Wim De Decker (24 ans) vient d'une famille de quatre enfants. " Mes parents se sont consacrés à notre éducation. Ce sont des gens terre à terre, dévoués, travailleurs, des Waeslandiens typiques ". Sa mère garde des enfants, son père travaille chez Agfa Gevaert, à Anvers. Il a joué en Provinciale mais a mis fin à sa carrière pour suivre Wim, quand celui-ci s'est affilié à Haasdonk, à six ans : " Comme tant d'autres parents, mon père n'a pas raté un seul de mes matches ".
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Wim De Decker (24 ans) vient d'une famille de quatre enfants. " Mes parents se sont consacrés à notre éducation. Ce sont des gens terre à terre, dévoués, travailleurs, des Waeslandiens typiques ". Sa mère garde des enfants, son père travaille chez Agfa Gevaert, à Anvers. Il a joué en Provinciale mais a mis fin à sa carrière pour suivre Wim, quand celui-ci s'est affilié à Haasdonk, à six ans : " Comme tant d'autres parents, mon père n'a pas raté un seul de mes matches ". Wim De Decker : Non, nous étions libres de nos choix. Mon frère a arrêté le foot, d'ailleurs. Il n'aimait pas. Je trouve normal que des parents accompagnent leurs enfants et les encouragent. Par contre, tous ces cris qu'on entend lors des matches de jeunes sont malsains. Ils découragent les gosses, les dégoûtent du sport. L'école était prioritaire. Mes parents n'auraient jamais toléré que je néglige mes devoirs. A dix ans, il est d'ailleurs normal d'étudier, non ? C'est la base sur laquelle on élabore sa vie. J'ai rejoint Beveren à dix ans. St-Nicolas, Lokeren, Gand s'intéressaient à moi mais Beveren n'était qu'à six kilomètres de la maison et cela me permettait de jouer et de m'entraîner sans compromettre ma scolarité. Des clubs s'étaient déjà manifestés quand j'avais huit ans mais mon père estimait que j'étais trop jeune et avait repoussé toutes les demandes. Nous avions une bonne équipe, qui était presque toujours championne. J'évoluais dans l'entrejeu offensif ou en attaque et marquais beaucoup. Je ne pensais pas à devenir pro. Je m'amusais. Je n'émergeais pas vraiment. On prédisait la réussite à certains mais les uns après les autres, ils ont sombré ou abandonné. Pas moi. Puis je me suis retrouvé au grand Beveren. Mon père en était supporter depuis son enfance et il m'emmenait parfois aux matches mais jamais je n'avais imaginé que je foulerais cette pelouse un jour. C'est d'ailleurs très bien ainsi car la vie vous réserve tant de surprises... Voici une anecdote qui illustre bien dans quel état d'esprit j'ai été élevé. Quand on a commencé à parler de moi dans les journaux, ma mère m'a fait jurer de ne jamais répondre footballeur professionnel quand on me demandait ce que je désirais faire plus tard. Elle voulait que je reste les pieds sur terre. Pourquoi planer ? Tôt ou tard, ça vous revient en pleine figure, comme un boomerang. Sur le terrain, on me remarque moins depuis que j'évolue au poste de médian défensif. Un entraîneur m'a dit un jour que moins on me remarquait, mieux l'équipe jouait. Ce n'est pas faux. Je n'éprouve pas le besoin de me mettre en évidence. Ceci dit, je ne suis pas si modeste que ça. La modestie a ce sens pour moi : rester les pieds sur terre, savoir ce que je veux. Cela, croyez-moi, je le sais très bien. Je préfère me taire plutôt que de raconter des bêtises. La modestie est trop assimilée à la timidité. Or, je suis capable de m'imposer. En fait, j'ai peut-être trop d'assurance. Oui. Ce qui est étrange, c'est que je ne veux pas sortir du lot. Cela arrive d'une manière on ne peut plus naturelle. Déjà à l'école primaire, quand on organisait quelque chose, je m'impliquais et j'encourageais les autres. On me considérait comme un leader. J'étais généralement capitaine dans les équipes d'âge de Beveren. Je ne me mets pas au-dessus du lot. Ce serait la pire erreur. Je ne suis pas hautain ni autoritaire. J'écoute tout le monde, j'aime d'ailleurs avoir l'avis des autres mais je veux aussi retirer le maximum d'un groupe. C'est dans ma nature. J'étais capitaine au Germinal Beerschot mais je fais la même chose à Genk sans brassard. Oui, à partir de 15 ans. Comme défenseur central ! J'ai joué cinq matches à ce poste à Beveren, avec Gunther De Meyer. J'ai débuté à 17 ans, à l'arrière droit, sous la direction d'Emilio Ferrera. J'en remercie Edy De Bolle, qui entraînait les Espoirs et m'a nommé capitaine après six semaines alors que j'étais un des plus jeunes du noyau. Six mois plus tard, il me permettait de rejoindre l'équipe fanion. Gand m'a embauché comme arrière droit, pour remplacer Jacky Peeters. Après dix matches, le club a décelé mes dispositions pour l'entrejeu. J'y ai joué mes meilleurs matches mais la saison suivante, le Germinal Beerschot m'a enrôlé pour l'arrière droit. Un coach y avait pensé une fois, sans doute pour combler une lacune dans son équipe, et les autres ont embrayé. Ce malentendu m'a longtemps poursuivi. A cause de l'entraîneur, Jan Olde Riekerink. Je débarquais de Beveren, j'avais 20 ans mais j'ai figuré plus d'une vingtaine de fois dans le onze de base. Pourtant, Olde Riekerink ne cessait de me houspiller à l'entraînement et me remplaçait souvent en cours de match. Il prétendait que c'était tactique quand je l'interrogeais. C'était étrange. Il m'alignait mais paraissait en même temps vouloir se défaire de moi. Il y avait sans doute autre chose que de simples options tactiques dans sa démarche mais je ne comprenais pas quoi. Peut-être ma tête ne lui revenait-elle pas ? Je ne sais toujours pas à quoi m'en tenir maintenant. Cette année-là, ma troisième en D1, a constitué un tournant. Je devais progresser, éclater mais ce processus a été brutalement interrompu. Nous étions quatre jeunes : Brecht Verbrugghe, Jimmy Hempte, Dries Bernaert et moi. Nous sommes tous partis en fin de saison. Ils jouent maintenant dans des divisions inférieures. J'ai été loué au Germinal Beerschot pour un an. Le président de Gand croyait en moi et espérait que je reviendrais dans son club. Il n'empêche : si j'avais échoué à Anvers, ma carrière était achevée. Marc Brys m'a tellement soutenu que je suis resté. J'ai clôturé le chapitre gantois. Je n'avais plus aucune envie d'y retourner. Brys m'avait visionné plusieurs fois quand j'occupais l'arrière droit. Une semaine avant la reprise du championnat, alors que j'avais effectué la préparation à ce poste, il m'a appelé et m'a dit : - Wim, je ne trouve pas que tu es un arrière droit. Tu es un médian. Je lui ai répondu en riant : - Trainer, je le sais depuis vingt ans ! C'est alors qu'une grave blessure m'a mis sur la touche trois mois. C'était la première fois que ça m'arrivait. Le drame ! J'étais loué, je n'avais que dix mois pour faire mes preuves et j'étais blessé. Si je ratais ma saison, le club ne me voudrait plus et Gand n'aurait pas envie de me reprendre non plus. A posteriori, cette épreuve m'a rendu plus fort. Conscient de ma situation, j'ai eu un déclic. J'ai décidé de me concentrer sur moi-même, sans faire attention aux autres, et de suivre mon propre chemin. La blessure d'autres médians a facilité mon retour dans l'équipe, après ma guérison. Je ne l'ai plus quittée, à l'exception d'une dizaine de matches, quand l'Italien Fabio Rossito a débarqué. A ce moment, je n'ai jamais pensé que trois ans plus tard, je serais le médian de Genk, mais d'année en année, j'ai senti que je progressais, que je n'étais pas au bout de mes possibilités. Mes entraîneurs successifs n'ont cessé de le répéter. Tout s'est accéléré quand nous avons gagné la Coupe de Belgique, un an plus tard. J'ai compris ce dont j'étais capable. J'avais percé. Je ne veux pas passer pour un gros cou mais non, je n'étais pas étonné. C'était une étape logique de ma carrière. Je n'étais pas sourd aux rumeurs. Je savais que j'avais suffisamment progressé au Germinal Beerschot pour acquérir une certaine régularité. Je ne craignais donc pas de connaître des problèmes d'adaptation à Genk, d'autant que c'était déjà mon quatrième club et que j'avais aussi acquis une certaine expérience. (Il rit) Quel journal a écrit ça ? Je ne parlais certainement pas du brassard. Quand Jos Daerden est devenu entraîneur du Germinal Beerschot, il m'a immédiatement nommé capitaine alors que je n'étais vraiment pas le plus chevronné. Comment allais-je réagir ? En fait, je n'ai pas éprouvé de difficultés et mes coéquipiers plus âgés ont accepté que je sois capitaine. Je ne veux pas être capitaine de Genk, ce n'est pas possible, mais je veux que l'on se rende compte que quelqu'un est là, a de la présence, qu'on remarque que quelque chose a changé. Il y a un fil rouge dans mon histoire, apparemment. Devenir un patron semble devoir être la prochaine étape de ma carrière. Je ne dis pas que cela se passera ainsi mais ce serait plutôt logique. Je n'en ai jamais eu. On peut réfléchir au cours des choses mais on ne sait jamais comment la vie va évoluer. Se mettre martel en tête n'a aucun sens. Qui dit que je ne devrai pas revoir cent fois mes objectifs ? Je pense que si on se fixe un objectif et qu'on ne l'atteint pas, on doit être terriblement déçu. Je vis au jour le jour, en me fiant à ce que je ressens. Mon instinct ne m'a jamais trompé. Ainsi, la surprise n'en est que meilleure. Genk est le meilleur club auquel je puisse aspirer pour le moment, c'est l'élite belge. Je ne considère pas le Racing comme un marchepied comme je l'ai lu ici et là. D'abord, ça sonne mal, comme si le club n'était pas digne de moi. Ce n'est vraiment pas mon sentiment. Je ne sais pas si le sens du but me reviendra. De toute façon, je me re- trouve rarement dans le rectangle adverse. On ne me le demande pas non plus. C'est ce que j'apprécie le plus dans le scouting de Genk. Le club m'a immédiatement dit : - Nous voulons que tu fasses la même chose qu'au Germinal Beerschot, dans un système de jeu comparable. C'est éloquent, surtout quand on sait que Gand et le Germinal Beerschot m'avaient enrôlé pour le poste d'arrière droit. Là, il y avait quand même un problème ? JAN HAUSPIE