Footballeur tout en technique, qui a dû apprendre à mettrelepied lorsqu'il a débuté en D1, ChristopheGrégoire (24 ans) fait partie d'une race de footballeurs de plus en plus rare dans notre pays. Les entraîneurs, déjà en équipes de jeunes, n'encouragent pas toujours les gestes techniques. " Je me souviens, dans les catégories d'âge, de m'être fait engueuler à plusieurs reprises lorsque je tentais un petit pont, par exemple ", relate l'intéressé. " On me disait : - Tuessurunterrain, pasaucirque ! Pourtant, j'estime que le petit pont est un dribble comme un autre. Je suis parfaitement conscient qu'on ne peut pas exagérer, et que les plus beaux gestes sont ceux qui sont également efficaces, mais il ne faut pas brider la créativité des jeunes. Il faut, au contraire, les laisser développer leur habileté technique. Le problème, c'est que déjà dans les équipes de jeunes, les entraîneurs aiment voir gagner leur équipe gagner alors qu'ils devraient d'abord se préoccuper des progrès techniques individuels de leurs joueurs ".
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Footballeur tout en technique, qui a dû apprendre à mettrelepied lorsqu'il a débuté en D1, ChristopheGrégoire (24 ans) fait partie d'une race de footballeurs de plus en plus rare dans notre pays. Les entraîneurs, déjà en équipes de jeunes, n'encouragent pas toujours les gestes techniques. " Je me souviens, dans les catégories d'âge, de m'être fait engueuler à plusieurs reprises lorsque je tentais un petit pont, par exemple ", relate l'intéressé. " On me disait : - Tuessurunterrain, pasaucirque ! Pourtant, j'estime que le petit pont est un dribble comme un autre. Je suis parfaitement conscient qu'on ne peut pas exagérer, et que les plus beaux gestes sont ceux qui sont également efficaces, mais il ne faut pas brider la créativité des jeunes. Il faut, au contraire, les laisser développer leur habileté technique. Le problème, c'est que déjà dans les équipes de jeunes, les entraîneurs aiment voir gagner leur équipe gagner alors qu'ils devraient d'abord se préoccuper des progrès techniques individuels de leurs joueurs ". Grégoire ne peut pourtant pas se plaindre en matière de formation : " J'ai, en effet, fréquenté une très bonne école de jeunes, l'une des meilleures de Belgique, à Seraing. Ma technique, je l'ai notamment développée sur les terrains en cendrée de ce club. Mais je ne me suis pas contenté de cela. Aujourd'hui encore, je ne suis jamais saturé et lorsqu'il fait bon et que je suis chez mes parents à Liège, je ne résiste pas à l'envie d'aller taquiner le ballon dans le jardin avec mon frère Sébastien. En vacances aussi, avec les copains, on profite de la moindre occasion pour s'exercer, sur la plage ou ailleurs. Depuis mon plus jeune âge, j'ai passé des heures et des heures à taquiner le ballon. Lorsque je rentrais de l'école à 16 heures, je commençais par jouer dans la cour de ma grand-mère, puis à 18 heures, j'allais à l'entraînement. S'il faisait encore clair, en été, je continuais après. J'ai le football dans le sang. C'est dans la famille : c'était déjà le cas pour mon grand-père ou pour mon père, entraîneur de jeunes à Seraing ". " C'est l'une de mes spécialités, et c'est vrai que j'ai déjà délivré de nombreux assists de cette manière. En principe, centrer n'est pas très compliqué. C'est une question d'application, de positionnement du corps. Il faut bien se pencher sur le ballon. Si l'on a le corps en arrière, on va envoyer le ballon dans la tribune. C'est aussi une question de feeling : il faut sentir où l'attaquant va se diriger, puis se concentrer pour expédier le ballon exactement à cet endroit-là, en mettant correctement le pied sur le ballon. Je préfère adresser mes centres avant l'entrée du rectangle. Et, généralement, dans le dos des défenseurs, car ceux-ci doivent alors se retourner et se retrouvent en difficulté. Lorsqu'on est en bout de course et qu'on doit rabattre le ballon parce qu'on arrive à la ligne de fond, le geste est différent. Si le ballon arrive vite, on n'a pas le temps de réfléchir. Il faut simplement songer à mettre le ballon en retrait. Si le ballon aboutit dans le rectangle, c'est déjà bien ". " C'est un geste que j'accomplis lorsque je me retrouve en difficulté, entouré par deux ou trois adversaires ou lorsqu'un adversaire me fonce dessus pour essayer d'intercepter le ballon. Ce geste consiste à bloquer le ballon sous le pied, à pivoter, puis à récupérer le ballon avec l'autre pied et à repartir. L'avantage, c'est qu'en pivotant, on tourne le dos à l'adversaire. Celui-ci éprouve donc plus de difficultés à intercepter le ballon que lorsqu'on lui fait face. Le corps fait écran, et si l'on parvient à se retourner, on a éliminé son adversaire. Je m'exerce à cette roulette depuis que je suis tout petit. Tout le monde est capable de la réaliser, mais il faut oser la tenter en match ". " C'est un contrôle de balle que j'ai tenté, et réussi, contre La Gantoise. Il consiste, sur une longue transversale, à récupérer le ballon derrière le pied droit avec l'intérieur du pied gauche, pour le remettre directement dans la course. Pour moi qui suis gaucher, ce geste peut se révéler très efficace lorsque je me trouve sur le côté droit (ce qui est fréquemment le cas cette saison), car il me permet de m'ouvrir le chemin du but et de me retrouver directement sur mon pied gauche. Malheureusement, ce jour-là, je n'ai pas frappé assez fort et FrédéricHerpoel a pu arrêter mon tir, mais c'est un contrôle idéal que j'espère encore avoir l'occasion d'utiliser. Pour le réussir, il faut toutefois s'assurer que l'adversaire se trouve à une certaine distance ". " J'ai commencé à tenter ce geste en observant Ronaldinho. Curieusement, alors que je suis gaucher, j'éprouve des difficultés à réaliser ce geste avec le pied gauche. J'essaie donc avec le pied droit, et en fin de compte, ce n'est pas plus mal, surtout lorsque j'évolue sur le flanc gauche. Je fais semblant de rentrer dans le jeu, en prenant le ballon du pied droit, et l'adversaire anticipe. Puis je fais revenir le ballon et je démarre dans mon couloir, afin de déborder et de centrer. Lorsqu'on voit Ronaldinho à l'£uvre, tout cela paraît très simple. C'est un joueur que j'apprécie beaucoup, car il ose tenter de nombreux gestes. Il invente constamment de nouvelles feintes. Je plains les défenseurs qui doivent l'affronter ". " Je le tente souvent à l'entraînement, lorsqu'on joue au taureau, l'exercice qui consiste à placer un joueur au centre d'un carré, en lui demandant de chasser un ballon que font circuler les quatre joueurs autour de lui. Lorsque le taureau fonce sur moi, je laisse passer le ballon entre mes jambes, je fais semblant de l'adresser vers la droite avec mon pied gauche, puis je le rabats, toujours du pied gauche, pour qu'il reparte vers l'avant. Ainsi, le taureau est feinté. Ce geste peut servir en match, mais il faut avoir du culot pour le tenter. Je n'ai pas encore osé. Il faut trouver le bon moment ". Daniel Devos