Une légende urbaine raconte que Sambou Yatabaré est le premier nom couché par YannickFerrera sur son calepin quand il fait son équipe. Voici le fil de sa vie, son histoire de footballeur, un condensé de ses coups d'éclat, coups de gueule et coups de sang.
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Une légende urbaine raconte que Sambou Yatabaré est le premier nom couché par YannickFerrera sur son calepin quand il fait son équipe. Voici le fil de sa vie, son histoire de footballeur, un condensé de ses coups d'éclat, coups de gueule et coups de sang. Gamin d'une famille nombreuse, d'un père malien et d'une mère sénégalaise, il est repéré dans la rue par un dirigeant d'un petit club de Beauvais. Une fois pro, il confiera sur Bastia TV : " Ils avaient besoin d'un défenseur central, ils m'ont donc fait jouer derrière mais ça n'a duré que quelques minutes. Je n'arrêtais pas de courir vers l'avant, du coup ils m'ont fait avancer. " Deux garçons de la fratrie vont devenir professionnels. Sambou et Mustapha. Le premier fait sa carrière dans le milieu du jeu, l'autre est attaquant, aujourd'hui à Montpellier après avoir été meilleur buteur de Ligue 2. Il a été un pilier de Guingamp et a aussi fait un passage par Trabzonspor. " Quand je regarde mon parcours, je me dis chapeau ", lance Mustapha. Encore une anecdote purement familiale : il y a deux ans, Sambou et Mustapha ont investi avec un autre frère dans l'aménagement d'un salon de thé / bar à chicha au centre-ville de Beauvais. Ce troisième frère dit : " Je n'avais qu'un petit apport et les banques ne suivaient pas. " Sambou : " Mon frère est débrouillard et motivé, j'ai toujours voulu aider ma famille. J'ai fait d'autres investissements. J'ai également un projet d'association au Mali. Ce salon de thé, c'est un moyen d'utiliser mon argent utilement. " Le parcours sportif de Sambou n'est pas un fleuve tranquille. Fin de formation et débuts pros à Caen, transfert à Monaco, ensuite Bastia et l'Olympiacos qui le prête trois fois d'affilée, preuve de ses difficultés à s'imposer dans le championnat grec. Il est parqué successivement à Bastia, à Guingamp et aujourd'hui au Standard qui a une option d'achat à la fin de cette saison. Il est bien parti pour forcer la direction à la lever. Un instantané récent pour illustrer son niveau actuel : juste après le dernier clasico, une équipe télé tend son micro à un Eric Gerets qui n'a pas envie de s'exprimer mais est pris au dépourvu. Son avis à chaud sur la victoire liégeoise : " J'ai surtout vu une prestation phénoménale de Sambou Yatabaré. Pour moi, il a été l'homme du match. " Yatabaré aurait déjà pu être Rouche il y a plus de cinq ans. Retour à l'été 2011. Le Standard l'a repéré à Caen, le joueur est chaud pour un défi belge, il assiste à un match à Sclessin, il visite l'Académie, il ne manque que sa signature. Mais le club français est trop gourmand sur la somme de transfert et les négociations s'enlisent. Monaco appelle alors Yatabaré, et comme on lui propose là-bas un salaire qui n'a rien à voir avec ce qu'il pourrait toucher chez nous, il a vite fait de prendre son sac et l'avion pour la Méditerranée. Où il va très peu jouer. Il tente de rebondir à Bastia. Il devient un pilier de Furiani, il acquiert la réputation d'un médian particulièrement engagé et il montre aussi qu'il a un caractère très fort. Un reporter de Corse Matin nous explique : " C'était un gars charmant, il était parfaitement intégré dans le club et dans la ville, mais sur le terrain, fallait pas l'emmerder ! Il a eu quelques clashes avec des coéquipiers, aussi avec le staff. Peut-être parce qu'il avait l'impression que tous les joueurs ne se défonçaient pas comme lui à chaque entraînement. " Lors de son deuxième séjour dans ce club, quand il est prêté par l'Olympiacos, ça dérape lors d'un entraînement. Un incident jugé suffisamment sérieux pour que l'AFP en fasse une dépêche ! Sambou Yatabaré, le milieu de terrain malien du FC Bastia, a été mis à pied jusqu'à mardi par son entraîneur Frédéric Hantz après une altercation avec son coéquipier Julian Palmieri mercredi à l'entraînement, a-t-on appris auprès du club. Le coach donne des détails : " Sambou était dans un état d'excitation extrême au cours de cet entraînement et je pense qu'il a plus eu une altercation avec lui-même qu'avec un de ses coéquipiers. Face à cette attitude, j'ai décidé qu'il devait prendre du repos. On peut appeler ça une mise à pied, le fait est qu'il est écarté du groupe et que nous nous reverrons mardi pour décider de la suite à donner à ce dossier. " La presse corse en remet une couche, affirme que lors du même entraînement, il s'est aussi bagarré avec Djibril Cissé, elle le qualifie d'agitateur. C'est une période où Sambou Yatabaré est à cran. Il ne peut pas jouer, il est occupé à purger une suspension de trois matches pour avoir donné un coup de pied au visage à un joueur de Reims. Le Sambou est un chaud, ça c'est clair. Au Standard, aujourd'hui, on évoque son trash talking sur le terrain. Pas de cadeaux. Il dit ce qu'il pense, il n'en fait parfois qu'à sa tête, et tant pis si ça doit déplaire. Les Maliens le savent. Il est international avec le pays d'origine de son père depuis 2008. Avant ça, il a fait une courte incursion chez les Espoirs français. Les deux fédérations ont un peu fait la bagarre pour le séduire. Stephen Keshi entraînait alors le Mali, il a trouvé les mots justes pour emporter le morceau. Entre Yatabaré et la sélection malienne, il y a eu des hauts. Et des bas. Retour en 2013, à la CAN qui se déroule en Afrique du Sud. Premier match, face au Niger : il ne décolle pas du banc. Deuxième rendez-vous, contre le Ghana : pareil. Et ça le gonfle. Le coach, PatriceCarteron, a beau lui dire qu'il compte sur lui pour la suite du tournoi. Ça ne change plus rien, sa décision est prise : il quitte le groupe. Et là, Carteron se lâche dans la presse : " Je me suis trompé sur lui. " Il ajoute que ce n'est finalement qu'un épiphénomène, que ça ne sert à rien d'en faire tout un plat, que l'équipe malienne ne se résume pas à Sambou Yatabaré : " Maintenant, j'ai envie de passer à autre chose. Mais lui, il vivra avec sa décision. " Au pays, sa désertion suscite des commentaires très négatifs. Il a besoin d'une autre Coupe d'Afrique des Nations pour faire oublier l'incident. 2015, premier match de poule des Aigles, face au Cameroun. Sambou Yatabaré marque et est élu homme du match. Commentaire lu dans la presse africaine : " Le milieu de terrain malien effectue un retour en grâce notable... " Il en profite pour faire une mise au point par rapport à l'incident sud-africain : " Il n'y a jamais eu de cassure entre la sélection et moi. La seule cassure qu'il y a eue, c'était avec Patrice Carteron. Je ne l'ai plus revu entre-temps. Il y a eu un manque de respect par rapport aux paroles qu'il m'a tenues. Malheureusement, les gens ne sont pas au courant de ce qui s'est passé, de ce qu'il m'a dit. C'est un peu délicat et je n'ai pas trop envie de revenir là-dessus. Pour moi, l'important est d'avancer. " Son frère Mustapha, qui est le centre-avant titulaire du Mali dans ce tournoi, ajoute : " J'aimerais bien qu'on lâche un peu Sambou avec cette histoire de 2013. Le passé, c'est le passé. On avance. " Et le bon mot du capitaine Seydou Keita, qui a passé quatre saisons au Barça et est maintenant à Rome : " Il est revenu tout naturellement en sélection parce que le Mali lui appartient aussi. Il a commis une erreur, il l'a reconnue. Aujourd'hui, Sambou Yatabaré est un joueur important pour nous. " Reste que le bonhomme continue à dire ce qu'il pense. Ça l'apaise clairement. Encore un peu de trash talking ? On revient à son mal-être grec. Là-bas, il a travaillé avec Michel, l'actuel entraîneur de Marseille. Ça ne s'est pas bien passé. Et donc, un bon tacle par derrière du Sambou, dans Ouest France, après cette absence de collaboration : " Michel est quelqu'un d'assez égocentrique. Comme entraîneur, il est à l'image du joueur qu'il était. Au Real Madrid, c'était une star et il vit toujours comme tel. A Marseille, je n'y crois pas du tout. Pour avoir une équipe soudée, il faut savoir communiquer. Marcelo Bielsa est un peu fou, mais ce qui ressort avec lui, c'est l'équipe. Avec Michel, la star de l'équipe, c'est lui. Dans le foot, il y a des gens qu'on a croisés et qui donnent envie d'aimer encore plus le foot. Lui, au contraire, il m'a dégoûté. " Les grosses prestations de Sambou Yatabaré avec le Standard avaient été prévues par le coach qui le dirigeait la saison dernière à Guingamp, Jocelyn Gourvennec : " Chez nous aussi, il avait signé le dernier jour du mercato mais il s'était très bien et très vite adapté. C'est un guerrier, capable de répéter les efforts, qui a une bonne compréhension tactique et qui est propre techniquement. Il a un gros mental. C'est vraiment un joueur complet mais il faut qu'il se canalise. S'il estime que ça ne tourne pas comme il veut pour son équipe ou s'il est mécontent d'une décision arbitrale, il est capable de sortir un peu de son match. " Et en conclusion : " Je pense qu'ils vont en être contents au Standard. " Sortir de son match, il l'a déjà fait une fois ou l'autre chez nous aussi. Comme à Saint-Trond, un match qui sentait la poudre dès le départ à cause du retour de Yannick Ferrera. Ce jour-là, Yatabaré a marché sur le torse puis sur la main d'Edmilson. A la Fédération, il a tenté d'expliquer que tout cela était profondément involontaire mais ses arguments n'ont pas convaincu et il a pris deux matches de suspension, en plus d'une amende. Et même le placide Superzèbre s'y est mis ! Après le final infernal de Charleroi - Standard, la mascotte a appelé un journal pour livrer son témoignage : " Le numéro 60 du Standard m'a porté un coup au niveau de l'omoplate. Ce n'est pas allé plus loin mais heureusement que Damien Marcq est quand même intervenu pour calmer l'histoire. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" J'ai surtout vu une prestation phénoménale de Yatabaré. " ÉRIC GERETS APRES STANDARD - ANDERLECHT En pleine Coupe d'Afrique, il quitte la sélection parce qu'il n'accepte pas d'être sur le banc.