémentarité naturelle. Même sans automatismes, Perbet et Pollet représentent une menace par la diversité de leurs profils, merveilleusement épaulés par les hommes qui les entourent. Le casting offensif est parfait et rapporte sept points et cinq buts en trois sorties avant la défaite à Courtrai. L'exigence du 4-4-2 se situe évidemment ailleurs. Dans un football où le milieu de terrain en triangle s'est généralisé, il faut pouvoir gérer l'infériorité numérique dans l'entrejeu. Encore plus quand l'un des membres de ce duo médian s'appelle Enes Saglik, milieu de terrain à vocation offensive. Par le penchant des profils alignés, c'est sans doute le système le plus offensif jamais présenté par Felice Mazzu à Charleroi. La quête d'équilibre est donc capitale. Et périlleuse. On joue depuis une demi-heure au Stade des Éperons d'or quand la voix du coach des Zèbres s'élève au-dessus des cris des supporters courtraisiens. Perbet fait comme si de rien n'était, Pollet ne parvient pas à cacher son irritation. " En première mi-temps, les attaquants ne défendaient pas sur le milieu défensif adverse. C'est là que Courtrai trouvait de l'espace ", explique Saglik. Rolland et De Mets se libèrent à tour de rôle entre le milieu de terrain et l'attaque des Zèbres, et distribuent avec précision le jeu de Courtrai. Sans le travail défensif d'un des attaquants, le système est bancal. Déjà face à Zulte Waregem, Mazzu avait dû recadrer ses deux pointes à la pause. Toujours appliqué durant le premier quart d'heure, leur travail défensif s'étiole au fil des minutes. Une mésaventure qui s'est répétée à Courtrai, malgré l'insistance du coach carolo aux entraînements sur cet aspect indispensable du 4-4-2 tout au long de la trêve internationale. " Ce système demande beaucoup de courses, mais la consigne est simple : un des deux attaquants doit faire le travail pour revenir sur le 6 adverse ", explique Christophe Diandy. Le problème, quand deux joueurs ont la même mission et qu'ils doivent l'accomplir à tour de rôle, c'est que chacun veut laisser faire l'autre pour s'infliger une course de moins. Faudrait-il alors imposer le travail à l'un des deux attaquants ? Ce serait le signe d'une hiérarchie au sein du duo. Exercice périlleux à un poste qui fonctionne beaucoup à l'ego. Un soir de défaite sans le moindre but au compteur, cette absence de sacrifice des attaquants fait un peu grincer des dents. " C'est difficile de les convaincre de faire leur travail ", glisse un joueur. " Comme ils sont deux, il n'y en a jamais un qui veut faire l'effort de trop. " La nonchalance défensive est seulement pardonnée à ceux qui marquent. Pollet et Perbet doivent donc marquer. Ou courir. Si on demandait l'avis de Felice Mazzu, il préférerait sans doute qu'ils fassent les deux. ?PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGEPollet et Perbet doivent marquer. Ou courir. Et si on demande à Mazzu, il préfère sans doute qu'ils fassent les deux.